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PHILIPPE LAPRESLE

Paru dans le numéro N°241 - Février 2015
Entretien consulté 5143 fois

PHILIPPE LAPRESLE

Clinique Arago - Paris

Nous sommes nombreux à consacrer plus ou moins de temps à la gestion de notre établissement de chirurgie mais Philippe Lapresle, lui, s’y est dévoué corps et âme.
La reconstruction de la clinique Arago à Paris lui a donné l’occasion de bâtir un outil de travail à la hauteur de ses exigences.
Car Philippe a hérité de sa formation auprès de maîtres légendaires, une élégance et une rigueur de bon aloi qui ont marqué son exercice et lui ont assuré une clientèle fidèle.

Alors, vous changez d’établissement ?

Et bien oui ! Nous arrivons au terme d’un projet qui mobilise l’équipe de la clinique Arago depuis 14 ans. Ce type de reconstruction est classique en province où nombreuses sont les anciennes cliniques qui se sont regroupées en rénovant les vieux locaux de centre ville, pour partir en banlieue où le foncier est plus accessible. Mais à Paris c’est rare de pouvoir reconstruire. C’est pourtant ce que nous voulions faire.

Mais pourquoi donc ?

Le constat évident était que la clinique Arago travaillait beaucoup mais dans des locaux exigus, obsolètes, impossibles à moderniser et à agrandir. Avec nos 2100 m2, nous étions arrivé au bout des possibilités de rénovation ; il fallait donc se déplacer et pourquoi pas reconstruire ailleurs. Nous nous sommes tournés vers la mairie du 14ème arrondissement qui nous a très bien reçus. Elle venait de voir fermer Saint Vincent de Paul et redoutait le départ d’un nouvel établissement de santé. Aussi nous a-t-elle orientés vers l’hôpital Saint Joseph qui disposait encore d’une réserve foncière et qui souhaitait la valoriser. Nous nous sommes donc rapprochés de Saint Joseph qui semblait intéressé par notre projet puis vers l’Agence Régionale de l’Hospitalisation.

L’obtention des autorisations diverses n’a pas du être simple ?

Et pourtant si ! J’ai l’impression que seules de bonnes fées se sont penchées sur le berceau de ce projet. Nous n’avons jamais rencontré de véritable obstacle. Fin 2006, avec Philippe de Boërio, notre directeur, je suis allé présenter ce projet au conseil d’administration de la Fondation Saint-Joseph qui était à l’époque présidé par Paul de Wailly. Le directeur de Saint Joseph était alors Yves Barrault. On est tombés d’accord pour que la Clinique Arago se reconstruise sur une parcelle de l’hôpital Saint Joseph, louée sous forme d’un bail emphytéotique. Le dépôt d’un dossier de reconstruction auprès de l’ARH correspondait aux périodes fastes où le plan Hôpital-2007 était en train de se clore et Hôpital-2012 de s’élaborer. Là, j’ai reçu un accueil très favorable de Philippe Ritter d’abord, le président de l’ARH et de Gilles Echardour. Et c’est comme ça que l’affaire a commencé. Nous avons déposé un dossier de reconstruction bien ficelé car réécrit par Jean de Kervasdoué. Il a été accepté en mars 2007. Nous n’avions qu’une vague idée du financement. La suite a montré que les sommes nécessaires étaient sous-estimées. Terrain, construction, équipements commençaient à s’additionner au delà du possible. Retour à l’ARH avec Françoise Gourgou, notre nouvelle directrice, devant Jacques Métais, récent président lui aussi, pour essayer de glaner une subvention. Il m’a déclaré très simplement : « Je serai ravi de participer au projet de reconstruction d’une clinique privée dans Paris car personne ne me l’a encore demandé, alors que je l’ai fait plusieurs fois en province ». Il m’a même posé la question : « Si nous vous inscrivons au titre du plan Hôpital-2012, et si nous vous aidons à la hauteur du loyer du terrain, est-ce que vous vous sentez capable de trouver le reste pour construire ? ». J’aurais dû peut-être avoir le reflexe de répondre : « Non, il en faut davantage ! » mais j’étais tellement content et surpris que je lui ai immédiatement dit oui.

Mais pourquoi ce mariage avec l’hôpital Saint Joseph ?

C’est un projet qui rendait service aux deux parties. Pour l’hôpital Saint Joseph, cela valorisait un terrain occupé par d’anciens magasins et drainait potentiellement le flux des patients de la clinique Arago à son voisinage. Nous recevons environ 30.000 consultants par an, 3500 opérés et certains auront certainement besoin des nombreux services de Saint Joseph. Symétriquement, il nous a paru fondamental de nous désenclaver parce que, si nous sommes tout à fait convaincus du bien fondé de la mono-spécialisation, nous déplorons parfois d’être isolés quand nous avons à faire face à une complication urologique, cardiologique ou de réanimation post-opératoire ; il faut alors faire des transferts, qui sont quelquefois scabreux. Nous adosser à un hôpital de très bonne réputation nous séduisait beaucoup. De plus à titre personnel, j’avais été interne à Saint Jo, chez Jacques Bédouelle et je gardais un excellent souvenir de son service, de son enseignement et de celui de Michel Guillaumat, son assistant.

