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MARCEL LEMAIRE

Paru dans le numéro N°60 - Janvier 1997
Entretien consulté 2296 fois

MARCEL LEMAIRE

Marcel Lemaire est avec Albert Trillat un des pionniers de la chirurgie du genou et de la pathologie du sportif. Son parcours est pour le moins atypique ; le personnage est passionnant et l’homme reste passionné par tout ce qui l’entoure. Nous l’avons rencontré.

Monsieur Lemaire, comment vous présenteriez-vous ?

Aujourd’hui je suis un vieux chirurgien. Autrefois j’ai été le fils d’un médecin de Colombes. J’ai choisi la chirurgie parce que étant enfant j’avais une admiration extraordinaire pour René Toupet qui était le chirurgien avec lequel mon père travaillait.

Il y avait une solide ambiance chirurgicale autour de vous ?

Non, j’étais dans un milieu médical mais je ne voulais pas faire de médecine parce que je voyais la vie du médecin de près et que je la trouvais infernale. Mais il y avait aussi cette forte admiration pour René Toupet. C’était un grand chirurgien dont j’ai été l’interne plus tard. Son côté extraordinaire était que quand il arrivait quelque part il était naturellement le patron. Il commandait tout le monde. Il avait des manières qui me fascinaient. Par exemple, il avait un chauffeur. Un jour, j’avais 10 ans, je lui avais demandé : «pourquoi vous ne conduisez pas vous-même ?» Il m’a répondu «parce que la conduite fait trembler les mains alors un chirurgien ne doit jamais conduire une automobile».

C’était un mandarin ?

Non, il était sympathique et plus tard j’ai trouvé en lui le meilleur patron de mon internat. Il était à Bicêtre, et il prenait ses internes avec lui et leur faisait faire des opérations sur cadavres frais. J’ai été chez lui en quatrième année d’internat et il m’a fait faire de la grande chirurgie.

Vous avez fait un internat de chirurgie générale ?

J’ai fait un internat de chirurgie générale orienté vers le thorax. J’ai eu la chance de travailler avec Orsoni qui n’était pas chirurgien des hôpitaux et que j’ai rencontré chez René Toupet. Orsoni qui était un remarquable chirurgien thoraco-abdominal m’a véritablement adopté. J’ai vécu pendant 30 ans avec lui à faire des oesophages, des cancers de l’estomac etc... Je suis également passé chez Ménégaux à Lariboisière en même temps que Méary. J’ai aussi été interne de Mouchet au centre de traumatologie nocturne de Marmottan. Marmottan était alors un hôpital d’urgence pour la nuit. Je me rappelle que l’on réduisait hélas les fractures sous radioscopie. Je dis hélas parce que cela m’a laissé des traces dans les mains. J’ai enfin été interne chez Quenu.

Quelle était la personnalité de Jean Quenu ?

Si je dis froid je suis en dessous de la vérité. C’est le genre de patron qui vous faisait venir dans son bureau et vous laissait là debout. Il grattait du papier et il faisait semblant de ne pas vous voir pendant 5 bonnes minutes.

Dans son livre sur son internat, il manifestait pourtant un certain sens de l’humour...

Dans ce livre peut-être, mais dans son service ce n’était pas un comique.

Où avez-vous fait votre clinicat ?

A l’Hôtel-Dieu chez Brocq. Il avait un très grand service, qui comprenait tout le rez-de-chaussée de l’Hôtel-Dieu. Mais il était entouré de beaucoup de monde. Cerbonnet était alors interne, il y avait Houdard et bien d’autres. C’était tranquille parce qu’on était très nombreux ; il y avait deux assistants, quatre chefs de clinique. Je n’ai pas le souvenir d’y avoir appris grand chose mais à cette période j’aidais déjà Orsoni qui lui, m’apprenait des tas de choses. C’était le chirurgien français le plus réputé pour l’oesophage. Il m’a fait faire ma thèse sur les transferts du côlon pour oesophagoplastie.

Il paraît que pendant votre internat vous êtes allé au Groenland ?

Un beau jour deux moniteurs de ski viennent me voir a Marmottan et me disent «Vous êtes sportif, il faut que vous veniez avec nous car nous allons traverser la Laponie à ski.» C’était très intéressant. Un voyage de 700 km avec tout le matériel, car il n’y avait pas de ravitaillement. C’était pour voir ce que pouvaient faire des gens isolés. J’ai dit d’accord et on l’a fait. Quand je suis rentré de ce périple à Paris, j’ai eu un coup de téléphone de Paul Emile Victor disant «j’ai appris que vous avez fait cela, il faut venir avec moi au Groenland ! je pars dans trois mois». J’ai dit «bon, en route !». Tout cela m’a fait prendre une année sabbatique.

Qu’est-ce que Paul Emile Victor attendait de vous ?

