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MARC PHILIPPON

Paru dans le numéro N°183 - Avril 2009
Entretien consulté 2288 fois

MARC PHILIPPON

Marc Philippon est un québécois qui a fait carrière aux USA où il se consacre à l’arthroscopie de hanche. Il nous raconte les différentes étapes de son évolution professionnelle qui lui ont procuré une expertise dans un domaine très pointu de la pathologie fémoro-acétabulaire. Nous l’avons rencontré au congrès « Hip 2008 » à Toulouse, rendez-vous incontournable des chirurgiens de la hanche.

Où avez-vous fait vos études de médecine ?

Je suis né dans la ville de Québec mais j’ai fait mes études de médecine à l’université de Mc Master qui est en Ontario. A l’âge de 19 ans, j’avais obtenu une bourse pour aller  jouer au soccer, le football français, aux Etats-Unis et sur place, je me suis découvert une vocation pour la chirurgie. Alors je me suis intéressé aux écoles de médecine et j’ai opté pour le programme de Mc Master très réputé au Canada qui me permettait de gagner un an.

Pourquoi vouliez-vous aller vite ?

Je pensais que si je pouvais gagner une année, je pourrai commencer la chirurgie plus rapidement. Le goût de la chirurgie m’est venu de la pratique du sport  mais je dois aussi dire que mon père était chirurgien.

Quelle spécialité ?

Mon père faisait de la chirurgie générale et la traumatologie au Québec. Il était aussi le médecin de notre équipe de hockey sur glace.

Avez-vous fait également votre formation orthopédique en Ontario ?

Non. J’avais fait la connaissance du Docteur Gordon Hill qui exerçait en Floride et qui m’a beaucoup influencé. Il m’a dit : si tu fais ta résidence en orthopédie à Miami, tu pourras travailler avec moi dans mon hôpital privé. C’est pour cela que je suis retourné aux Etats-Unis à l’université de Miami au Jackson Memorial Hospital. Ainsi pendant mon internat j’ai aussi travaillé avec le Docteur Gordon Hill en privé.  C’était un chirurgien de la hanche

C’est si facile quand on est Canadien de faire sa spécialité en Floride ?

Non, je crois que j’étais le premier non américain à faire mes études en orthopédie à l’université de Miami. Il a fallu que je fasse pour les USA comme pour le Canada, un « match ». C’est-à-dire que l’on rempli un formulaire pour les programmes d’enseignement pour lesquels on postule en les classant par ordre de préférence. Le problème c’est qu’au Canada si vous êtes accepté sur un programme, il faut que vous preniez votre position sinon vous la perdez parce que les résultats des programmes américains sortent la semaine d’après. J’avais été accepté à l’université Mc Gill pour faire ma résidence mais j’ai renoncé à mon poste canadien, j’ai donc pris un risque. Heureusement j’ai été accepté à Miami. J’y ai fait ma formation d’orthopédiste et ensuite je suis allé tout de suite en pratique privée.

Il paraît qu’à Miami on ne peut pas opérer si on ne parle pas espagnol ?

Il y a une forte communauté hispanique, beaucoup de Cubains et j’ai appris un peu l’espagnol. Mais on avait des interprètes. Ce qui était difficile, c’est que c’était le premier centre de Traumatologie des USA par sa fréquentation. Il y avait beaucoup de lésions par armes à feu. Moi je ne faisais que de la chirurgie orthopédique mais je travaillais souvent avec des chirurgiens
vasculaires.

Qu’avez-vous fait à la fin de votre formation  ?

Je suis allé tout de suite en privé avec le Docteur Gordon Hill, à l’hôpital Holly Cross de Fort Lauderdale. Cet endroit est une petite Venise de l’Amérique. Notre associé, le Docteur Dan Kenel était le médecin en chef de l’équipe de football américain les Miami Dolphins. Tout de suite j’ai eu une connexion avec des équipes sportives et c’est pour cela que j’ai commencé à faire de la chirurgie de la hanche chez les sportifs. Grâce à mes associés, je voyais souvent des jeunes joueurs de baseball, de football avec des lésions de hanche. À l’époque, en 1995, on ne faisait des arthroscopies que pour des corps étrangers et des bourrelets.

Qui faisait de l’arthroscopie avant vous à la « Sainte Croix » ?

