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JOHANNES BARTH

Paru dans le numéro N°299 - Décembre 2020
Entretien consulté 296 fois

JOHANNES BARTH

Johannes Barth exerce à la Clinique des Cèdres à Échirolles. Originaire Jura,
il a fait son internat à Grenoble et s’est passionné pour la chirurgie de l’épaule et du genou ligamentaire dont il est à présent spécialiste exclusif.
Johannes partage avec nous son expérience à l’étranger et son implication
dans la Société Française d’Arthroscopie.

Johannes Barth, quel parcours vous a mené à Grenoble pour y faire de la chirurgie orthopédique ?

Originaire du Jura, j’ai fait mes études à Besançon ; ensuite le choix de l’internat a été plutôt guidé par l’environnement : j’ai choisi Grenoble par intérêt pour la montagne, pour être honnête. J’ai fait tout mon cursus à Grenoble comme un interne des Alpes, souvent sur les skis...

Vous étiez chez Dominique Saragaglia ?

Oui, c’est mon patron. J’ai fait mon premier semestre chez lui, le deuxième chez Philippe Merloz, puis j’ai continué mon cursus « général » avec les 2 semestres de chirurgie digestive et un semestre de neurochirurgie. Lors de la première partie de mon internat, j’ai été quelque peu déçu par le rôle de l’interne, dans sa considération, dans la routine des gardes, et j’attendais avec impatience le service militaire que je souhaitais accomplir en coopération au Sénégal pour essayer d’être utile dans un environnement plus « excitant ». Malheureusement, cela n’a pas pu se faire, car c’est à cette époque que le Président Jacques Chirac mit fin au service militaire.

J’avais tout de même envie de faire une coupure, et je me suis retrouvé à faire mon premier fellowship, en 2001 chez Pierre Chambat : ce fut une révélation ! Ce choix a changé ma vie, ma carrière, et Pierre Chambat fut pour moi un premier père en chirurgie.

Comment s’est passé ce séjour chez Pierre Chambat ?

Pierre Chambat est très paternaliste, et il entretient des relations très proches avec ses fellows. Il m’a véritablement donné le goût de la chirurgie en général, et plus encore de la chirurgie du genou et du sport. La dimension très humaine - qui dépassait le cadre de la chirurgie - qu’il insufflait dans les échanges rendait sa passion contagieuse, et nous donnait cette lueur, ce petit plus qui nous poussait à aller toujours plus loin.

C’est à cela, je crois, que l’on reconnaît les grands maîtres : ils nous poussent à nous transcender, à travailler toujours plus sans compter nos heures, car on est heureux d’être sous leur aile.

Ce séjour m’a grandement remotivé, car, en plus de la rencontre avec Pierre Chambat, j’ai côtoyé toute l’équipe de l’ALRM, nouvellement appelée LYSKS qui m’a montré à quel point le privé et le public peuvent collaborer ensemble sur le plan scientifique, avec en point d’orgue les Journées Lyonnaises du genou, qui clôturaient en quelque sorte le cursus. J’étais plutôt réservé, et c’est Pierre qui m’a appris à parler devant une audience en congrès, comment monter une présentation : il m’a appris à m’exprimer et à transmettre.

Vous avez donc fait 6 mois à Lyon, puis vous êtes retourné à Grenoble ?

Oui, avec une énergie nouvelle ! A Lyon, Pierre Chambat m’avait permis de rencontrer Laurent Nové-Josserand et Gilles Walch, qui ont éveillé en moi une passion certaine pour la chirurgie de l’épaule. A l’époque - on était en 2001 - l’arthroscopie d’épaule en était à ses débuts, et j’avais vraiment envie de m’y former : j’ai donc souhaité obtenir un fellowship en Amérique du Nord en raison de l’avance que les américains avaient acquise à ce moment-là, et c’est ainsi que je me suis retrouvé  au Texas avec Steve Burkhart, en 2003.

Comment avez-vous pu obtenir ce fellowship aux Etats-Unis ?

C’est une histoire assez incroyable : au début, Pierre m’avait organisé un fellowship avec Sandy Kirkley à Toronto ; tout était planifié, mais malheureusement Sandy Kirkley est décédée tragiquement dans un accident d’avion, ce qui fait que le fellowship a été annulé.