Que je sois médecin de l’expédition. Je dois dire que le premier geste que j’ai fait là-bas n’était pas très assuré. Nous étions sur le bord de la mer avec notre camp installé et un ami de Victor qui était aussi un des patrons de l’expédition avait mal à une dent. Je regarde et je dis qu’il faudrait peut-être l’enlever car il pouvait y avoir un abcès derrière. Il répond «bon alors tu me l’enlèves». Dans le matériel que j’avais il y avait une boîte pleine de daviers. Quelqu’un me dit «tu sais, à chaque davier correspond une dent..» Je suis perplexe «c’est une prémollaire mais qu’est-ce qu’il faut faire ?» Personne n’a pu me le dire, et moi, bien que mon frère soit dentiste, je n’avais jamais vu ôter une dent. Tout le monde rigolait. Finalement j’ai pris un davier qui m’a paru convenir et... j’ai raté mon coup. Mais au deuxième essai j’ai réussi à ramener une dent qui ne tenait pas du tout et qu’on aurait pu sortir tout autrement.

Sans anesthésie ?

Sans anesthésie. Il était courageux. Cela dit il n’y avait là que des gens très sérieux. Beaucoup de travaux scientifiques ont été réalisés à cette occasion pour le CNRS. On avait, entre autre, passé beaucoup de temps à mesurer l’épaisseur de la glace.

A quoi passiez-vous vos journées ?

Il y avait des tas de choses à faire pour les scientifiques mais moi, je n’avais rien à faire. J’étais donc le sujet idéal pour le cinéaste de l’expédition, Jean-Jacques Languepin. Quand le film de l’expédition est passé dans les salles de cinéma j’étais très fier parce que j’étais l’acteur principal. Forcément, puisque tous les autres étaient occupés.

Toutes ces sollicitations proviennent de votre réputation de sportif...

J’ai été le premier «meilleur Racingman», en 1948. J’étais dans l’équipe de foot amateur et c’était un championnat régional. A ce moment là il n’y avait pas de championnat de France amateur.

C’est ainsi que vous avez été amené à vous occuper des sportifs ?

Oui. On m’a confié les professionnels à soigner alors que je n’étais pas encore Docteur en Médecine. J’ai été amené à m’occuper de l’équipe professionnelle du Racing alors que je n’avais aucune notion de traumatologie. Je dois dire que j’étais tout de même mieux qualifié que le médecin précédent qui était radiologue. Devant cette responsabilité, j’ai bien été obligé d’apprendre quelque chose. Le hasard a voulu que les dirigeants du Racing Club de Paris soient de fervents golfeurs et presque tous les lundis il y avait un golfeur qui arrivait de Lyon pour jouer avec eux et c’était Trillat. Si bien que j’ai fait la connaissance de Trillat et chaque fois que j’avais un problème on le discutait ensemble. Il m’a appris énormément de choses.

C’était en quelle année ?

A partir de 49 et des années 50. Trillat était déjà le grand maître du genou de France. Il avait la réputation et il opérait pratiquement tous les joueurs professionnels de France.

Que faisiez-vous à l’époque lorsqu’un de vos joueurs présentait une lésion des croisés ?

Les croisés ? Il ne faut pas rire, en 1949 la pathologie du croisé antérieur était tout à fait méconnue, du moins à Paris. Certains disaient même que c’était un élément récessif parce que souvent, dans les genoux arthrosiques, il n’y avait pas de croisé antérieur. Les lésions des ménisques, c’était uniquement un diagnostic clinique car il n’y avait pas l’arthrographie... Alors une douleur persistante sur l’interligne interne et c’était la ménisectomie.

De quelle façon la réalisiez-vous ?

Attention je suis innocent, c’est Trillat qui m’a montré la méthode. Il a commencé par faire une confortable voie d’abord verticale. Il ne coupait pas le ligament latéral interne et il faisait une chirurgie propre. Puis, sa voie d’abord s’est progressivement rétrécie. Il a décrit une résection pas tout à fait totale, en laissant le mur méniscal. C’était son opération de base et cela a duré des années. Je lui envoyais régulièrement les joueurs jusqu’au jour où il y en a un qui m’a dit «Je ne veux pas aller voir Trillat, je veux que ce soit vous qui m’opériez». Il avait un ménisque déchiré, c’était un international, un marocain. J’avais déjà enlevé des ménisques à l’hôpital alors je lui ai enlevé son ménisque. Ce jour là j’ai mis le doigt dans l’engrenage. Après que je lui ai enlevé le ménisque, les autres joueurs sont venus. Surtout que j’avais Roland Mesmeur qui jouait avec moi au Racing et qui était le journaliste numéro un de la page sportive du Figaro. Ainsi, chaque fois que j’opérais un gars cela figurait dans le Figaro. Cela a été comme cela jusqu’en 1958. En 1958 Trillat s’est déplacé pour la coupe du monde qui a eu lieu en Suède et j’ai eu l’occasion de le revoir à son arrivée à Paris. Là, je lui ai parlé des ligaments croisés parce que cela me trottait dans la tête. Je trouvais que je voyais beaucoup de ligaments croisés cassés.