Donc vous envisagez une complémentarité ?

Exactement ! Par exemple, notre plateau de radiologie est certes équipé d’un EOS mais nous n’avons pas d’imagerie lourde, étant donné que nous trouvons tout cela soit à Saint Joseph soit chez nos partenaires de l’IRP.

Mais qu’est-ce qui empêche les autres cliniques parisiennes de faire de même ?

Je pense qu’on touche là au point clé du capital des cliniques privées à Paris. Très peu sont encore gérées par leurs praticiens. La grande majorité appartient à des groupes qui ont certes des politiques médicales, mais aussi des logiques financières et avant tout investissement, ils doivent penser au retour sur investissement. A Arago, à l’instar du petit village gaulois, nous sommes restés jalousement indépendants ; la clinique est restée aux mains des praticiens et les finances sont bien portantes. Depuis une quinzaine d’années tout l’argent gagné est mis de côté en prévision de ce projet et très peu a été distribué sous forme de dividendes. Nous avons donc toujours privilégié l’outil de travail. Il n’est pas certain que sur un plan purement financier cette reconstruction soit une réelle création de valeur, au moins à court terme. Sur le moyen et le long terme, en revanche, je suis convaincu que c’est la seule route qu’il fallait suivre. Cela dit, je suis comme vous très surpris que le parc hospitalier parisien ne se soit pas davantage rénové.

Encore faut-il que les différents actionnaires de la clinique soient d’accord pour ne pas toucher des dividendes dans cette perspective …

C’est un sujet sensible que vous soulevez parce que nous avons effectivement convaincu la grande majorité des actionnaires mais pas tous. Certains nous ont quittés en cours de route car mécontents de cette politique d’écureuil qui, selon eux, les spoliait des fruits annuels de leurs efforts ou de leur investissement ancien. Bref, cela n’a pas toujours été consensuel mais la majorité des praticiens a joué le jeu et grâce à ça, nous bénéficions maintenant d’une clinique aux normes, moderne, spacieuse et parfaitement adaptée à la chirurgie orthopédique. Le conseil d’administration, formé, lui, uniquement de médecins et chirurgiens en activité, a pour chaque décision importante, toujours approuvé cette aventure à l’unanimité et je lui en reste très reconnaissant.

Quelles ont été les différentes étapes de la course d’obstacle ?

D’abord nous avons obtenu l’autorisation de l’ARH de reconstruire dès 2007, et cela sur une base agrandie, c’est-à-dire 66 lits contre 53. Et 10 lits d’ambulatoire alors que nous n’en utilisions que 2 dans l’ancienne clinique, et surtout l’aide matérielle pour le loyer du terrain. En 2008 tout cela était acquis ; ensuite pendant deux ans les choses se sont un peu enlisées, Saint Joseph ne sachant pas très bien quelle parcelle nous attribuer et se sont succédés trois projets architecturaux sur des emplacements différents. Nous sommes sur le troisième. A vrai dire, l’entreprise a été dynamisée par l’arrivée de la nouvelle direction de Saint Joseph avec Georges-Christian Chazot à la tête de la Fondation et de Jean-Patrick Lajonchère comme directeur de l’hôpital. De notre côté, la direction générale donnée à Amélie Gélis, ma seconde fille entre parenthèses, et qualiticienne de formation, a également fouetté la meute. Mais concrètement, nous ne savions pas par quel bout prendre le problème. Et là je dois dire que nous avons eu la chance de rencontrer des gens très compétents qui nous ont rappelé que quand on construit une clinique il faut, dans l’ordre, d’abord faire une programmation puis rencontrer un architecte et ensuite trouver le financement. Tout ça s’est fait alors avec beaucoup plus de fluidité que je ne le redoutais.

A vous entendre, quand on a décidé de construire une clinique, il suffit de passer quelques coups de téléphone, et on y va…

Pas tout à fait ! D’abord entre la décision et le détail du plan de la clinique il y a un monde. Il faut d’abord un bon programmiste qui pose inlassablement la question à vos groupes de pilotage, aussi mixés que possibles : à partir de l’existant et de vos autorisations, que voulez-vous vraiment faire ? On ne peut pas répondre seulement : faites-moi du plus grand et du plus moderne ! Pour cette étape, ISMS notre assistant maitre d’ouvrage a été très précieux. En 2009, nous avons mis plusieurs architectes en compétition et avons choisi AIA, Architecte Ingénieur Associés, bien connus dans l’ouest de la France pour avoir reconstruit plusieurs cliniques et hôpitaux. Il est rassurant d’avoir affaire à des professionnels pointus car ce domaine est hérissé de normes et si l’on en oublie une seule, la commission de sécurité peut très bien différer votre ouverture. Les intervenants d’ ISMS et AIA ont été très efficaces ; ils nous ont dessiné un projet magnifique. Après dépôt de la demande du Permis de Construire, il a été instruit et accepté sans délai par la Direction de l’Urbanisme de Paris. Les six mois légaux, pas plus ! Le financement trouvé a été un crédit bail immobilier organisé par Oséo, si bien que je n’ai même pas eu à solliciter les actionnaires pour leur demander de mettre la main à la poche ou apporter des cautions.