J’ai donc envoyé des courriers à toutes les personnes qui faisaient de l’arthroscopie de l’épaule aux Etats-Unis comme autant de bouteilles à la mer ; j’ai eu deux réponses : une de Eugene Wolf, et une de Steve Burkhart, qui connaissait Sandy Kirkley. J’ai choisi Burkhart sur les conseils de Gilles Walch et Philippe Hardy, car il était déjà à l’époque renommé sur l’arthroscopie d’épaule, et sa réponse extrêmement chaleureuse a terminé de me décider.

Comment était la vie au Texas ?

J’y suis allé au moment où George Bush Jr. venait de s’engager dans le conflit du Golfe Persique, et on m’avait prédit quelque animosité envers les Français sur place, mais en fait les texans ont été très accueillants. San Antonio est une ville très folklorique typiquement tex-mex, où il fait très bon vivre, et j’en ai profité pour visiter les environs ; j’ai beaucoup travaillé mais je me suis aussi bien amusé, c’est une période de ma vie inoubliable. Comme je n’avais pas le droit de « m’habiller au bloc », j’étais sur un poste de « recherche-fellow », c’est le moment de ma vie où j’ai le plus lu d’articles et c’est vraiment Steve Burkhart qui m’a appris à écrire. Pour la formation pratique, il y avait un laboratoire de simulation où je pouvais m’entrainer à volonté. J’étais très motivé, d’autant que, n’ayant pas pu obtenir de bourse, je me suis auto-financé avec un prêt étudiant.

Ces fellowships « extra-universitaires » sont une expérience que je recommande aux plus jeunes : il faut voyager, visiter d’autres pays : on apprend son métier, on apprend à vivre, on découvre d’autres cultures. C’est une grande chance, et il ne faut pas hésiter : parfois cela tient à un simple courrier...

Qu’avez-vous fait en rentrant du Texas ?

J’ai fait mon dernier semestre à Toulouse chez Michel Mansat, j’y ai passé six mois extraordinaires et ai rencontré des gens passionnés, curieux de mon sejour aux US, et adorables. Ensuite je suis devenu chef de clinique chez Dominique Saragaglia ; c’était un grand patron : à l’époque, il n’y avait absolument pas de matériel d’arthroscopie d’épaule au CHU de Grenoble. Pour pouvoir obtenir un tel matériel, il y avait deux ans d’attente pour les appels d’offre, et mon clinicat aurait été terminé. Dominique Saragaglia a été formidable, car il a décidé de ne pas attendre et a acheté lui-même tout le matériel pour que je puisse commencer à faire de la coiffe et de l’instabilité sous arthroscopie au CHU. Nous avons été les premiers à Grenoble à faire de l’arthroscopie d’épaule, et c’est grâce à lui ! Il m’a soutenu à 100%, et je lui dois une reconnaissance éternelle.

J’ai adoré mon clinicat à l’Hôpital Sud : c’était un petit hôpital dans un environnement familial et convivial où tout le monde se connaissait ; cela fonctionnait un peu comme une clinique, c’était très sympa. Je suis tout de même parti car, à l’époque, je voulais opérer beaucoup plus et c’était impossible en restant à l’hôpital !

Qu’est-ce qui vous a attiré à la Clinique des Cèdres ?

Encore une fois, c’est grâce à Pierre Chambat ! Il m’a fait rencontrer Jean-Claude Panisset lors des Journées Lyonnaises du Genou et m’a dit « il faut que tu t’installes avec lui, vous allez bien vous entendre ». Jean-Claude m’a proposé de venir faire de la chirurgie de l’épaule et du genou ligamentaire, et je ne pouvais pas rêver mieux : chirurgie du sport, chirurgie de l’épaule, du ligament, le rêve ! Pour ne rien gâcher, le tout dans un environnement où le sport est omniprésent...

Il y a un centre de médecine du sport à la clinique, comment est-il né ?

C’est venu un peu plus tard. Quand je me suis installé en 2007, la clinique des Cèdres était une toute nouvelle clinique - elle avait un an - et rapidement elle a connu des difficultés financières : nous étions au bord de la faillite. Il nous fallait faire venir du monde pour générer de l’activité, et j’ai été missionné pour superviser la création d’un centre spécialisé attractif pour réunir des spécialistes de l’appareil locomoteur, c’est ce qui a mené à la création du centre ostéo-articulaire des Cèdres, qui a ouvert ses portes en 2013. Quand je me suis installé, nous étions quatre chirurgiens. Maintenant, nous sommes dix chirurgiens orthopédistes, accompagnés par des médecins du sport, des MPR, des kinés, toute une structure construite autour de la chirurgie ostéo-articulaire et des pathologies du sport. Le principal intérêt d’un tel centre est de pouvoir fonctionner en unités : par exemple, pour l’épaule, nous travaillons avec un médecin du sport référent pour l’épaule et un kiné qui revoit tous les patients. Même chose pour le genou ligamentaire, cela permet d’établir des connexions rapprochées et améliorer l’efficience dans le suivi des patients. Ces unités permettent à chacun de travailler comme il le souhaite.