Comment faisiez-vous le diagnostic ?

Tiroir antérieur à 90°. Mais il y a une chose qui m’avait beaucoup frappé. J’avais vu plusieurs fois des joueurs avoir un accident sur le terrain et quand je les examinais au vestiaire immédiatement après l’accident, ils avaient un tiroir épouvantable. Je les mettais dans le plâtre et à la sortie du plâtre un mois après il n’y avait plus de tiroir. J’avais conclu bêtement que l’immobilisation plâtrée guérissait les ruptures des ligaments croisés. Donc j’ai soumis cette idée à Trillat à son retour de la coupe du monde. Il m’a un peu engueulé parce qu’il n’admettait pas beaucoup qu’on ait des idées qu’il n’avait pas eues. Il m’a dit «le ligament croisé c’est très simple, tu prends ton type tu le mets assis un poids de 10 kg au bout du pied et tu lui fais faire des séries de 10 extensions/flexions, et 15 jours après il est guéri». Cela m’avait laissé un peu pantois. Par la suite, je lui ai téléphoné car je suivais une danseuse de l’Opéra à laquelle j’avais enlevé un ménisque et qui n’allait pas bien. Je la lui ai montrée, en lui demandant si elle n’avait pas une rupture de croisé. Il m’a dit : «Non c’est une laxité du ligament latéral interne, tu n’as qu’à lui retendre son ligament latéral interne». Ce qui a plutôt aggravé la situation. Finalement, devant son tiroir qui augmentait de plus en plus, je me suis permis de me dire : «mais enfin le croisé à quoi cela sert ?». J’ai pris le Testut et c’est là que j’ai appris que le rôle principal du ligament croisé antérieur est de contrôler la rotation interne. J’ai ensuite réfléchi pour savoir comment on pouvait freiner la rotation interne, je me suis dit : «ou on met le frein en antéro-externe ou on le met en postéro-interne». En postéro-interne, je vais me perdre, et c’est là que j’ai eu l’idée de mettre un frein antéro-externe. Cela m’a valu d’être faché avec Trillat de 1960 à 1978.

Pourquoi n’avez-vous pas envisagé de refaire le croisé ?

Attention, je l’avais fait déjà. J’avais fait des opérations de Hey Groves. C’était un auteur anglo-saxon qui vers 1918 avait eu l’idée de refaire le ligament croisé antérieur avec le fascia- lata. Il passait son prélèvement de bandelette à travers le condyle externe et il revenait en intra-articulaire. Il avait eu de bons résultats puisqu’il avait publié, mais cela n’a pas été mon cas.

Mais pourquoi pas une autre plastie intra-articulaire ?

Mais parce qu’il était plus simple de faire une extra-articulaire, et qu’à cette époque ouvrir largement une articulation était un geste majeur. Un jour dans les années 60, j’ai rencontré Castaing sur le trottoir à Paris. Je le connaissais bien car nous étions presque de la même génération. Castaing était déjà à Tours, et il m’a dit «il faudra que tu viennes un jour nous expliquer pourquoi tu vois les choses à l’envers». Parce que cette idée de Testut, que le rôle essentiel du ligament croisé antérieur était le contrôle de la rotation interne, c’était l’inverse de ce que l’on pensait alors. Cela peut paraître bizarre mais l’idée officielle de l’époque était que le rôle du ligament était de contrôler la rotation externe. On pensait que les ruptures du croisé antérieur arrivaient par le mouvement valgus-flexion-rotation externe.

Comment vous êtes passé de l’idée qu’il faut faire un contrôle antéro-externe à la plastie que vous avez décrite ?

Avec les plasties de Hey Groves j’avais déjà manipulé les lambeaux de fascia-lata, ce n’était donc pas difficile d’imaginer comment fixer un transplant sur la face extérieur du condyle.

Vous ne vous êtes pas préoccupé du contrôle du tiroir antérieur ?

Non. Parce que quand j’opérais des joueurs de football professionnels avec ma plastie externe, ils retournaient sur le terrain de football contents comme tout. Cela me suffisait.

Depuis quand faites vous cette intervention ?

Depuis décembre 60 mais je l’ai quand même améliorée.

Quand avez-vous réalisé qu’il existait un ressaut antéro-externe dans les laxités antérieures ?

Je ne peux pas vous dire exactement mais cela devait être vers 62-63. C’est un patient qui me l’a montré, il m’a dit voilà comment cela se passe. Il a bloqué son pied droit et il a pivoté. Cela confirmait ce que je pensais des ruptures du ligament croisé antérieur et j’étais ravi. Je l’ai gardé comme signe caractéristique de la rupture du ligament croisé. J’ai publié ma technique opératoire et ce signe pathognomonique des lésions du LCA dans le Journal de Chirurgie en 1967. Méary qui venait de créer les fiches Méary a fait résumer mon article pour la Revue de Chirurgie Orthopédique. Un petit détail : contrairement à ce que font de nombreux auteurs dans la recherche d’un ressaut en rotation interne, je n’imprime pas de mouvement de valgus.

