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STEPHANE BOISGARD

Paru dans le numéro N°298 - Novembre 2020
Entretien consulté 1409 fois

STEPHANE BOISGARD

Nous avons eu le plaisir de rencontrer le professeur Stéphane Boisgard, chef de service au CHU de Clermont Ferrand et président du CNU, un chirurgien passionné aux nombreuses casquettes. Il nous fait part de ses multiples projets du moment, et comment il participe activement à préparer les jeunes générations aux challenges à venir.

Stéphane Boisgard, vous êtes chef de service au CHU de Clermont-Ferrand, pouvez-vous nous décrire le parcours qui vous y a mené ?

A l'époque où j'ai passé l'internat, en 1984, nous proposions notre candidature par ville. J'ai tenté un certain nombre de villes, dont Clermont-Ferrand pour deux raisons : tout d'abord le professeur Roy-Camille, qui avait été mon patron quand j'étais étudiant à la Pitié-Salpêtrière, m'avait conseillé Clermont car s'y trouvait Pierre Teinturier, "un type exceptionnel -totalement insupportable-, remarquable intellectuellement et techniquement" selon lui ; ensuite, ma mère étant originaire de la région, j'avais à Clermont quelques attaches.
J'ai donc passé différents internats. Pour pouvoir faire de la chirurgie à l'époque, il fallait être relativement bien placé ; mon meilleur classement étant à Clermont-Ferrand, c'est la ville que j'ai retenue.

Et on imagine qu’il y a eu des rencontres marquantes …

J'ai eu la chance d'y rencontrer deux personnages très différents mais également remarquables, le premier étant Pierre Teinturier. Il avait beaucoup travaillé sur la hanche, c'était un chirurgien extraordinaire, à la fois pour ses connaissances et sa technique chirurgicale. Il avait beaucoup développé la hanche avec ses travaux sur la biomécanique du cotyle lors de la marche. Il faisait partie de cette génération qui maîtrisait la chirurgie de l’enfant de l’adulte et qui créait des ponts entre les deux. Le second personnage marquant fut Jean-Paul Levai, qui était son agrégé et a ensuite pris une chefferie de service autonome en 1987. Quand je suis rentré de mon service militaire, que j'avais fait à Tahiti pendant 16 mois, je suis allé dans son service : là, en plus de la hanche qu'il avait apprise chez Teinturier, il y avait une spécificité genou car Jean-Paul Levai avait été formé par Michael Freeman, dont il avait été le fellow pendant 18 mois à Londres. Nous avions donc la chance d'avoir cette double compétence chez Jean-Paul Levai, qui avait bien compris la hanche et nous transmettait beaucoup d'information (il avait par exemple beaucoup travaillé sur les révisions de hanche, d'où son intérêt pour les greffes au niveau du cotyle), mais aussi travaillait sur le développement de la prothèse totale de genou. Pour vous donner une idée, quand je suis arrivé dans le service, Jean-Paul Levai était un des grands poseurs de PTG en France, il en mettait 15 par an... A cette époque nous travaillions avec la technique de Freeman, avec des tenseurs, ce qui était difficile à assimiler pour les jeunes internes que nous étions. Jean-Paul Levai a eu l'idée géniale de travailler avec un groupe de personnes, dont Philippe Beaufils faisait partie, le groupe Cedior. Ce groupe a mis au point une instrumentation qui a fait date, car ce fut une des premières facilement utilisables pour faire des coupes indépendantes.
C'était une autre époque : on gardait les patients trois semaines, ils allaient systématiquement en centre de rééducation, et c'était le professeur lui-même qui retirait les points de ses patients…..

Les choses ont bien changé depuis ! Quelle a été la suite de votre parcours ?