Vous avez mentionné la grande importance des fellowships, comment les gérez-vous à la clinique ?

C’est un privilège de pouvoir transmettre ses connaissances, et avoir des fellows autour de soi permet de ne pas se reposer sur ses lauriers et de sortir régulièrement de sa zone de confort : on doit s’assurer d’être constamment à jour dans sa pratique et ses connaissances. Le recrutement se fait essentiellement par le biais du bouche-à-oreille : les fellows viennent de tous horizons, cela va de l’interne qui veut se former en arthroscopie mais qui n’a pas de matériel dans sa structure, au fellow qui vient de l’étranger pour approfondir ses connaissances. A chaque fois, c’est la même alchimie, la même aventure humaine : nous voulons reproduire le climat bienveillant qui régnait chez Pierre Chambat et Gilles Walch.

Avec les fellows qui viennent de l’étranger à la clinique, on retrouve cette relation forte avec l’international. Comment est-ce qu’on l’entretient ?

Les relations internationales se construisent au fur et à mesure des échanges que l’on a au fil du temps. De mon passage chez Burkhart, j’ai gardé de nombreuses relations avec des Américains, car Steve avait mis en place un système qui réunissait tous ses fellows une à deux fois par an, pour de la recherche ou des congrès : cela crée un tissu amical très important et pérenne, qui au fil du temps s’agrandit.

Un autre tournant dans ma vie a été un travelling fellowship que j’ai effectué après 10 ans d’installation : j’étais intéressé par l’Asie, que je ne connaissais pas vraiment, et j’ai eu la chance de pouvoir faire grâce à David Dejour, entre autres, le travelling fellowship de l’APKASS et de l’ESSKA, ce qui a créé un nouveau réseau.

Vous parlez d’un tournant, qu’est-ce qui vous a marqué dans ce séjour en Asie ?

Nous étions trois fellows à partir pour un mois en Asie avec un godfather, Mustafa Karahan. Mes camarades fellows étaient Paolo Arrigoni, un Italien, et Brian Devitt, un Irlandais vivant en Australie : c’est ce qui est génial, avec ce genre de fellowship de voyage car on noue autant de relations avec ses compagnons de voyage qu’avec les hôtes qui nous accueillent, comme les ambassadeurs de nos sociétés savantes et de nos pays. C’est un honneur de recevoir et d’être reçus ce qui rend le voyage très productif. Cela démultiplie le réseau de relations.
Au Japon, le travail d’équipe est admirable et la culture culinaire est inoubliable. C’est en Corée du Sud que j’ai pris ma plus grande leçon de chirurgie, à Séoul : sur la chirurgie méniscale : les sutures et les greffes méniscales, les abords postérieurs arthroscopiques du genou… Nous avons été scotchés par la dextérité, la précision et la rapidité des chirurgiens, qui ont tous un niveau académique élevé, en nombre de publications et de professeurs.

C’est en Chine que j’ai trouvé la meilleure idée ! Dans ce même numéro, je vous présente une technique de reconstruction de la capsule supérieure en utilisant une portion du biceps : c’est une idée que j’ai rapportée de ce séjour en Chine. Elle semble contre-intuitive, car on a trop tendance à déconsidérer ce biceps dans les épaules, en « bons biceps killers » persuadés qu’il ne peut que générer de la douleur ! Pourtant il représente une autogreffe précieuse pour augmenter les chances de cicatrisation des supra-épineux trop rétractés, c’est en tout cas ce que nos études semblent montrer. On rapporte toujours quelque chose de nos voyages, et de celui-ci c’est cette idée qui n’avait jamais été publiée, et que j’ai baptisée « the Chinese way ».

Difficile de parler d’échanges sans évoquer les sociétés savantes. Après un cursus universitaire exhaustif, un cursus complet sur Grenoble et une installation avec une équipe dynamique, pourquoi avez-vous choisi de vous investir durablement dans la SFA ?