Durant toutes ces années 60 vous réalisiez votre plastie dans votre coin et dans l’indifférence générale ?

Non, pas dans l’indifférence mais dans la réprobation générale. Jusqu’au jour où, en 1978, Trillat dont je n’avais pas eu de nouvelles depuis 1960 et qui organisait à Lyon la première réunion de l’International Society of the Knee, me téléphone en me disant : «il y a un canadien qui veut venir parler de ton opération alors il faut que tu viennes». Très gentiment il m’a donné la parole avant Galway. Si bien que quand Galway est monté à la tribune il était un peu gêné, et il a dit : «c’est le nouveau monde qui vient de découvrir l’ancien ; je vais vous décrire 200 cas de l’intervention que le Docteur Lemaire vient de vous décrire à propos de 2000 cas».

Pendant la période où vous avez développé votre plastie y avait-il des partisans des plasties intra-articulaires ?

Pas beaucoup. La moins mauvaise des plasties intra-articulaire était celle de Lindeman. Mais à cette époque en France l’orthopédie était plus dirigée vers la chirurgie de la hanche que vers la chirurgie ligamentaire. Cela n’intéressait pas grand monde en dehors des Lyonnais.

Les lyonnais dans les années 70, qu’est-ce qu’ils pensent du «Lemaire» ?

Des horreurs... Ne me demandez pas ce que Bousquet en pensait.

Que disait Bousquet ?

Il ne parlait pas beaucoup. Il était très extra-articulaire mais dans des coins impossibles.

Avec un recul de 30 ans, pensez-vous que votre plastie tienne encore la route ?

Cela dépend du genou opéré, de ce qu’on lui demande, du moment où a été réalisée l’intervention, bref de ce que veut le patient. Le problème ce n’est pas de satisfaire le chirurgien mais de satisfaire le patient. L’idéal c’est de refaire l’anatomie, tout le monde est d’accord là dessus. Seulement les interventions de type Kenneth-Jones sont des opérations lourdes dont les résultats sont incertains et je ne crois pas qu’on puisse les proposer à un homme de cinquante ans qui a envie d’aller jouer au tennis.

Vous faites des «Lemaire» au delà de 50 ans ?

Oui, et même jusqu’à 72 ans. Je me rappelle d’une pauvre femme qui avait un genou très instable et qui n’osait plus traverser sa rue. Elle était réduite à faire le tour de son pâté de maisons et heureusement elle habitait Paris dans un quartier où elle pouvait faire ses courses. Un jour elle en a eu assez, elle est venue me voir. Elle marche très bien à présent.

Mais les plasties type Kenneth-Jones se sont bien simplifiées et leurs suites ne sont pas trop compliquées.

C’est vous qui le dites. Les suites ne sont pas toujours heureuses. Je vois une quantité d’échecs de reconstruction intra-articulaire et si je n’étais pas aussi paresseux je les publierais. Si on faisait une étude des sujets qui, après une reconstruction intra-articulaire retrouvent leur niveau sportif initial je pense qu’on serait deçu et c’est peut-être pour cela que personne ne la fait. Il y a tout de même des tas de complications. Dejour qui est un chirurgien que je respecte beaucoup a commencé en faisant des reconstructions intra-articulaires et finalement il y a ajouté systématique la plastie extra-articulaire externe.

Que vous a apporté l’arthroscopie du genou ?

L’arthroscopie je ne m’y suis pas mis par paresse, mais il faut dire que je suis entouré de collègues qui sont ravis de les faire. J’ai raté le premier arthroscope amené en France. C’était Marie-Claude Tesson, qui plus tard créera le Quotidien du Médecin, qui l’avait apporté du Japon. J’étais à Levallois à ce moment-là. Mais c’était un truc qu’il fallait stériliser au formol. Je lui ai dit : moi je ne mettrai pas dans les genoux de mes patients du matériel imprégné de formol ; amenez vos patients, si vous voulez vous les opérerez ici.

Quel âge avez-vous ?

78 ans.

Jusqu’à quel âge on doit opérer ?

Tant qu’on a plaisir à opérer et que cela ne vous épuise pas.

Vous opérez encore beaucoup ?

Oui, j’opère comme quand j’avais 40 ans.

La chirurgie du genou vous intéresse-t-elle encore ?

Il y a beaucoup de choses qui m’intéressent encore. Actuellement, les problèmes de stabilité de la rotule me passionnent.

Avez-vous des passions, en dehors de la chirurgie ?