Je suis devenu chef de clinique, PH, et je me suis beaucoup intéressé à la cinématique du genou. L'informatique était naissante, et j'ai eu la chance de pouvoir faire une thèse de science sur la cinématique du genou avec l'INRIA à Sophia-Antipolis, en collaboration avec l'école des Arts et Métiers. Cette thèse se concentrait sur deux points : la cinématique ligamentaire et la cinématique des prothèses totales de genou. Cela nous a permis d'approfondir encore plus les travaux de Jean-Paul Levai visant à améliorer la compréhension du fonctionnement du genou, et par conséquent sa réparation par le remplacement des surfaces articulaires.
Jean-Paul Levai et moi nous entendions particulièrement bien, et cette thèse nous a permis de continuer à travailler ensemble. J'ai pris des responsabilités au sein du service, puis ai été nommé PUPH en 2001. Jean-Paul Levai est parti à la retraite, et j'ai pris les fonctions de chef de service en 2014. Entre-temps, j'ai pu rencontrer tous ceux qui comptaient à l'époque dans la chirurgie du genou : Philippe Beaufils et Philippe Cartier à Paris, mais aussi les Lyonnais, avec qui j'avais appris à bien m'entendre, comme le professeur Dejour, Philippe Neyret. J'ai pu travailler également avec Bernard Moyen et Jean-Luc Lerat. J'ai fait plusieurs séjours aux Etats-Unis, au Methodist Hospital de Houston, où j'ai beaucoup appris sur l'organisation, la logistique et la recherche. Phil Noble y travaillait comme biomécanicien, et sa rencontre fut très enrichissante en ce qui concerne la recherche : ils avaient 20 ans d'avance sur le sujet, comme souvent...

Comment avez-vous traduit cette expérience dans votre service ? Comment y est organisée la recherche ?

Quand j’ai été nommé professeur d'université, il y avait dans le service un jeune chirurgien qui s'intéressait beaucoup à la recherche : Stéphane Descamps. A cette époque, la recherche n'était pas vraiment structurée dans le service, et nous avons compris qu'il fallait monter une structure. Stéphane s'y est attelé, et a monté une équipe d'accueil dans un premier temps, en association avec des mécaniciens, puis nous avons intégré -cela fait sept ans maintenant- une équipe mixte CNRS, de façon à pouvoir monter des projets sur les sujets qui nous importent : les allogreffes, les problèmes de contact, les nanostructures, la culture cellulaire au contact de l'inerte et du vivant, etc. Cela nous a permis à la fois de mettre en place une structure solide, mais aussi de trouver progressivement des financements.
Désormais, la recherche fait partie intégrante du service, et nous avons des internes et des chirurgiens qui font des M1, des M2 dans ce système de recherche et passent leur thèse ; en collaborant avec des chimistes, des mécaniciens et des pharmaciens, certains se destinent à rester hospitalo-universitaires chez nous.

Parlons un peu du CNU. Vous y avez consacré beaucoup de temps et d'énergie, qu'est-ce qui vous a intéressé dans cette démarche ?

Quand j'ai passé le CNU, deux choses m'ont étonné : les membres du jury étaient tous absolument charmants, intéressés par ce que l'on faisait, mais personne n'avait une idée précise du niveau scientifique et de l'accompagnement nécessaires pour devenir professeur d'université. C'était un peu chacun pour soi et Dieu pour tous... Le niveau demandé n’était pas bien fixé. Bernard Moyen, qui est devenu président du CNU peu après, a eu une idée très intéressante : formaliser les critères scientifiques d'admission afin que les candidats sachent exactement comment se préparer. Il a fait ce travail de fond initial, et au fur et à mesure que nos échanges autour de la question se sont faits de plus en plus fréquents, je suis devenu convaincu qu'il nous fallait mettre en place des directives claires et précise. Quand Bernard Moyen a quitté la présidence du CNU, il a proposé mon nom pour y être membre nommé, ce qui s'est fait. Jean-Noël Argenson en est devenu le président. Il a vite souhaité mettre en place la seconde étape (après les recommandations / consignes), à savoir harmoniser le niveau des hospitalo-universitaires, et surtout aider les collègues à adopter une démarche positive et constructive pour aider tous ceux qui veulent devenir PU ou Maître de Conférence des universités. Il a également mis en place les journées du CNU qui rassemblent tous les hospitalo-universitaire de la spécialité ce qui permet d’échanger, de mieux se connaître et donc d’être plus efficace pour mener à bien nos projets personnels et collectifs. Pendant six années nous avons travaillé sur ce projet. J'étais réellement passionné, car je pense que le CNU est une sorte de système RH pour tous les hospitalo-universitaires, voire plus. Quand on y pense, 90% des chirurgiens orthopédistes en France qui ont obtenu un diplôme français ont au moins été chefs de clinique assistants, ils ont donc à un certain moment enseigné et fait de la recherche. C’est pourquoi j’ai eu le grand plaisir de devenir le président du CNU en 2016 pour poursuivre ce projet.