Personne. J’ai appris à en faire quand j’étais résident. Mon premier cas c’était en 93. Mon chef de clinique m’avait demandé d’opérer quelqu’un pour une arthrite de la hanche. J’ai vu sur les radiographies pulmonaires que ce patient avait une tuberculose. Alors j’ai dit à mon Chef que je ne pouvais pas opérer ce patient parce que je pensais qu’il avait une tuberculose de hanche. Nous avons eu une discussion et il ne me croyait pas. J’ai conclu qu’il fallait faire une biopsie. J’ai lu un peu sur la technique et fait une biopsie par arthroscopie de hanche. C’était bien une tuberculose de hanche.

Qui publiait sur l’arthroscopie de la hanche à l’époque ?

Jim Glick. Sa technique se faisait en décubitus latéral. Moi, pour des raisons techniques je ne pouvais la faire qu’en décubitus dorsal. Alors j’ai étudié ses abords que  j’ai adapté à ma position et cela a marché.

Comment avez-vous acquis une pratique de l’arthroscopie de hanche ?

A Fort Lauderdale où  j’ai rejoint le Docteur Hill et le Docteur Kenel, il y avait aussi un centre de traumatologie de niveau 1. Ils avaient besoin d’un chirurgien pour opérer les fractures du cotyle et du bassin. De 1995 à environ 2000, j’étais de garde tous les jours pour ces fractures au centre de trauma de Fort Lauderdale. C’est comme cela que je me suis familiarisé avec l’arthroscopie de hanche parce que quand je réparais une fracture du cotyle, je vérifiais la réduction par une arthroscopie qui est plus précise que la fluoroscopie. Cela me permettait aussi de documenter les lésions de la tête fémorale que l’on ne voit pas bien sur le scan ou l’IRM et aussi de faire des chondroplasties. Je faisais d’abord la réduction de la colonne antérieure par l’abord ilioinguinal de Letournel et avant de faire l’abord postérieur de Kocher-Langenbeck, je faisais une arthroscopie de hanche. Pour l’arthroscopie je laissais l’incision ouverte pour que le liquide n’aille pas dans le bassin et je vérifiais ainsi la qualité de ma réduction avant de fermer l’incision antérieure et mettre le patient sur le côté pour finir l’intervention par  voie postérieure.

Combien avez-vous opéré de cotyle en 5 ans ?

J’en faisais bien deux à trois par semaine. C’étaient surtout des accidents de voiture et il s’agissait d’une agglomération de 3 millions d’habitants.

Aviez-vous une bonne vision arthroscopique ?

Oui mais il faut faire attention parce que si vous ne laissez pas le foyer ouvert, le liquide peut s’accumuler dans le bassin et cela peut comprimer la veine cave et même provoquer un arrêt cardiaque. Sous pression, l’eau peut passer à travers la fracture et s’accumuler dans l’espace rétro-péritonéal.

Quand on a la chance de travailler à Fort Lauderdale, on s’y marie et on y finit sa vie…

Cela n’a pas été mon cas. Je me suis marié en 95 quand j’ai fini ma « résidence ». Ma femme est américaine mais son père est canadien. En 2000, le Docteur Freddy Fu m’a téléphoné pour me demander si cela m’intéressait de travailler à Pittsburgh où il venait de construire un beau centre de médecine sportive. Il avait besoin de développer l’arthroscopie de la hanche en médecine sportive. A cette période, j’avais déjà fait  opéré beaucoup d’athlètes et donc il m’a proposé de travailler dans son centre et de faire de la recherche.

Grâce à vos connexions avec le milieu du sport ?

Oui, et ce qui a beaucoup contribué à ma renommée c’est d’opérer des joueurs de baseball. Avec le bouche à oreille, les athlètes se disaient qu’il y avait une personne qui faisait des arthroscopies de hanche. J’ai opéré aussi en 2000 Greg Norman, joueur de golf connu. Il avait une déchirure du bourrelet supérieur et postérieur. A ce moment-là j’avais développé des instruments flexibles. Beaucoup de chirurgiens lui avaient dit que cela était difficile d’aller sur la lésion. Moi avec mes instruments, c’était plus simple et c’est pourquoi je l’ai opéré. Comme il avait été très préoccupé par sa hanche, il m’a demandé si je pouvais montrer l’intervention en direct sur son site internet pour faire de la pédagogie.