Je suis toujours resté fidèle à mes occupations physiques. J’ai besoin de me détendre, encore maintenant, physiquement. Je monte à cheval. J’ai un cheval dans mon jardin et comme gardien j’ai un ancien jockey qui le monte quand je ne monte pas. J’habite en lisière de la forêt de Chantilly. Je crois qu’il faut maintenir une certaine activité physique.

Monsieur Lemaire, comment vous présenteriez-vous ?

Aujourd’hui je suis un vieux chirurgien. Autrefois j’ai été le fils d’un médecin de Colombes. J’ai choisi la chirurgie parce que étant enfant j’avais une admiration extraordinaire pour René Toupet qui était le chirurgien avec lequel mon père travaillait.

Il y avait une solide ambiance chirurgicale autour de vous ?

Non, j’étais dans un milieu médical mais je ne voulais pas faire de médecine parce que je voyais la vie du médecin de près et que je la trouvais infernale. Mais il y avait aussi cette forte admiration pour René Toupet. C’était un grand chirurgien dont j’ai été l’interne plus tard. Son côté extraordinaire était que quand il arrivait quelque part il était naturellement le patron. Il commandait tout le monde. Il avait des manières qui me fascinaient. Par exemple, il avait un chauffeur. Un jour, j’avais 10 ans, je lui avais demandé : «pourquoi vous ne conduisez pas vous-même ?» Il m’a répondu «parce que la conduite fait trembler les mains alors un chirurgien ne doit jamais conduire une automobile».

C’était un mandarin ?

Non, il était sympathique et plus tard j’ai trouvé en lui le meilleur patron de mon internat. Il était à Bicêtre, et il prenait ses internes avec lui et leur faisait faire des opérations sur cadavres frais. J’ai été chez lui en quatrième année d’internat et il m’a fait faire de la grande chirurgie.

Vous avez fait un internat de chirurgie générale ?

J’ai fait un internat de chirurgie générale orienté vers le thorax. J’ai eu la chance de travailler avec Orsoni qui n’était pas chirurgien des hôpitaux et que j’ai rencontré chez René Toupet. Orsoni qui était un remarquable chirurgien thoraco-abdominal m’a véritablement adopté. J’ai vécu pendant 30 ans avec lui à faire des oesophages, des cancers de l’estomac etc... Je suis également passé chez Ménégaux à Lariboisière en même temps que Méary. J’ai aussi été interne de Mouchet au centre de traumatologie nocturne de Marmottan. Marmottan était alors un hôpital d’urgence pour la nuit. Je me rappelle que l’on réduisait hélas les fractures sous radioscopie. Je dis hélas parce que cela m’a laissé des traces dans les mains. J’ai enfin été interne chez Quenu.

Quelle était la personnalité de Jean Quenu ?

Si je dis froid je suis en dessous de la vérité. C’est le genre de patron qui vous faisait venir dans son bureau et vous laissait là debout. Il grattait du papier et il faisait semblant de ne pas vous voir pendant 5 bonnes minutes.

Dans son livre sur son internat, il manifestait pourtant un certain sens de l’humour...

Dans ce livre peut-être, mais dans son service ce n’était pas un comique.

Où avez-vous fait votre clinicat ?

A l’Hôtel-Dieu chez Brocq. Il avait un très grand service, qui comprenait tout le rez-de-chaussée de l’Hôtel-Dieu. Mais il était entouré de beaucoup de monde. Cerbonnet était alors interne, il y avait Houdard et bien d’autres. C’était tranquille parce qu’on était très nombreux ; il y avait deux assistants, quatre chefs de clinique. Je n’ai pas le souvenir d’y avoir appris grand chose mais à cette période j’aidais déjà Orsoni qui lui, m’apprenait des tas de choses. C’était le chirurgien français le plus réputé pour l’oesophage. Il m’a fait faire ma thèse sur les transferts du côlon pour oesophagoplastie.

Il paraît que pendant votre internat vous êtes allé au Groenland ?

Un beau jour deux moniteurs de ski viennent me voir a Marmottan et me disent «Vous êtes sportif, il faut que vous veniez avec nous car nous allons traverser la Laponie à ski.» C’était très intéressant. Un voyage de 700 km avec tout le matériel, car il n’y avait pas de ravitaillement. C’était pour voir ce que pouvaient faire des gens isolés. J’ai dit d’accord et on l’a fait. Quand je suis rentré de ce périple à Paris, j’ai eu un coup de téléphone de Paul Emile Victor disant «j’ai appris que vous avez fait cela, il faut venir avec moi au Groenland ! je pars dans trois mois». J’ai dit «bon, en route !». Tout cela m’a fait prendre une année sabbatique.

Qu’est-ce que Paul Emile Victor attendait de vous ?