Quel est le chirurgien qui a suivi du début à la fin cette construction ?

Avec de bons acteurs, il faut plutôt se garder de trop intervenir ! On peut même les gêner par des initiatives inopportunes de maître d’ouvrage trop mouche du « coach » ! J’ai certainement eu trop tendance au début à vouloir mettre mon nez partout, ce qui était parfois à la limite du ridicule. Je me suis un peu calmé après avoir lu le magnifique livre de Fernand Pouillon que m’a offert avec malice notre architecte Jérôme Bataille, Les Pierres Sauvages, publié en 1964. L’histoire de l’édification de l’abbaye du Thoronet, une des trois sœurs cisterciennes de Provence, au XIIème siècle décrit très bien cette lutte d’influence inévitable dans toute construction entre le maître d’œuvre, l’architecte, qui sait, et le maître d’ouvrage, le client, qui voudrait, mais plus ou moins confusément ! En amont, le Conseil d’Administration et Amélie ont toujours joué collectif aux différentes étapes, c’est-à-dire pour les choix du maître d’ouvrage délégué, du maître d’œuvre et du financement. Pour le choix des entreprises, nous avons accepté la formule dite des corps d’état séparés ce qui présente un petit risque, mais permet de choisir les véritables exécutants de la construction.

En pratique, vous vous êtes arrêté d’opérer pendant 4 ans ?

Absolument pas, les collègues et moi-même, n’avons jamais autant opéré et toutes les réunions nécessaires se sont tenues le soir et en fin de semaine. Une fois le financement et le PC obtenus, la construction elle-même a été très rapide. Le premier coup de pioche date du mois de mai 2013 ; la livraison intervient 18 mois après. Et ceci sans un seul jour de retard sur le planning et un infime dépassement de budget. Le secret c’est vraiment de travailler avec des gens de métier, disponibles et tatillons. Cela dit, il y a quand même énormément de détails pour lesquels il faut faire des choix et nous n’avons pas ménagé le nombre d’entretiens avec les praticiens futurs utilisateurs, sur les équipements notamment. Pour les salles d’opération, les équipementiers sont nombreux et leurs produits extrêmement séduisants. Alors on s’est réparti le travail : les chirurgiens et anesthésistes ont exploré les show-rooms, comme des enfants chez le père Noël, et notre directrice Amélie comme son assistante Floriane se sont attelées au travail plus lourd et plus ingrat de comparer les prestations et de faire baisser les devis. Nous avons été bien aidés aussi par la Centrale d’Achats de l’Hospitalisation Privée qui a opéré une pré-sélection. Les produits ont beaucoup évolué et ce qui est mis à notre disposition, n’a rien à voir avec ce que l’on proposait il y a encore une dizaine d’années. A présent, tout est connecté et il faut prévoir cela très tôt dans la construction pour éviter des repentirs couteux et invasifs.

Elle est mieux « branchée » ?

Exactement, et quand on entre dans chaque salle d’opération c’est un peu comme dans une tour de contrôle. Il y a des écrans partout, du digital sur chaque mur. C’est sûr, confortable et pratique pour planifier, établir les rapports d’intervention, contrôler les implants et les ancillaires et aussi faire de l’enseignement, de la retransmission, de la numérisation de dossier, etc…

Arago, ce n’est pas un peu une usine à prothèses ?