Il voulait que vous l’opériez mais sous contrôle …

J’ai accepté et je l’ai fait. Les lecteurs du célèbre magazine Golf Digest, ont jugé par vote que cela avait été l’un des 10 grands évènements de l’année 2000 en matière de golf. Cela m’a beaucoup aidé. Je ne sais pas si vous avez regardé le British Open cette année. Greg Norman a 53 ans et il a fini deuxième. Donc Freddy Fu savait que beaucoup d’athlètes venaient me voir et il voulait transférer ce recrutement à Pittsburgh.

Avec votre réputation, vous auriez pu rester à Fort Lauderdale ?

Mais à Pittsburgh on me donnait des possibilités de faire de la recherche, j’avais  mon propre fellowship, et en plus ils me permettaient de garder mon activité de Fort Lauderdale. C’était une belle opportunité pour moi. Ainsi j’étais trois semaines à Pittsburgh et une semaine en Floride. Ma femme venait avec moi à Pittsburgh mais au début c’était difficile.

Etiez-vous satisfait à Pittsburgh ?

Pour la recherche oui. Le Docteur Fu est un bon chirurgien et un très bon chef de service. Mais c’était difficile pour ma femme. Elle est née en Californie alors elle aime le soleil. En 2004 elle m’a dit : « Si nous restons ici une autre année, nous allons y rester toute notre vie. Et je ne sais pas si je vais pouvoir ; toute ma famille est en Californie. » A ce moment-là je connaissais des collègues qui avaient la plus grande fondation de recherche privée au monde en médecine sportive. Cela faisait plusieurs années qu’ils essayaient de me recruter pour aller à Vail dans le Colorado.

Combien d’arthroscopies de hanche faisiez-vous par an à Pittsburgh ?

J’en faisais 400 par an. Des déchirures du labrum, des corps étrangers et des lésions du cartilage. Mes patients venaient de partout aux Etats-Unis. C’était des athlètes qui faisaient des sports de pivot. Les joueurs de hockey sur glace, les joueurs de football français, les joueurs de football américain et les joueurs de golf. Ils se font des lésions du labrum.

A partir de quand avez-vous entendu parler des conflits de hanche ?

Vers 2002. Quand j’ai commencé à faire cela c’était sans connaître les travaux de Ganz, j’appelai cela des ostéophytes. Je les enlevai mais je ne faisais pas la connexion avec les conflits. Mon premier cas, c’était en l’an 2002 avec un joueur de golf à qui j’avais fait une « callectomie », c’est comme cela que j’appelais l’ablation du cal ou de l’exostose.  Ensuite, j’ai entendu parler d’un chirurgien d’Europe qui enlevait ces ostéophytes.

Quand êtes-vous parti dans le Colorado ?

J’ai commencé à travailler à Vail en mars 2005. J’ai été recruté à l’occasion d’une séparation entre le Docteur Stenman et le Docteur Hogens. Le Docteur Hogens s’est installé en Caroline du Sud et je suis allé à l’ouverture de sa clinique en Caroline du sud. J’ai pas mal discuté avec le Docteur Stenman qui m’a dit que le meilleur endroit pour pratiquer l’orthopédie en médecine sportive pour moi c’était à Vail dans le Colorado à environ 2500 mètres d’altitude. J’aime beaucoup le ski, alors je me suis décidé.

Votre parcours professionnel est toujours lié au sport …

Oui, j’ai toujours fait du sport. Je joue encore au hockey sur glace. Je fais du ski, je joue au golf, je fais du vélo. Dans les montagnes, c’est fantastique. Les gens viennent faire du ski l’hiver, mais viennent aussi en été car c’est encore meilleur que l’hiver. Sur le plan professionnel c’est une combinaison parfaite parce que nous avons un centre chirurgical, un excellent centre de recherche avec une grosse équipe, et juste à côté de la clinique un ensemble de physiothérapie. 94 % de mes patients viennent d’autres régions. Ils aiment venir et je les comprends.

Comment cela se passe quand vous arrivez à Vail ?

Quand je suis arrivé à Vail, j’ai fait la première journée 4 arthroscopies. La première personne que j’ai opérée était une danseuse de ballet, la deuxième était un joueur de basket ball de NBA, il mesurait plus que 2 m. J’ai repris ma routine. La première année j’ai fait encore des prothèses de hanche puis je n’ai plus fait que des arthroscopies de hanche.

Cela ne vous manque pas de ne pas faire de la chirurgie conventionnelle ?