Que je sois médecin de l’expédition. Je dois dire que le premier geste que j’ai fait là-bas n’était pas très assuré. Nous étions sur le bord de la mer avec notre camp installé et un ami de Victor qui était aussi un des patrons de l’expédition avait mal à une dent. Je regarde et je dis qu’il faudrait peut-être l’enlever car il pouvait y avoir un abcès derrière. Il répond «bon alors tu me l’enlèves». Dans le matériel que j’avais il y avait une boîte pleine de daviers. Quelqu’un me dit «tu sais, à chaque davier correspond une dent..» Je suis perplexe «c’est une prémollaire mais qu’est-ce qu’il faut faire ?» Personne n’a pu me le dire, et moi, bien que mon frère soit dentiste, je n’avais jamais vu ôter une dent. Tout le monde rigolait. Finalement j’ai pris un davier qui m’a paru convenir et... j’ai raté mon coup. Mais au deuxième essai j’ai réussi à ramener une dent qui ne tenait pas du tout et qu’on aurait pu sortir tout autrement.

Sans anesthésie ?

Sans anesthésie. Il était courageux. Cela dit il n’y avait là que des gens très sérieux. Beaucoup de travaux scientifiques ont été réalisés à cette occasion pour le CNRS. On avait, entre autre, passé beaucoup de temps à mesurer l’épaisseur de la glace.

A quoi passiez-vous vos journées ?

Il y avait des tas de choses à faire pour les scientifiques mais moi, je n’avais rien à faire. J’étais donc le sujet idéal pour le cinéaste de l’expédition, Jean-Jacques Languepin. Quand le film de l’expédition est passé dans les salles de cinéma j’étais très fier parce que j’étais l’acteur principal. Forcément, puisque tous les autres étaient occupés.

Toutes ces sollicitations proviennent de votre réputation de sportif...

J’ai été le premier «meilleur Racingman», en 1948. J’étais dans l’équipe de foot amateur et c’était un championnat régional. A ce moment là il n’y avait pas de championnat de France amateur.

C’est ainsi que vous avez été amené à vous occuper des sportifs ?

Oui. On m’a confié les professionnels à soigner alors que je n’étais pas encore Docteur en Médecine. J’ai été amené à m’occuper de l’équipe professionnelle du Racing alors que je n’avais aucune notion de traumatologie. Je dois dire que j’étais tout de même mieux qualifié que le médecin précédent qui était radiologue. Devant cette responsabilité, j’ai bien été obligé d’apprendre quelque chose. Le hasard a voulu que les dirigeants du Racing Club de Paris soient de fervents golfeurs et presque tous les lundis il y avait un golfeur qui arrivait de Lyon pour jouer avec eux et c’était Trillat. Si bien que j’ai fait la connaissance de Trillat et chaque fois que j’avais un problème on le discutait ensemble. Il m’a appris énormément de choses.

C’était en quelle année ?

A partir de 49 et des années 50. Trillat était déjà le grand maître du genou de France. Il avait la réputation et il opérait pratiquement tous les joueurs professionnels de France.

Que faisiez-vous à l’époque lorsqu’un de vos joueurs présentait une lésion des croisés ?

Les croisés ? Il ne faut pas rire, en 1949 la pathologie du croisé antérieur était tout à fait méconnue, du moins à Paris. Certains disaient même que c’était un élément récessif parce que souvent, dans les genoux arthrosiques, il n’y avait pas de croisé antérieur. Les lésions des ménisques, c’était uniquement un diagnostic clinique car il n’y avait pas l’arthrographie... Alors une douleur persistante sur l’interligne interne et c’était la ménisectomie.

De quelle façon la réalisiez-vous ?

Attention je suis innocent, c’est Trillat qui m’a montré la méthode. Il a commencé par faire une confortable voie d’abord verticale. Il ne coupait pas le ligament latéral interne et il faisait une chirurgie propre. Puis, sa voie d’abord s’est progressivement rétrécie. Il a décrit une résection pas tout à fait totale, en laissant le mur méniscal. C’était son opération de base et cela a duré des années. Je lui envoyais régulièrement les joueurs jusqu’au jour où il y en a un qui m’a dit «Je ne veux pas aller voir Trillat, je veux que ce soit vous qui m’opériez». Il avait un ménisque déchiré, c’était un international, un marocain. J’avais déjà enlevé des ménisques à l’hôpital alors je lui ai enlevé son ménisque. Ce jour là j’ai mis le doigt dans l’engrenage. Après que je lui ai enlevé le ménisque, les autres joueurs sont venus. Surtout que j’avais Roland Mesmeur qui jouait avec moi au Racing et qui était le journaliste numéro un de la page sportive du Figaro. Ainsi, chaque fois que j’opérais un gars cela figurait dans le Figaro. Cela a été comme cela jusqu’en 1958. En 1958 Trillat s’est déplacé pour la coupe du monde qui a eu lieu en Suède et j’ai eu l’occasion de le revoir à son arrivée à Paris. Là, je lui ai parlé des ligaments croisés parce que cela me trottait dans la tête. Je trouvais que je voyais beaucoup de ligaments croisés cassés.

Comment faisiez-vous le diagnostic ?