Quel est pour vous le rôle du CNU ?

Le CNU est une structure qui doit aider les hospitalo-universitaires dans leur parcours, mais également aider leurs équipes. Nous travaillons pour assister les candidats et leurs équipes à avoir un parcours le plus fluide possible, et d'un très bon niveau. Preuve en est : il y a dix ans, quand on disait "il faut 400 points SIGAPS", tout le monde levait les yeux au ciel en disant "c'est impossible !". Maintenant, tous les candidats ont ces 400 points, tout le monde publie, tout le monde est impliqué dans une équipe de recherche. A l'heure actuelle, il n'y a quasiment plus aucun postulant à un poste hospitalo-universitaire qui a un problème de niveau ; c'est une démarche collective, tous les HU, appuyés et conseillés par le CNU, ont permis cette amélioration.

Vous parliez de bienveillance : les plus jeunes se sentent plus encouragés et moins jugés désormais. Ne pensez-vous pas que par le passé l'ambiance au CNU était plus critique ?

Oui, c'est vrai, il y avait un peu plus de jugement. Je crois que la bascule s'est faite avec Jean-Noël Argenson, car nous avons toujours été très attentif aux jeunes. Nous avons été à leur place, dans un environnement moins favorable. A cette époque, on nous disait "ce n'est pas suffisant", mais nous n'avions pas la moindre idée de ce qu'il fallait faire pour nous améliorer ; nous étions parfois livrés à nous-mêmes. Maintenant, au moins, il y a des règles qui sont connues et des parcours gérés localement par les HU de la spécialité et nationalement par le CNU dans son ensemble. Le fait que nous soyons bienveillants ne veut pas dire qu'on laisse tout faire, car nous savons aussi dire non. Être bienveillant, c’est veiller à ce que tout se passe bien, et ceci nécessite de la rigueur. Et que cela soit pour former un HU ou un chirurgien, il faut faire ce qu’il faut dans l’intérêt de « l’apprenti ». Cet intérêt doit tendre vers un objectif de qualité, en harmonie avec les capacités et les aspirations de l’impétrant.

En plus du CNU, vous avez la casquette SOFCOT : vous allez devenir président du CNP. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Pendant longtemps, il n'y a eu que la SOFCOT, mais la nécessité d'avoir un organisme plus professionnel est apparue, et nous avons créé le CNP-SOFCOT et l'AOT, académie qui s'occupe du congrès. Les textes sont désormais clairs, et depuis un an le CNP s'occupe des éléments professionnels, et la SOFCOT traite tout ce qui concerne le scientifique et les congrès. La séparation des deux entités est virtuelle, puisque dans les faits le CNP et la SOFCOT ont exactement le même conseil d'administration afin que toutes les décisions soient prises de concert, qu'elles soient professionnelles ou scientifiques. Le CNP, à l'instar du CNU, centralise et fédère ; il s'occupe de la profession au sens large, et accueille toutes les structures qui concernent la profession : sociétés savantes, syndicat, etc.
Le travail conjoint du CNP et de la SOFCOT aide les orthopédistes sur les plans scientifique et professionnel, et permet d'entretenir une relation saine et constructives avec les laboratoires et les pouvoirs publics. La loi donne également pour mission au CNP de s'occuper des registres. Pour l'instant, ce n'est pas vraiment efficace, et nous avons encore beaucoup de travail devant nous ; nous pourrions nous inspirer du modèle anglo-saxon, avec une gestion centralisée au niveau du CNP. L'avenir nous le dira.

Nous parlions des sociétés filles, pourriez-vous nous dire un mot sur la SFHG ?

Je suis membre de deux sociétés filles : la SFHG et la SFA. Pour moi, la SFA était un modèle. Quand j'ai commencé à m'intéresser à la vie des sociétés, elle était une bouffée d'oxygène comparée à la SOFCOT, que l'on considérait comme étant sclérosée, dirigée par de vieux professeurs dont la gestion était déconnectée de la réalité. La SFA, en comparaison, semblait jeune, ouverte, dynamique, et tout le monde pouvait s'y exprimer.
La SFHG s'est progressivement ouverte, elle aussi ; elle est passée d'une société élitiste et fermée à une structure de plus en plus ouverte. J’ai été très heureux de participer à ce développement nécessaire en tant que membre du bureau, ce qui a permis d’avoir une SFHG ouverte sur le monde orthopédiste, accueillante vis à vis de tous dans un objectif de grande qualité scientifique.
A mes yeux, la richesse d'une société est liée au nombre de ses membres, qui peuvent contribuer chacun à leur échelle pour faire progresser l'ensemble, vers un objectif de haut niveau dans la spécialité.