D’abord, on ne fait pas que ça ! 45 % de nos 3700 opérés annuels viennent pour autre chose. La cancérologie osseuse, défendue par Eric Mascard et Valérie Dumaine qui vient de nous rejoindre, tire le niveau technique vers le haut. Notre déficit viendrait plutôt du membre supérieur. Sébastien Zilber a intégré l’équipe pour s’occuper de ça. Mais c’est vrai que la notoriété de l’établissement repose essentiellement sur les arthroplasties. Il y a plusieurs raisons à cela. La première c’est la décision de Jean Lagrange de mono-spécialiser la clinique en orthopédie dès 1984. C’était déjà un grand acteur de la hanche, comme Jean-Claude Brunet son successeur. La seconde, c’est le cercle vertueux, ou du moins favorable, du recrutement au fil des décennies et des années de poseurs infatigables comme Guy Bellier, Jean-Marie Postel, Christophe Lefèvre, Olivier Charrois ou Christophe Castelain pour ne citer qu’eux. Et les petits nouveaux, Stéphane Scharicky et Benjamin Guenoun montent rapidement en activité. La troisième, c’est que sans fonctionner vraiment comme un service universitaire, nous nous imposons un contrôle quasi permanent sous forme de staffs réguliers et d’imagerie post-opératoire numérisée accessible à tous. Enfin, il est indéniable que les classements des journaux nous ont fait du bien et ont concentré l’attractivité parisienne sur les centres déjà les plus actifs. Cela dit, si usine fait référence à un atelier d’ordis ou de montres plus qu’à une usine de tracteurs, je ne récuse pas le terme. D’innombrables interventions de remplacement articulaire nous attendent dans l’avenir. Les générations qui nous suivent ne vont pas éternellement nous laisser creuser la dette sociale qui finance ça. Il faut donc se faire à l’idée de devoir opérer davantage, plus vite, avec plus de sureté et surtout pour moins cher. Cette obligation de productivité, l’industrie s’y soumet depuis cinquante ans. Notre tour arrive et des établissements comme le nôtre peuvent y contribuer. Cette constatation semble faire son chemin puisque nous sommes, dès l’ouverture, rejoints par plusieurs chirurgiens parisiens de la prothèse, comme Luc Kerboull, Emmanuel de Thomasson, Frédéric Sailhan ou Alain Roisin, ce qui nous cause un réel plaisir.

Cela fait combien de temps que vous exercez dans cette clinique ?

Je suis arrivé ici en 1982, il y a 32 ans. J’y ai été appelé par Jean Lagrange qui était un grand ami de mon maître Raymond Roy-Camille. Il voulait un successeur et cherchait un jeune chirurgien, toujours de l’école Judet. J’étais très jeune chef chez Raymond Roy-Camille puisqu’en fin de première année de clinicat. Mais à cette époque, on s’installait très tôt.

Quel type de chirurgie pratiquez vous ?

Jusqu’en 2000 j’ai fait beaucoup de chirurgie rachidienne car quand on sortait de la Pitié on ne pouvait pas y échapper. Puis progressivement, il y a eu une telle inflation d’arthroses de hanche et de genou que je me suis recentré sur cette chirurgie. J’ai fait venir des jeunes confrères comme Christophe Castelain qui ont repris la chirurgie du rachis que je faisais de moins en moins. J’ai également à cette époque-là laissé tomber la chirurgie du pied reprise chez nous par Christophe Camelot puis Olivier Charrois. De même pour la chirurgie de l’épaule. A présent je ne fais que de la prothèse de hanche et de genou.

Que faites-vous en matière de genou ?

J’ai, comme beaucoup d’orthopédistes, essayé un petit peu tout : le sans ciment, le plateau rotatoire, la PUC puis je suis revenu aux conceptions des années 80, c’est-à-dire à la prothèse tricompartimentaire postéro-stabilisée et cimentée. En ce moment, la Logic d’Exactech me convient très bien. Avant, l’ont précédée la PFC, l’Advance et au tout début il y avait l’Insall. J’ai d’ailleurs l’impression 30 ans après, d’appliquer chaque jour et de plus en plus scrupuleusement les leçons qu’Insall dispensait à l’HSS ou lors de ses voyages. Souvent je me dis qu’il avait tout compris avant les autres et qu’on devrait revenir à la simplicité de ses exigences : normoaxation, référencement antérieur et égalité autant que faire se peut des écarts en flexion et en extension. Son navire amiral, l’HSS à New York, m’avait tellement impressionné à 34 ans, que je me demande si la nouvelle clinique n’est pas le rêve concrétisé de refaire ça à Paris.

Et pour sacrifier à la mode, je suppose que vous faites les genoux par voie antérieure ?

Oui ! Je fais les genoux par voie antérieure et je ne fais pas de mini-invasif. J’en ai fait très brièvement et j’ai observé que je posais plus mal les implants, notamment sur le tibia. Pour qu’une prothèse de genou tienne longtemps et soit indolore, il faut vraiment qu’elle soit parfaitement posée et axée et que l’équilibre ligamentaire soit rigoureux. Pour cela il faut s’exposer correctement c’est-à-dire, à mon avis, réaliser un abord trans-quadricipital et parapatellaire interne. Même dans les grands genu valgum, je ne fais jamais rien d’autre maintenant et cela ne marche pas si mal. Notamment, plus jamais de Kebblish qui expose inconfortablement, et à peine une ou deux semi-contraintes par an soit nettement moins de 0,5 %.

Avez-vous été tenté par la navigation ?