Tiroir antérieur à 90°. Mais il y a une chose qui m’avait beaucoup frappé. J’avais vu plusieurs fois des joueurs avoir un accident sur le terrain et quand je les examinais au vestiaire immédiatement après l’accident, ils avaient un tiroir épouvantable. Je les mettais dans le plâtre et à la sortie du plâtre un mois après il n’y avait plus de tiroir. J’avais conclu bêtement que l’immobilisation plâtrée guérissait les ruptures des ligaments croisés. Donc j’ai soumis cette idée à Trillat à son retour de la coupe du monde. Il m’a un peu engueulé parce qu’il n’admettait pas beaucoup qu’on ait des idées qu’il n’avait pas eues. Il m’a dit «le ligament croisé c’est très simple, tu prends ton type tu le mets assis un poids de 10 kg au bout du pied et tu lui fais faire des séries de 10 extensions/flexions, et 15 jours après il est guéri». Cela m’avait laissé un peu pantois. Par la suite, je lui ai téléphoné car je suivais une danseuse de l’Opéra à laquelle j’avais enlevé un ménisque et qui n’allait pas bien. Je la lui ai montrée, en lui demandant si elle n’avait pas une rupture de croisé. Il m’a dit : «Non c’est une laxité du ligament latéral interne, tu n’as qu’à lui retendre son ligament latéral interne». Ce qui a plutôt aggravé la situation. Finalement, devant son tiroir qui augmentait de plus en plus, je me suis permis de me dire : «mais enfin le croisé à quoi cela sert ?». J’ai pris le Testut et c’est là que j’ai appris que le rôle principal du ligament croisé antérieur est de contrôler la rotation interne. J’ai ensuite réfléchi pour savoir comment on pouvait freiner la rotation interne, je me suis dit : «ou on met le frein en antéro-externe ou on le met en postéro-interne». En postéro-interne, je vais me perdre, et c’est là que j’ai eu l’idée de mettre un frein antéro-externe. Cela m’a valu d’être faché avec Trillat de 1960 à 1978.

Pourquoi n’avez-vous pas envisagé de refaire le croisé ?

Attention, je l’avais fait déjà. J’avais fait des opérations de Hey Groves. C’était un auteur anglo-saxon qui vers 1918 avait eu l’idée de refaire le ligament croisé antérieur avec le fascia- lata. Il passait son prélèvement de bandelette à travers le condyle externe et il revenait en intra-articulaire. Il avait eu de bons résultats puisqu’il avait publié, mais cela n’a pas été mon cas.

Mais pourquoi pas une autre plastie intra-articulaire ?

Mais parce qu’il était plus simple de faire une extra-articulaire, et qu’à cette époque ouvrir largement une articulation était un geste majeur. Un jour dans les années 60, j’ai rencontré Castaing sur le trottoir à Paris. Je le connaissais bien car nous étions presque de la même génération. Castaing était déjà à Tours, et il m’a dit «il faudra que tu viennes un jour nous expliquer pourquoi tu vois les choses à l’envers». Parce que cette idée de Testut, que le rôle essentiel du ligament croisé antérieur était le contrôle de la rotation interne, c’était l’inverse de ce que l’on pensait alors. Cela peut paraître bizarre mais l’idée officielle de l’époque était que le rôle du ligament était de contrôler la rotation externe. On pensait que les ruptures du croisé antérieur arrivaient par le mouvement valgus-flexion-rotation externe.

Comment vous êtes passé de l’idée qu’il faut faire un contrôle antéro-externe à la plastie que vous avez décrite ?

Avec les plasties de Hey Groves j’avais déjà manipulé les lambeaux de fascia-lata, ce n’était donc pas difficile d’imaginer comment fixer un transplant sur la face extérieur du condyle.

Vous ne vous êtes pas préoccupé du contrôle du tiroir antérieur ?

Non. Parce que quand j’opérais des joueurs de football professionnels avec ma plastie externe, ils retournaient sur le terrain de football contents comme tout. Cela me suffisait.

Depuis quand faites vous cette intervention ?

Depuis décembre 60 mais je l’ai quand même améliorée.

Quand avez-vous réalisé qu’il existait un ressaut antéro-externe dans les laxités antérieures ?

Je ne peux pas vous dire exactement mais cela devait être vers 62-63. C’est un patient qui me l’a montré, il m’a dit voilà comment cela se passe. Il a bloqué son pied droit et il a pivoté. Cela confirmait ce que je pensais des ruptures du ligament croisé antérieur et j’étais ravi. Je l’ai gardé comme signe caractéristique de la rupture du ligament croisé. J’ai publié ma technique opératoire et ce signe pathognomonique des lésions du LCA dans le Journal de Chirurgie en 1967. Méary qui venait de créer les fiches Méary a fait résumer mon article pour la Revue de Chirurgie Orthopédique. Un petit détail : contrairement à ce que font de nombreux auteurs dans la recherche d’un ressaut en rotation interne, je n’imprime pas de mouvement de valgus.