Si cela me manque mais j’ai pris la décision de faire de la recherche en chirurgie conservatrice, alors je veux y consacrer toute mon énergie.

Comment est organisée la recherche dans votre institut ?

Nous avons une fondation avec 15 employés. Chaque patient remplit des formulaires et on collecte environ 700 données par patient. C’est ensuite traité dans un centre de données. On a l’institut de recherche, la clinique chirurgicale, le centre de rééducation et il y a beaucoup d’interactions entre les trois centres. Dans ma pratique, j’ai deux infirmières, deux entraîneurs athlétiques, des physiothérapeutes. A côté de la recherche clinique, il y a la recherche biomécanique. Nous avons mis au point un modèle cadavérique pour analyser la capsule de la hanche. On fait des sections ligamentaires sélectives pour analyser les mouvements de translation. On sectionne le ligament iliofémoral, le ligament ischiofémoral et pubofémoral pour analyser l’instabilité provoquée. On fait aussi de la recherche en duofluoroscopie. On a deux bras de fluoroscopie et on peut ainsi visualiser le conflit entre la tête fémorale et le cotyle à différents degrés de flexion. On vient juste de signer un contrat avec Siemens. Nous allons mesurer en IRM les glycoaminoglycans du cartilage avant et après la chirurgie pour savoir si nos procédures chirurgicales améliorent l’état du cartilage.

Comment ?

Il faut combiner l’imagerie avec une IRM 3 tesla, les photos prises au moment de l’arthroscopie et les biopsies. Avec l’aide d’un software que nous développons, nous pourrons ainsi juger de l’amélioration post opératoire du cartilage articulaire.

Décrivez-nous l’itinéraire de vos patients ?

Quand ils arrivent nous les envoyons dans la salle de physiothérapie où un physiothérapeute mesure les secteurs de mobilité de la hanche et les forces musculaires. Il réalise également un test spécifique qu’on appelle un « sport-test », qui permet de déterminer la fonction du patient. Ensuite les patients viennent me voir et je les examine. On fait 4 scores dont le score modifié de Harris. Je confirme alors l’indication opératoire. Je reçois tous les mois environ une centaine d’IRM et j’opère tous les mois entre 35 et 40 patients. La plupart ont une déchirure du labrum avec un conflit fémoro-acétabulaire.

A cause du labrum, c’est tout ?

Des fois je vais faire une instabilité ou des tumeurs bénignes. Mais globalement c’est presque toujours du conflit fémoro-acétabulaire.

Donc également un problème osseux ?

Oui, la raison pour laquelle ils me consultent, c’est le labrum ! Mais il faut toujours rechercher la cause de la déchirure  du labrum. Les 5 causes que nous retrouvons sont : conflit fémoro-acétabulaire, instabilité, dysplasie, dégénératif et traumatique. Habituellement, dans plus de 90 % des cas il s’agit d’un conflit fémoro-acétabulaire, parfois c’est une instabilité.

Qu’est-ce que l’instabilité de hanche ?

L’instabilité de hanche nous la classifions en traumatique et atraumatique. Les traumatiques sont associées aux luxations antérieures, postérieures et aux dysplasies. Les atraumatique proviennent d’une micro instabilité à cause d’une déchirure du labrum. Dans ces derniers cas je répare le labrum que je fixe avec une ancre. Habituellement il y a élongation du ligament iliofémoral et je complète par une plicature capsulaire.

Et dans les instabilités traumatiques ?

Il faut réparer le labrum mais j’ai mis en évidence une forte association avec le conflit fémoro acétabulaire qu’il faut aussi traiter. Je vérifie aussi, par un doppler placé dans l’arthroscope, la vascularisation de la tête fémorale. Avec le doppler j’essaie de savoir s’il y a du débit dans les vaisseaux rétinaculaires. S’il n’y a pas de débit, pour le moment nous ne savons pas ce que cela veut dire mais mon hypothèse c’est que s’il n’y a pas de circulation cela veut dire que le patient a de très grands risques de faire une nécrose vasculaire de la tête fémorale.

De quel type de patient s’agit-il ?

Ils ont des antécédents de luxation traumatique et ils restent douloureux. Ils consultent environ 3 mois après.

Et devant une dysplasie de hanche, que faites-vous ?

Si l’angle VCR est inféieur à 22 je peux faire une arthroscopie de diagnostic, regarder le bourrelet, le cartilage, mais je vais les diriger pour une ostéotomie périacétabulaire au Docteur Menes ou à Jeff Mass ou encore à Jo Matta.