Est-ce que la SFHG sera impliquée dans le registre des prothèses ?

C'est la société responsable du domaine pour les registres qui sera le référent scientifique. Pour les prothèses de hanche, de genou, le resurfaçage, ce sera la SFHG. Pour les prothèses de cheville, ce sera la SFP, et la SFA a commencé à faire un registre des LCA. Le but du CNP est de devenir la cheville ouvrière des registres d’implants et de pathologie, en proposant des structures techniques pour la gestion opérationnelle, nous mettrons donc des personnels, des moyens informatiques à disposition, mais ce sera bien chaque société fille qui, au travers du comité des registres, validera les fiches, les analyses et les publications des résultats, et restera le maitre d’œuvre scientifique des registres de sa spécialité.

A propos de ligaments croisés, parlons des greffes et allogreffes : votre banque de tissus est très sollicitée, qu'est-ce qui vous a poussé à mettre en place cette structure à Clermont, et quelles ont été les étapes de sa création ?

Le professeur Teinturier, quand il faisait ses prothèses de hanche, évidait complètement l’acetabulum pour aller appuyer le ciment sur l’os cortical de l’aile iliaque ; autant dire que quand on faisait une reprise, il y avait des pertes de substances absolument « monstrueuses » et Jean-Paul Levai avait besoin d’os pour combler ces défauts osseux absolument majeurs. On bricolait, comme tout le monde, c’est-à-dire qu’on avait à l’établissement français du sang un congélateur qui nous était réservé, où on gardait des têtes fémorales : c'était notre banque "sauvage". Nous avons expérimenté avec les xénogreffes pendant un moment, pour remplacer l'os cryoconservé, et nous avons obtenu de bons résultats pour les révisions de cotyles. Par contre, dans d'autres configurations, les résultats étaient plus aléatoires, et nous avions des réactions importantes. A Clermont, un industriel avait commencé à traiter de l'os bovin, celui que nous avions évalué, et nous sommes allés le trouver pour qu'il traite nos têtes fémorales conservées de la même façon, car l'avantage de l'os traité est qu'il ne nécessite pas de cryoconservation : on peut le conserver à température ambiante.

Quand avez-vous fait la transition d'une banque "sauvage" à une structure plus organisée ?

En 1998, un arrêté a stipulé que pour pouvoir délivrer des tissus humains en vue de greffes, il fallait être une banque de tissus. Après quelques déconvenues, (refus du CHU de l’EFS et de l’Université de créer une banque de tissus) nous nous sommes constitués Association loi 1901. Nous avons donc fondé une banque de tissus Ostéobanque, avec des chirurgiens orthopédistes du privé et du public. Il nous a fallu trouver un financement, car créer une banque de tissus coûte très cher. L'industriel clermontois avec qui nous travaillions venait d'être racheté par un américain, Osteotech, qui était en 1998 le plus grand effecteur de traitements d'allogreffes au monde. Osteotech nous a fait un prêt qui nous a permis de monter la banque, prêt que l'on a remboursé en 7 ans. Cette association est le rassemblement de chirurgien du public et du privé -le président de l’association étant d’ailleurs un chirurgien du privé, le Dr Ivan Sollogoub (Nevers)- et nous avons le support de sociétés savantes, la SOFCOT et la SFA. Au départ nous avons axé notre activité sur les têtes fémorales et nous avons progressivement développé l’activité de récupération de tissus lors des PMO pour répondre à une demande importante concernant les os massifs les tendons et les ménisques. Depuis 5 ans notre activité est relativement soutenue et augmente régulièrement concernant ce type de greffe, mais elle est encore très insuffisante pour répondre aux demandes de nos collègues.

Combien de personnes travaillent pour la banque ?