Durant toutes ces années 60 vous réalisiez votre plastie dans votre coin et dans l’indifférence générale ?

Non, pas dans l’indifférence mais dans la réprobation générale. Jusqu’au jour où, en 1978, Trillat dont je n’avais pas eu de nouvelles depuis 1960 et qui organisait à Lyon la première réunion de l’International Society of the Knee, me téléphone en me disant : «il y a un canadien qui veut venir parler de ton opération alors il faut que tu viennes». Très gentiment il m’a donné la parole avant Galway. Si bien que quand Galway est monté à la tribune il était un peu gêné, et il a dit : «c’est le nouveau monde qui vient de découvrir l’ancien ; je vais vous décrire 200 cas de l’intervention que le Docteur Lemaire vient de vous décrire à propos de 2000 cas».

Pendant la période où vous avez développé votre plastie y avait-il des partisans des plasties intra-articulaires ?

Pas beaucoup. La moins mauvaise des plasties intra-articulaire était celle de Lindeman. Mais à cette époque en France l’orthopédie était plus dirigée vers la chirurgie de la hanche que vers la chirurgie ligamentaire. Cela n’intéressait pas grand monde en dehors des Lyonnais.

Les lyonnais dans les années 70, qu’est-ce qu’ils pensent du «Lemaire» ?

Des horreurs... Ne me demandez pas ce que Bousquet en pensait.

Que disait Bousquet ?

Il ne parlait pas beaucoup. Il était très extra-articulaire mais dans des coins impossibles.

Avec un recul de 30 ans, pensez-vous que votre plastie tienne encore la route ?

Cela dépend du genou opéré, de ce qu’on lui demande, du moment où a été réalisée l’intervention, bref de ce que veut le patient. Le problème ce n’est pas de satisfaire le chirurgien mais de satisfaire le patient. L’idéal c’est de refaire l’anatomie, tout le monde est d’accord là dessus. Seulement les interventions de type Kenneth-Jones sont des opérations lourdes dont les résultats sont incertains et je ne crois pas qu’on puisse les proposer à un homme de cinquante ans qui a envie d’aller jouer au tennis.

Vous faites des «Lemaire» au delà de 50 ans ?

Oui, et même jusqu’à 72 ans. Je me rappelle d’une pauvre femme qui avait un genou très instable et qui n’osait plus traverser sa rue. Elle était réduite à faire le tour de son pâté de maisons et heureusement elle habitait Paris dans un quartier où elle pouvait faire ses courses. Un jour elle en a eu assez, elle est venue me voir. Elle marche très bien à présent.

Mais les plasties type Kenneth-Jones se sont bien simplifiées et leurs suites ne sont pas trop compliquées.

C’est vous qui le dites. Les suites ne sont pas toujours heureuses. Je vois une quantité d’échecs de reconstruction intra-articulaire et si je n’étais pas aussi paresseux je les publierais. Si on faisait une étude des sujets qui, après une reconstruction intra-articulaire retrouvent leur niveau sportif initial je pense qu’on serait deçu et c’est peut-être pour cela que personne ne la fait. Il y a tout de même des tas de complications. Dejour qui est un chirurgien que je respecte beaucoup a commencé en faisant des reconstructions intra-articulaires et finalement il y a ajouté systématique la plastie extra-articulaire externe.

Que vous a apporté l’arthroscopie du genou ?

L’arthroscopie je ne m’y suis pas mis par paresse, mais il faut dire que je suis entouré de collègues qui sont ravis de les faire. J’ai raté le premier arthroscope amené en France. C’était Marie-Claude Tesson, qui plus tard créera le Quotidien du Médecin, qui l’avait apporté du Japon. J’étais à Levallois à ce moment-là. Mais c’était un truc qu’il fallait stériliser au formol. Je lui ai dit : moi je ne mettrai pas dans les genoux de mes patients du matériel imprégné de formol ; amenez vos patients, si vous voulez vous les opérerez ici.

Quel âge avez-vous ?

78 ans.

Jusqu’à quel âge on doit opérer ?

Tant qu’on a plaisir à opérer et que cela ne vous épuise pas.

Vous opérez encore beaucoup ?

Oui, j’opère comme quand j’avais 40 ans.

La chirurgie du genou vous intéresse-t-elle encore ?

Il y a beaucoup de choses qui m’intéressent encore. Actuellement, les problèmes de stabilité de la rotule me passionnent.

Avez-vous des passions, en dehors de la chirurgie ?

Je suis toujours resté fidèle à mes occupations physiques. J’ai besoin de me détendre, encore maintenant, physiquement. Je monte à cheval. J’ai un cheval dans mon jardin et comme gardien j’ai un ancien jockey qui le monte quand je ne monte pas. J’habite en lisière de la forêt de Chantilly. Je crois qu’il faut maintenir une certaine activité physique.

Paru dans le numéro N°60 - Janvier 1997