Comment faites-vous vos arthroscopies ?

Je procède par deux orifices. Un orifice para-trochanterien, et un que j’appelle  moyen antérieur.  J’ouvre la capsule par une incision parallèle au bourrelet et à 1,5 cm de lui. Je fais mon intervention et, à la fin, je ferme la capsule antérieure avec un point de suture. Quand je fais une ouverture postérieure je ne ferme pas la capsule parce que la cicatrisation peut limiter la flexion. Donc, je laisse ouvert en arrière, mais en avant au niveau du ligament iliofémoral je ferme.

Avez-vous une table orthopédique ?

Oui, la distraction est indispensable. Je commence toujours par la distraction et le compartiment central parce que je veux savoir ce qui s’y passe. Je regarde le ligament rond, la surface articulaire antérieure postérieure et le bourrelet. Je relâche la traction et à ce moment-là je regarde le compartiment périphérique et je fais l’analyse dynamique du conflit. Je veux très précisément savoir où est le conflit entre le col et le cotyle. Je veux savoir où le labrum est lésé et savoir en quelle position le conflit se produit en flexion, abduction et rotation interne. Je fais tous les tests et ce en fonction  du sport pratiqué. Si j’ai un joueur de hockey je vais faire de l’abduction, si j’ai un skieur je vais faire de l’hyperflexion et invariablement on trouve que le conflit correspond à la manœuvre répétitive que l’athlète fait. C’est très prédictif. Je trouve que l’arthroscopie est un instrument parfait parce que vous pouvez traiter  directement et précisément le conflit. Je sais bien qu’il y a des anomalies radiographiques, mais moi j’enlève seulement le conflit dans sa composante dynamique. Normalement c’est entre 10 h et 2 h, je fais une acétabuloplastie puis je refixe le labrum. Ensuite je recrée un sillon  sur le col fémoral entre 6 h et 12 h. Je n’en enlève pas beaucoup. Mon but n’est pas de recréer l’angle alpha à 55. Mon but c’est seulement d’en enlever assez pour élimer le conflit et je ne veux pas perdre l’avantage de l’effet ventouse du labrum.

Dans combien de cas, touchez-vous au cotyle ?

Je touche au cotyle dans 85 % des cas.

Que faites-vous quand vous avez un labrum très abîmé ?

Le labrum a une fonction très importante. Donc, si j’ai un labrum très abîmé je le reconstruits et pour cela je prends une greffe du fascia lata. Nous avons une série de 95 patients traités avec cette technique et nous allons montrer nos résultats à l’Académie cette année avec trois ans de recul. Les travaux du célèbre orthopédiste américain Enneking sur le fascia lata ont démontré que la greffe de fascia lata se différencie en fibrocartilage. Mais nous n’avons été amené à retourner que 2 ou 3 fois chez ces patients greffés.

Avez-vous fait des reprises pour labrum redétaché ?

J’ai eu à faire des révisions pour la cicatrice qui se forme entre la capsule et le labrum mais un labrum qui n’a pas guéri je n’ai jamais eu cela. Nous avons fait une étude animale publiée dans Arthroscopy qui a montré que le labrum du mouton guérit de l’os vers le labrum et aussi de la capsule vers le labrum. Cela guérit des deux façons.

Quel est l’inconvénient d’enlever le labrum ?

Il y a aujourd’hui quelques preuves que c’est délétère. Ferguson a montré que si vous enlevez le labrum, vous augmentez jusqu’à 92 % la pression sur le cartilage périphérique. Il y a le travail de Leunig qui compare l’imagerie de la résection du labrum avec celle de la réparation du labrum.  A un an de recul, il y a moins d’arthrose en cas de réparation. Il y a aussi un papier qui va être publié par Phil Larsen qui  a comparé un groupe à qui il a enlevé le labrum à un groupe ou il a réparé le labrum ; Il constate à un an moins d’arthrose dans les réparations. Enfin, j’ai un papier publié dans JBJS : au recul de deux ans, ceux à qui on avait réparé le labrum ont une meilleure fonction que ceux chez qui il avait été enlevé. On a donc actuellement pas mal de preuves scientifiques. Le labrum a une fonction de congruence et de stabilité que j’appelle l’effet ventouse. C’est pour cela que je pense que quand on fait la régularisation du col dans les conflits, il faut en enlever aussi peu que possible.