J’en suis resté à un ancillaire classique après avoir observé du coin de l’oeil mes collègues à Arago quand il y a quelques années on a vu arriver la vague de la navigation. Il m’a toujours semblé que ce besoin de naviguer procédait d’une sorte de malentendu. Quand nous avons découvert la prothèse à glissement d’Insall, vers 1980 en France, les repères étaient exclusivement extra-médullaires, au fémur comme au tibia et les résultats anatomiques, si on s’appliquait, étaient quasiment parfaits, avec seulement trois tailles d’implants. Par la suite on a compliqué les choses et notamment au tibia s’est imposée de façon exclusive, pendant une certaine période, la visée intra-médullaire. Or la visée intra-médullaire tibiale est de fiabilité variable selon le morphotype : elle est généralement pertinente dans un genu valgum mais souvent incorrecte dans un genu varum où elle fait faire presque toujours une coupe un peu trop oblique en varus. Au lieu de revenir, devant cette constatation d’implants parfois mal posés, à la simplicité de la visée extra-médullaire c’est-à-dire à une coupe perpendiculaire à la barre qui part du milieu de la TTA et descend à la base du deuxième métatarsien, on a compliqué les choses en développant la navigation. Là, les résultats n’ont pas suivi et on a surtout constaté un allongement des durées opératoires. Maintenant je crois qu’on est en train de revenir en arrière. Il y a toujours des équipes qui sont très fidèles à la navigation mais je constate qu’à la clinique plus personne n’en fait.

Et sur les hanches que faites-vous ?

Là-encore, je n’ai guère changé mais depuis 25 ans seulement! Du sans-ciment exclusif et par voie antérieure. Un conservatisme monomaniaque sans doute désespérant pour les intellectuels et les chercheurs. Sur le plan de la voie d’abord j’ai eu la chance de tomber tout petit dans la marmite de potion Judet et je fais donc de la voie antérieure depuis 1980. Je n’en n’ai jamais dévié et même si au début je faisais de temps en temps des voies postérieures, c’est exceptionnel maintenant. Mais je fais très peu de reprises, les confiant à mes plus jeunes amis.

Potion Judet ?

Oui, c’est Robert Judet qui m’a montré la voie antérieure. Un « Hueter-gaine » tout à fait typique en passant dans la gaine du tenseur du fascia lata. C’est une voie magnifique, anatomique qui donne toujours autant de plaisir à emprunter, 4 décennies après son apprentissage. Elle permet un très bon abord mais au prix de certaines astuces si on veut la faire facilement car elle est exigeante, notamment au niveau fémoral. C’est vrai que sans ces petits trucs qui ont plus importance que dans la voie postérieure, on peut s’exposer à des complications. La courbe d’apprentissage de la voie antérieure est davantage semée de complications que pour les autres voies. Je pense notamment aux fausses routes, fractures du trochanter et aux inégalités de longueur.

Avec des prothèses à queue longue, comment faites-vous pour exposer le fémur ?

Le seul écart technique que je me suis autorisé, c’est de dégager la fossette et le crochet trochantériens un peu plus complètement et anatomiquement que ne le faisait Robert Judet. Spontanément, quand on place le membre inférieur en rotation externe, après section du col, le fémur supérieur ne monte pas vers l’avant mais s’enroule derrière le bord postérieur du cotyle. Le risque est grand alors de faire une fausse route en partant avec les râpes vers ce point faible cortical situé en dehors sous la crête du vaste externe. Cette rétroposition du fémur est provoquée par la mise en tension du tendon du petit fessier. Robert Judet et Raymond Roy-Camille le sectionnaient partiellement d’un petit coup de bistouri vertical donné sur la face interne du grand trochanter. La conséquence pouvait être ensuite une sollicitation compensatrice excessive et douloureuse du moyen fessier. Il est aussi facile et préférable de simplement luxer au dessus du grand trochanter le tendon du petit fessier qui reprendra sa place après la réduction de la hanche. Il jouera alors tout son rôle dans le contrôle de la stabilité de la hanche en rotation et en abduction. Jean Lagrange, lui, désinsérait un peu le TFL de L’EIAS, ce qui laissait un petit creux pas toujours esthétique.

Si vous avez conservé la voie d’abord, avez-vous poussé la fidélité jusqu’à garder les implants de l’époque ?

Non, mais ils m’ont quand même beaucoup influencé parce que j’ai été très marqué par ces séances opératoires avec RJ alors qu’il avait 70 ans ou presque. Il commençait par 4 prothèses totales de hanche sans ciment, et puis 1 ostéotomie, et pour bien faire on enchaînait encore sur un hallux valgus ou un Latarjet pour terminer à cinq heures frais comme un gardon. Enfin, lui, pas moi ! Il ne posait que sa prothèse poro-métal. C’était une idée très innovante mais le dessin était particulier, choquant selon nos yeux d’aujourd’hui et surtout la métallurgie n’était pas celle de maintenant. Je garde en mémoire son désespoir lors de certaines reprises où il confiait : « ce qui est terrible c’est que de temps en temps le cotyle ne se fixe pas, comme je ne sais pas davantage pourquoi cela s’est fixé dans la plupart des cas ». Rétrospectivement, il manquait le titane, il manquait l’hydroxyapatite et puis le barillet cylindrique était peut être trop consommateur d’os.