Cela représente 5 équivalents temps plein, avec 4 chirurgiens qui assurent bénévolement le fonctionnement scientifique et médical de la banque et nous avons 7 chirurgiens qui tournent sur la garde pour le prélèvement. Cette structure associative nous permet d’avoir de la souplesse dans le fonctionnement en ayant une stratégie greffe et non financière, tout en étant responsable de nos choix. C’est du privé à but non lucratif, qui est surement la structure de fonctionnement la plus adaptée au système de santé. Nos politiques devraient en prendre conscience, pour l’évolution future des établissements de soins car les structures publiques et privées ont chacune de gros travers qui ne permettent ni une organisation optimale de prise en charge de toutes les pathologies sur l’ensemble du territoire, ni une satisfaction des soignants.

Comment voyez-vous l'avenir de cette banque ? Comment pensez-vous gérer sa croissance ?

Cette banque doit être celle de toute la profession, et son but est de permettre d’obtenir des greffons en quantité suffisante par la mise en place d’un réseau de prélèvement suffisant, d’en permettre la disponibilité par un système centralisé transparent pour tous, en assurant la sécurité biologique des greffes par un système qualité et une traçabilité de très haut niveau. Une autre mission d’importance est de permettre l’innovation dans la conservation la préparation et le traitement des greffes permettant la diversification nécessaire à l’augmentation du champ des indications. Ceci est déjà le cas sur Clermont avec des contrats liant la banque avec une équipe de recherche locale, mais l’objectif est de s’associer à toute équipe de recherche sur le territoire s’intéressant à cette thématique.

Pour atteindre ces buts, s’il doit y avoir plusieurs sites de prélèvement sur toute la France coordonnés par la banque, nous devrons centraliser la préparation, le stockage et la distribution, pour des raisons techniques, d’efficience et des impératifs financiers.

Pour le prélèvement en effet nous avons notre équipe régionale qui travaille sur toute la région AURA et qui ne peut bien sûr agir sur toute la France, mais nous avons à l’heure actuelle 4 CHU qui commencent à travailler avec nous et nous envoient leurs prélèvements. Notre banque doit encore grossir: à terme, nous serons capables de faire entre 70 et 100 prélèvements sur la région Auvergne-Rhône-Alpes, mais nous aurions besoin d'en faire quatre fois plus, d’où l’intérêt de travailler en réseau avec d’autres centres préleveurs, pour pallier notre manque de tissus de l’appareil locomoteur. L’exemple le plus frappant est la greffe de ménisque : en France, on devrait pouvoir faire 300 greffes de ménisque par an, mais on en fait en réalité 15 ou 20, parce que souvent nous n'avons pas les ménisques en nombre suffisant pour répondre à la demande.

On pourrait de façon un peu malicieuse vous poser la question : pourquoi des orthopédistes s’occupent d’une banque de tissus, ce n’est pas votre métier ?

La réponse est simple : qui connaît le mieux nos besoins actuels et futurs et qui est à même d’apporter un support technique en cas de greffe : les orthopédistes. Nous sommes surement les mieux à même de comprendre nos besoins, d'assister un collègue sur des dossiers difficiles, quitte à l'orienter vers un autre choix que son choix initial. Nous aidons aussi beaucoup les équipes sur le plan réglementaire et juridique, souvent mal connu de la majorité de nos collègues.
Il est important que nous soyons tous solidaires : les collègues privé-public en nous envoyant leurs têtes fémorales, et les tissus qu’ils peuvent prélever, car si chacun apporte quelques tendons et quelques os par an, sur l'ensemble des établissements nous pourrons atteindre notre objectif. Cela nous permettra de mieux répondre aux demandes de la profession, l’Osteobanque étant à la disposition de tous les chirurgiens orthopédistes pour leur fournir la greffe la plus adaptée à leur besoin.

Votre vie professionnelle est très chargée, qu'en est-il de vos autres centres d'intérêt ? Comment décompressez-vous ?

Ma famille passe avant tout. Elle est mon refuge, un endroit de tranquillité où je me ressource immanquablement. Ensuite viennent mes diverses passions, dont le sport : j'ai eu la chance de beaucoup jouer au rugby, à bon niveau. Je ne peux plus pratiquer désormais, alors je cours, et je soutiens mon équipe fétiche : l'ASM, bien sûr ! Et en dehors de la saison rugbystique, du bateau sur l’Atlantique, et toute l’année beaucoup de musique et de lecture.

Paru dans le numéro N°298 - Novembre 2020