En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour la bonne gestion de votre compte et de vos abonnements.

Recherche

Suivez-nous sur les réseaux sociaux :
MARTIN BECK

Paru dans le numéro N°297 - Octobre 2020
Entretien consulté 23 fois

MARTIN BECK

Nous avons fait la connaissance de Martin Beck lors du 78e congrès annuel de la Swiss Orthopaedics à Montreux en présence du Gotha de l’orthopédie Suisse. dont il fait partie comme expert de la chirurgie de hanche. Martin Beck a été élève mais aussi patient de Reinhold Ganz. Il nous raconte comment il a effectué sa formation à Berne avant de devenir chef de service à Lucerne, ainsi que sa passion pour la chirurgie de la hanche.

Comment êtes-vous arrivé à votre position actuelle à Lucerne ?

Je suis né à Lucerne donc c’était en quelque sorte un retour aux sources. Mais j’ai fait toute mon éducation chirurgicale à Bern où j’ai passé 14 ans aux côtés du professeur Ganz. Le service de Lucerne au départ était un petit service, j’ai eu la chance de pouvoir le développer comme je le souhaitais, pour la chirurgie orthopédique et en particulier pour la chirurgie de la hanche.

Comment est organisé votre service ?

Le service est réparti en plusieurs équipes, une par articulation : J. Weidner et moi-même pour la hanche, U. Müller pour le genou, J. Iselin pour le pied, R. Schöniger pour l’épaule.
J’ai toujours pensé qu’une organisation par articulation était plus logique plutôt que par type de chirurgie. D’autres hôpitaux sont organisés en arthroplastie et sports medicine, avec une équipe réalisant toute la chirurgie arthroscopique et une autre toutes les prothèses que ce soit de hanche, de genou ou d’épaule … Mais j’ai toujours pensé que si l’on connaît l’ensemble des options pour une articulation, en allant de la chirurgie conservatrice jusqu’à la chirurgie prothétique, on pourra proposer la meilleure option au patient.

Revenons à votre période à Bern. Comment était le professeur Ganz pendant vos 14 ans à ses côtés ?

Honnêtement c’était le meilleur chef de service que l’on puisse imaginer. Initialement, je l’avais rencontré à l’occasion de conférences qu’il était venu donner. Il était très sûr de lui lorsqu’il parlait de chirurgie conservatrice de la hanche.
Au départ je n’avais pas demandé de poste chez lui, car je voulais plutôt m’orienter vers la chirurgie de l’épaule. Je m’entendais très bien avec Christian Gerber. Mais à un moment Ganz a eu besoin d’un assistant, et un matin Christian Gerber est venu me dire que j’allais travailler avec Ganz. Cela s’est fait quasiment du jour au lendemain ! Au quotidien, Ganz n’était pas facile, mais si l’on faisait son travail sérieusement, alors tout se passait très bien. Il n’appréciait pas du tout les gens qui disent « oui » à tout, et aimait bien avoir un peu d’opposition. C’est pour cela que l’on s’est toujours bien entendu.

Et c’est lui qui vous a transmis cet intérêt pour la chirurgie conservatrice de la hanche ?

En fait ce qui pouvait paraître nouveau pour moi, quand j’ai commencé à travailler avec lui, était déjà très standardisé dans sa pratique. La luxation chirurgicale de hanche était bien codifiée. Je me suis intéressé de plus en plus à cette chirurgie avec lui, jusqu’au jour où je suis finalement devenu son patient !

Comment ça, vous avez été opéré de la hanche !?

Des deux ! J’avais développé un conflit de hanche bilatéral. Je suis un passionné de montagne, notamment d’escalade, et cette activité avait fini par abîmer mes deux hanches. Mais, à l’époque, on ne connaissait absolument pas cette pathologie. Le jour où Ganz m’a finalement opéré de ma première hanche, il n’était pas du tout sûr de ce qu’il allait trouver. Alors il a commencé l’intervention, réalisé la luxation de la hanche, constaté que le cartilage était abîmé et surtout il a vu la bosse sur le col fémoral qui correspondait au conflit. Il a alors pu la réséquer.
Je me souviens encore aujourd’hui de ses paroles en salle de réveil : « Je comprends maintenant pourquoi ! ». J’ai été pour ainsi dire le premier cas du professeur Ganz de traitement chirurgical d’un conflit de hanche, ce qui comme élève me donne un statut assez unique.

Cela correspondait à quelle période de votre formation ?

Durant la rééducation après cette intervention, je devais être à la fin de ma formation, juste avant de prendre mon poste de chef de clinique. Mais avant de prendre mon poste, alors que je marchais avec des béquilles, j’ai passé quelques mois auprès du professeur Masquelet car j’étais intéressé par la reconstruction des membres par lambeau. C’était en 1996. J’ai passé 6 mois au Fer à Moulin à Paris, où j’ai pu faire plusieurs études anatomiques, notamment sur la vascularisation du cotyle et sur le petit fessier.
Je suis ensuite revenu à Bern comme chef de clinique chez Ganz, et j’ai alors vraiment commencé à m’intéresser à la chirurgie de la hanche. J’étais en salle au bloc opératoire 3 à 4 fois par semaine, et chaque fois que Ganz faisait quelque chose, j’étais avec lui. En tant que chef de clinique j’ai aussi dû effectuer des rotations : j’ai donc appris également le genou et l’épaule, tout en conservant un intérêt particulier pour la hanche. Peu à peu j’en ai appris toutes les techniques.