Pour un jeune Lapresle, quel genre de bonhomme c’était Robert Judet ?

Un très grand bonhomme, de grande classe, de grand courage aussi. J’avais appris par sa chef de bloc, Nicole Boulanger, qu’il était le seul chirurgien à avoir gagné deux fois la Croix de Guerre, en 40 et en 44. Et entre les deux, la médaille de la Résistance ! J’ai eu la chance de le rencontrer en 1978, grâce à son fils Thierry pour lequel j’ai une infinie reconnaissance. Quand je suis arrivé à la Pitié, Thierry m’a dit : « Mon père a besoin d’un aide, le mardi, pour un mois ou deux ». En fin de compte pendant presque trois ans, mes patrons d’internat m’ont tous laissé l’aider si bien que, très immodestement, je pense être celui qui a vu le plus de prothèses totales de hanche posées par lui. C’était un chirurgien remarquable dont j’essaie de m’inspirer chaque jour. Il opérait avec des gestes très lents mais justes et complets. Il ne reprenait jamais deux fois un instrument, dont il avait un nombre minimal sur sa table. C’était un véritable artisan. Finalement, on s’apercevait qu’il avait posé une prothèse en 40 minutes sans aucune bousculade, sans jamais s’énerver. Il était d’une humeur toujours égale et avait un don extraordinaire pour mettre en valeur le jeune interne inexpérimenté que j’étais. Il avait spontanément le mot gentil et quand je loupais un geste, il s’excusait presque de me l’avoir demandé. En outre il était d’une culture très vaste ; il parlait en travaillant d’opéra dont il connaissait une flopée d’airs et de littérature. Il m’a fait lire Giono, Céline et Reverzy et d’autres. Bref c’était un chirurgien à l’ancienne et il m’a marqué pour toujours.

Qu’est-ce qui le différenciait des autres chirurgiens à l’ancienne ?

La précision du geste. Il était la preuve que pour être rapide en chirurgie il faut prendre son temps et bien concevoir son itinéraire. Lors des reprises, c’était impressionnant de le voir transformer toutes les opérations difficiles en une succession de temps élémentaires. Et c’est ça qu’il transmettait à ses élèves. Au début, après l’avoir aidé les premières fois, je suis rentré à la maison et j’ai dit à Catherine, ma femme : « Tu sais, Robert Judet on en fait tout un plat mais il ne fait que des choses très simples ! » Ce n’est que le jour où j’ai eu un bistouri en solo que j’ai compris à quel point cette simplicité était sous-tendue par une maîtrise unique.

Comment parlait-il de la situation de l’orthopédie parisienne ou française ?

Il n’en parlait pas beaucoup parce qu’à l’époque où je l’ai connu, il restait blessé par l’affaire fiscale et son départ de Garches. Alors il s’était replié sur sa clinique où il avait toujours autant de patients. Il me parlait surtout des gens de son école qu’il aimait comme des amis ou des fils, Raymond Roy-Camille, Emile Letournel, Jean Lagrange, Jean Dunoyer ou Jean Lannelongue. Il me parlait moins des écoles adverses ou disons concurrentes. Et quand il en parlait, je dois reconnaître que ce n’était pas toujours charitablement.

Actuellement vous mettez des prothèses sans ciment ?

Je mets des prothèses sans ciment depuis 25 ans. J’ai commencé par les Corail et ensuite j’ai toujours utilisé des déclinaisons de la Corail. Les prothèses sans ciment m’ont toujours donné, sauf au début à cause des cotyles métal-back, de bons résultats. La difficulté avec les prothèses sans ciment c’est que par définition il faut les bloquer, et ceci à la bonne hauteur, ce qui est quelquefois hasardeux. Elles demandent nettement plus de précision manuelle que les prothèses cimentées.

Avant de vous focaliser sur la hanche et le genou, vous aviez évoqué une période de chirurgie du rachis …