Comment fixez-vous le labrum ?

En moyenne je prends trois à quatre points de suture pour les réparer. On a aussi publié un article sur les causes des reprises d’arthroscopie de hanche dans l’American Journal of Sport Medecine. La raison numéro un c’est que le conflit acétabulaire n’a pas été complètement traité. C’est pour cela qu’il y a des patients qui ne vont pas bien. Il faut en enlever assez pour enlever le conflit, mais si vous en enlevez trop, ils iront bien en flexion mais pas en extension avec un ressaut lié à la perte de vide.

Combien mettez-vous de temps pour faire une arthroscopie de hanche ?

Cela peut varier de 45 mm à 2 h

Avez-vous l’impression que c’est une chirurgie très difficile ?

Je crois que c’est difficile mais c’est comme l’épaule il y a quelques années. Ceux qui faisaient les réparations de la  coiffe ouverte maintenant le font sous arthroscopie. C’est une chirurgie difficile mais pas plus difficile que l’épaule ou le genou il y a 20-25 ans. La réparation des ligaments croisés au début c’était difficile, maintenant tout le monde le fait.

Combien êtes-vous aux Etats-Unis à le faire ?

Il y a beaucoup de chirurgiens qui en font, mais pas plus d’une dizaine qui en font régulièrement. J’ai un gros volume de patients parce que mon bassin de recrutement comprend les Etats-Unis, le Canada et même l’Europe ! Mais je ne pense pas que ce soit une pathologie rare. Il y a une étude Suisse qui a démontré que 20 % des soldats suisses ont des conflits fémoro-acétabulaires. Beaucoup de gens ont des conflits sans symptômes. On ne sait pas pourquoi certaines personnes déchirent leur labrum et d’autres pas. Il doit y avoir une part de dégénérescence du collagène et une part traumatique.

Pensez-vous que cette chirurgie du bourrelet va retarder la survenue des arthroses ?

C’est la grande question ! J’ai écrit un article en juin 2008 dans Arthroscopy, où nous avons démontré que plus l’angle alpha est grand, plus les lésions sont importantes sur le labrum et le cartilage. C’est une étude de niveau 2 donc assez significative. Nous pourrions en conclure que si nous corrigeons l’angle alpha, nous diminuerions les risques lésionnels et donc la survenue d’une arthrose. Cela reste à démontrer mais cet article est le premier à montrer une telle corrélation.

Comptez-vous vous fixer enfin dans le Colorado ?

Je ne sais pas, je pourrais peut-être m’installer dans le Lubéron ? En fait, j’aime beaucoup mon environnement à Vail dans le Colorado car le centre chirurgical est top et que je peux faire une douzaine d’arthroscopies de hanche par semaine dans des conditions exceptionnelles. C’est cela qui me permet de progresser dans ce domaine de la chirurgie du sport.

Avez-vous des complications ?

Oui ! En particulier les thromboses veineuses profondes, car c’est une chirurgie du membre inférieur où l’on comprime les veines fémorales et qui est suivie d’un béquillage de deux semaines. C’est heureusement rare, moins de 1%,  mais c’est une complication qui est sérieuse parce qu’un caillot de sang au poumon ce serait un désastre. Je n’ai pas eu d’embolie pulmonaire, mais la TVP est pour moi la complication la plus redoutable. Complication n° 2 ce sont des paresthésies du nerf pudental à cause de la traction et aussi quelques atteintes du fémoro-cutané que je n’ai plus depuis que j’ai modifié mon abord. La troisième complication, c’est l’hématome. Au total, ce ne sont pas des complications sérieuses, et en fait ce qui menace le plus un chirurgien non expérimenté, ce sont les dégâts causés par les difficultés d’accès à l’articulation. Ce n’est donc pas une chirurgie bénigne. En pratique l’erreur la plus fréquente est de ne pas mettre en évidence les lésions ou de ne pas parvenir les traiter.

Que faites-vous en dehors de la chirurgie ?

Je passe beaucoup de temps avec mes enfants, ma famille. Je fais beaucoup de ski et du vélo. Et à mi chemin entre le sport et la chirurgie, je suis consultant pour l’équipe de hockey de Montréal mais aussi pour beaucoup d’équipes de football américain, de baseball et de ski.

Paru dans le numéro N°183 - Avril 2009