Mais alors pourquoi retourner à Lucerne ?

C’est assez classique en fait. En 2004, Ganz a pris sa retraite à 65 ans. Je suis resté encore 4 ans à Bern mais le poste de chef de service de la Hanche était déjà pris par K. Siebenrock et il n’y avait pas vraiment de place pour deux. J’ai eu l’opportunité de revenir à Lucerne où je pouvais être chef de service et faire ce que je souhaitais. Le challenge était très intéressant et c’était le bon moment pour moi pour créer ma propre équipe.

Combien de chirurgiens ont été formés par Ganz ?

Finalement, assez peu. Je dirais 5 ou 6 en tout, mais je suis le seul à avoir été opéré par lui!

A propos, comment récupère-t-on d’une luxation chirurgicale de hanche ?

J’ai eu en fait 2 luxations chirurgicales, 1 de chaque côté, mais la première avait probablement été opérée trop tard. Le cartilage était déjà trop abîmé, et Ganz avait associé une ostéotomie inter-trochantérienne. Donc les suites avaient été un peu longues. Ce n’est pas la luxation chirurgicale, mais l’ostéotomie qui a mis du temps à guérir. Malgré tout j’ai pu mener une vie normale, même si je faisais moins de montagne et d’escalade. Cela a tenu 16 ans avant d’avoir besoin d’une prothèse de hanche. Compte tenu de la situation de départ, je trouve que c'est plutôt un bon résultat ! L’autre hanche par contre était plus simple, avec un conflit de hanche pris en charge précocement. La récupération avait été beaucoup plus rapide, et elle tient toujours.

Et la place de l’arthroscopie ?

Au départ il n’y avait aucune place, Ganz était contre ! Il faut dire que les premières arthroscopies n’étaient pas très concluantes avec souvent des hypercorrections ou hypocorrections du traitement de la came, notamment. Et puis en vieillissant, il s’est adouci et j’ai pu commencer à faire des arthroscopies dans son service, à partir de 2002 ou 2003. C’était surtout des arthroscopies pour reprise après chirurgie de conflit de hanche par luxation chirurgicale.
Il faut dire que Ganz était contre la physiothérapie. Je ne sais pas vraiment pourquoi, mais il ne voulait pas que les patients aient de rééducation après une luxation chirurgicale de hanche. Or si l’on ne mobilise pas la hanche, de nombreuses adhérences se créent notamment au niveau de la capsule. Évidemment ce n’est pas l’indication idéale pour commencer l’arthroscopie, mais au départ c’était pour ces cas de raideurs après chirurgie conservatrice par arthrotomie. Ensuite j’ai commencé à traiter arthroscopiquement les conflits de hanche, mais pour les cas les plus simples. Et, assez naturellement, j’ai continué à développer cette activité à Lucerne, si bien qu’actuellement la plupart des conflits de hanche sont traités sous arthroscopie, sauf les plus complexes comme des coxa profunda ou lorsqu’une ostéotomie est associée, par exemple.

Quelle voie d’abord utilisez-vous pour les prothèses de hanche ?

Depuis toujours j’utilise la voie antérieure, tout d’abord en décubitus latéral à Bern, puis à la fin en décubitus dorsal. Ensuite quand je suis parti à Lucerne, j’avais une table différente et je suis retourné à ma première installation en décubitus latéral. J’ai l’impression que l’exposition du fémur est un peu plus facile, et je contrôle bien le positionnement de mes implants, notamment cotyloïdiens, par cette voie d’abord. La stabilité de la hanche est également excellente. Pour les reprises, par contre, je m’adapte à la situation : lorsqu’il faut intervenir sur le fémur, j’utilise une voie postérieure ou j’associe une ostéotomie fémorale.

Quel couple de frottement utilisez-vous ?

J’aime beaucoup le cotyle monobloc polyéthylène pressfit sans ciment, qui donne de très bons résultats à long terme. En première intention c’est mon premier choix, mais en révision il m’arrive d’utiliser également des implants à double mobilité afin de diminuer le risque de luxation. Si une reconstruction est nécessaire, je n’utilise pas les métaux poreux mais privilégie les reconstructions avec anneau de soutien et allogreffe. Et, bien entendu, mon système de référence est l’anneau de Ganz.

Que pensait Ganz de la chirurgie prothétique ?

Honnêtement ce n’était pas ce qui l’intéressait le plus. Il a toujours utilisé la voie transglutéale de Hardinge, et fait de la chirurgie prothétique parce qu’il fallait bien le faire. Mais bien que chirurgien exclusif de la hanche, sa passion était la chirurgie conservatrice.

Et à part diriger le service d’orthopédie à Lucerne, quelles sont vos passions ?

La vue de l’hôpital est fabuleuse. On y voit à la fois le lac et les montagnes. J’adore la montagne. Je continue à y pratiquer du sport de façon régulière comme le ski, la randonnée, l’escalade, sans aucun problème malgré une prothèse de hanche. Je continue également à faire de la haute montagne, et j’ai d’ailleurs le projet d’aller en Chine pour atteindre le sommet nommé «Mustagh Ata» qui culmine à 7546m, sans oxygène, avec une petite équipe. C’est mon projet pour cette année !

Paru dans le numéro N°297 - Octobre 2020