En 1978 au retour de Tunisie où j’avais fait ma coopération, je suis arrivé à Paris en plein milieu d’un semestre. Mon maître Mohamed Kassab de Kassar Saïd, m’avait dit qu’à Paris il fallait se rapprocher des gens de Cochin, les seuls à être sérieux. Malheureusement, ils n’ont pas pu accueillir favorablement ma demande d’interne en surnombre et sur les conseils de Christian Cabrol, dont j’avais été l’externe, je suis allé voir Raymond Roy-Camille. Avec sa cordialité légendaire, il a levé les bras au ciel en disant : « mais c’est le Bon Dieu qui t’envoie car tous mes internes partent en vacances ; je te prends et je te garde jusqu’en octobre prochain ». Je suis donc resté chez lui et dans la foulée, en quelques jours j’avais réservé ma 4ème année et choisi mon sujet de thèse : j’étais donc pourvu pour longtemps. J’ai ainsi fait une bonne partie de mon internat autour de la Pitié. Par bonheur, c’était une époque particulièrement exaltante car le patron commençait à atteindre une célébrité mondiale avec la diffusion de la fixation pédiculaire. Avec plusieurs collègues des années 78-84, comme Christian Mazel, Claude Laville ou Oreste Ciaudot, nous avons eu la chance d’être présents au moment où il fallait assurer partout la promotion de cette technique réellement fabuleuse. Ainsi du haut de nos 30 ans, et sur les cinq continents, ambassadeurs ou plutôt soldats du pédicule, nous nous permettions de donner la leçon à des chirurgiens, chevronnés mais d’une autre époque, qui étaient les papes du Harrington ou de la chirurgie rachidienne sans matériel. Et je dois confesser que nous manifestions parfois une arrogance, à partir de cette brève supériorité technique, sur laquelle il y aurait beaucoup à redire trente cinq ans après. Je rougirai certainement de confusion quand je croiserai la-haut Sir George Bedbrook ou Alf Nachemson !

Quand vous quittez la Pitié, c’est pour faire du rachis en clinique ?

Eh oui ! La chirurgie rachidienne était le label des anciens de la Pitié. Mais c’était compliqué : en clinique, on ne fait que du dégénératif lombaire or dans le service, nous utilisions les plaques RRC, conçues pour la traumatologie dorso-lombaire avec des écarts entre les trous de vis de 13mm. Mais dans la région lombaire basse et en pathologie dégénérative c’était trop contraignant. Pour arriver à trouver un pédicule en face de ces fichues plaques, ce n’était pas simple. Fallait-il que les vis soient petites et les pédicules complaisants !

Steffee et Simmons avaient déjà élargis les trous de la plaque…

Oui, la première modification a été de faire fabriquer des plaques avec des écarts variables mais cela ne résolvait qu’une partie du problème. En 1989 j’en ai parlé avec Gilles Missenard qui travaillait avec nous à la clinique depuis 1985. C’était un élève de Jean Dubousset, et il maîtrisait donc bien les synthèses avec tiges et crochets. Nous avons essayé de marier les deux écoles et c’est comme ça qu’est né le concept du Diapason. C’est commun, maintenant mais cette combinaison vis-tige n’existait pas précédemment. Le Diapason est né en 1989 mais la suite d’une attaque en contrefaçon, car les vis du CD avaient été brevetées juste avant, il a été modifié en 90. Cette amélioration a été très bénéfique parce qu’elle nous a obligés à améliorer le système et à introduire une orientabilité vis-tige. Cette liberté a complètement fait chuter le taux de bris de matériel qui était auparavant de 8 à 9 % dans le système rigide. Il suffisait de placer anatomiquement les vis pédiculaires puis les tiges, porteuses d’une petite sphère, se glissaient parfaitement dans les têtes de vis que l’on verrouillait ensuite. On avait ainsi une fixation rachidienne solide car non contrainte, autorisant une laminectomie et offrant tous les avantage en terme de modularité et de réduction de la tige. C’est ce qui a assuré ce succès étonnant du Diapason pendant dix ans qui nous a amenés à le présenter un peu partout et à beaucoup voyager.

Pourquoi avez-vous arrêté de faire du rachis ?

La première raison fut l’inflation concurrente de la pathologie dégénérative de la hanche et du genou. On ne peut pas tout faire. Ensuite, c’est-à-dire après une quinzaine d’années de recul sur le dégénératif lombaire, j’ai commencé comme tout le monde à observer les inconvénients des arthrodèses. Bloquer un étage discal, ce n’est pas anodin et si cela soulage immédiatement et prévient les glissements, cela fait vieillir prématurément les étages de transition. J’ai commencé à réopérer des patients fixés quinze ans plus tôt ou quelquefois moins et cela fait réfléchir. Je me suis rappelé une phrase de Jean Lagrange m’accueillant en 1983 à la clinique. Il hochait la tête très dubitativement devant ma fringale de fixations rachidiennes. Lui aussi dans sa jeunesse avait fait du rachis. Il m’avait dit alors : « Dans la colonne vertébrale, décoincer un nerf coincé, c’est toujours légitime, mais en faire plus, c’est toujours discutable ». A partir de 1995, j’ai beaucoup diminué mes indications d’arthrodèse et à partir de l’an 2000 j’y croyais beaucoup moins.

Comment Roy- Camille a-t-il vécu le développement de votre instrumentation rachidienne ?

Avec bienveillance. Il n’était absolument pas jaloux des succès de ses élèves. Ceci d’autant plus que je lui avais montré les premiers prototypes du Diapason lors d’un voyage que nous avions fait ensemble pour donner des cours à Toledo dans l’Ohio. Marier la vis avec la tige paraissait l’aboutissement de la fixation pédiculaire. Nous lui avions donc dit que s’il voulait nous rejoindre dans la copropriété de cette ostéosynthèse nous en serions ravis car pour nous ce n’était qu’une déclinaison du principe qu’il avait codifié et popularisé. Curieusement, il a refusé après nous avoir gentiment remerciés, considérant que son nom était associé aux plaques, les plaques RRC. Il n’a pas été possible de lui faire admettre que son nom était lié sur toute la planète à la visée pédiculaire et que c’était ça, sa vraie découverte. Il est donc resté fidèle à la plaque rachidienne jusqu’à la fin de sa vie. Conscient que les écarts obligés de la plaque étaient un inconvénient, il a développé la plaque Domino pour autoriser plus de latitude dans la position des vis.

Qu’est-ce qui vous a mené à la chirurgie orthopédique ?

C’est à Christian Cabrol que je dois mon orientation chirurgicale. Quand j’étais externe, j’étais émerveillé par la chirurgie plastique et je me destinais à ça. J’avais réservé une quatrième année chez Pierre Banzet à Saint-Louis. Mais à cette époque nous devions faire notre service militaire et j’en ai parlé à Christian Cabrol, patron d’externat, qui m’a dit : « Tu ne vas pas faire un service militaire de piou-piou, il faut absolument que tu partes en coopération ; je vais te faire une lettre de recommandation à mon ami Kassab à Tunis qui a un excellent service d’orthopédie et justement, tu ne connais pas l’orthopédie ». Christian Cabrol était quelqu’un dont on ne discutait pas les conseils. Dans les quelques jours j’ai reçu l’acceptation et c’est comme ça que je me suis retrouvé pour un an et demi avec Catherine et Stéphanie la première de nos cinq filles, à Tunis. Là j’ai découvert l’orthopédie dans l’un des meilleurs services d’orthopédie que j’ai jamais fréquentés au cours de mon internat.

Bigre !

Mohamed Kassab était un ancien collègue de Paris et un élève de Robert Merle d’Aubigné. Il était parvenu à reproduire à Tunis un service de la valeur de celui de Cochin qui était son modèle, pourtant à ses yeux inatteignable. Il vénérait Merle d’Aubigné.
Il faisait régulièrement venir à Kassar Saïd, dans la banlieue de Tunis, des patrons français ou anglo-saxons qui nous faisaient des conférences. Ces derniers étaient alors, on peut le dire, pressés comme des citrons. En trois jours ils devaient exécuter plusieurs interventions et cours magistraux. Ils en sortaient lessivés. Du coup le niveau scientifique de ce service était remarquable. L’ambiance en revanche était très féodale ; c’était très dur et tout le monde se faisait copieusement engueuler du matin au soir mais cela fonctionnait parfaitement, au bénéfice des très nombreux malades. Il était en outre un peu sadique et ne nous libérait jamais du staff, le samedi, avant seize ou dix-sept heures. Nous étions donc beaucoup moins souvent sur les plages de la Marsa ou d’Hammamet que la plupart des collègues coopérants. Chaque département avait à sa tête un titulaire. Il y avait par exemple le responsable de la scoliose, Noureddine Slimane, celui du pied bot, Mongi Douik, celui du septique, Jean Lehoux, le traumatologue, Taïeb Litaïem ou Tawfik Moula mais un seul régnait sur les indications de tous, le patron. Ses élèves m’ont beaucoup appris et je les revois toujours à la Sofcot avec plaisir. Ce service avait une rare particularité : les dossiers y étaient parfaitement tenus. Je n’ai jamais retrouvé cela plus tard à ce niveau. On pouvait donc faire des revues exhaustives de patients sur dossier, et c’est là où j’ai commencé mes premiers travaux orthopédiques ; c’était pour les journées de printemps de la Sofcot qui se tenaient à Tunis en 1977. Avec Philippe Dahan, nous avions revu les premières PTH posées en Tunisie. Au retour en France, au printemps 1978, j’ai naturellement abandonné l’idée de faire de la chirurgie plastique et la vocation orthopédique s’est encore trouvée renforcée par la rencontre avec Raymond Roy-Camille et Robert Judet.

Clinique, chirurgie, vous n’avez que l’orthopédie, dans la vie ?

Peut-être un peu trop ! Comme beaucoup de confrères, j’ai en partie zappé l’enfance de nos cinq filles et je le regrette car leurs personnalités si différentes, mais toutes concentrées et travailleuses, auraient mérité plus d’attention et de marques d’affection de ma part. Nous avons cinq gendres fantastiques et attentionnés. Seul petit regret, personne n’a fait médecine. Sans doute à la génération suivante ! J’essaie de me rattraper en recevant avec Catherine, le plus souvent possible, nos huit petits enfants à la campagne. Je l’envie de trouver le temps et la disponibilité de s’occuper de chacun d’entre eux. Alors la maison familiale du Vexin, envahie presque chaque week-end, est un début de réponse à votre question !

Paru dans le numéro N°241 - Février 2015