Parce que la SFA a toujours été une société ouverte, et puis c’est la première société où j’ai montré les travaux que j’avais effectués aux Etats-Unis. Je m’y suis rapidement senti bien, c’est une société très conviviale, et nombre de mes amis s’y trouvaient déjà. Le caractère scientifique de la SFA s’accommodait bien du côté festif !

De fil en aiguille, dans cette ambiance si particulière, je me suis investi de plus en plus, pour entrer au bureau sur l’impulsion d’Olivier Courage, Nicolas Graveleau, Philippe Hardy et David Dejour...

Avec la situation sanitaire actuelle, le congrès qui devait se tenir à Genève n’aura pas lieu sous sa forme traditionnelle. Comment avez-vous géré la situation?

Au début de mon mandat, j’avais décidé de faire une sorte de séminaire - le kick off meeting - pour mettre en synergie le bureau, définir les différentes missions de chacun, et créer du lien. C’était au départ une idée un peu folle, mais c’est ce qui a vraiment soudé l’équipe. Nous avons passé trois jours dans un refuge en montagne, à discuter des différentes évolutions que nous souhaitions apporter à la SFA pendant les deux années de mon mandat et cela a été particulièrement productif, bien au-delà de mes espérances. Ce bureau de la SFA est vraiment phénoménal dans sa capacité de travail, de propositions inovantes et d’écoute : je suis très fier de chacun d’eux et d’être leur leader. Nous avons été contraints de remplacer nos réunions physiques à Paris par de nombreuses réunions virtuelles qui ont été très productives, et je pense que c’est cette retraite initiale qui a créé ce lien nécessaire à un investissement sans faille malgré les difficultés du travail à distance. Il ne faut pas oublier de souligner le travail quotidien de Corine Bensimon qui donne tout son cœur et tout son temps à notre société : la SFA ne serait pas ce qu’elle est sans elle.

Pour le congrès, nous avions rapidement travaillé sur de nombreuses options pour s’adapter au mieux à la situation le moment venu : maintien du congrès présentiel, congrès hybride, congrès virtuel, délocalisation du congrès, report du congrès, et finalement nous avons opté pour le report du congrès de Genève et le choix d’un nouveau congrès virtuel.

C’est ce qui a mené à la création cette année de SFA Direct ?

Exactement ! Ce n’est pas le programme qui était prévu pour Genève, mais un programme entièrement remodelé. Le programme de Genève est conservé pour Genève 2021. Nous ne voulions, ni perturber l’agenda des symposia et des équipes qui travaillent beaucoup pour présenter leurs résultats à temps, ni pénaliser le travail scientifique des membres qui avaient été sélectionné au travers des communications orales et posters.

Nous avons donc conservé les éléments d’un congrès traditionnel : les symposia, les communications orales, les sessions didactiques, le tout sur deux journées car il est difficile de rester plus longtemps devant son écran. Chacune des deux journées sera composée de 5 heures de science, et 4 heures de sessions industrielles. L’ensemble du congrès sera ensuite disponible pendant un an sur le site de la SFA, pour qu’il soit accessible au plus grand nombre.

Cette réflexion autour de l’organisation du congrès virtuel, nous allons la poursuivre car cette crise va certainement nous amener à repenser le format de nos congrès à l’avenir. Pour des raisons humaines, économiques, et écologiques, il faut prévoir une alternative pour les orateurs qui viennent de loin mais aussi pour rendre accessible notre congrès aux francophones du monde entier. Il est quasi impossible de faire participer toutes les communautés francophones à nos congrès traditionnels, en raison de l’éloignement mais aussi de la différence de niveaux socio-économiques. La virtualisation partielle du congrès à l’avenir fera tomber ces barrières, et la SFA sera véritablement, pleinement francophone.

Avec la mutation du congrès, quels sont les autres objectifs de votre présidence ?

La propriété intellectuelle des données scientifique. La problématique actuelle est de rendre les données durablement exploitables. Quand on fait une étude multicentrique, il faut choisir où stocker ses données. De nombreuses sociétés proposent de les stocker, mais cela reste limité dans le temps, et une fois que l’on a fini un symposium sur trois ans, par exemple, la base de données est perdue. C’est dommageable, car il y aurait un intérêt à les réexploiter une dizaine d’années plus tard pour refaire le point à plus long terme. L’idée, donc, était de créer une base de données illimitée dans le temps, un registre,  qui sera la propriété de la SFA, de cette façon il n’y aura aucun conflit d’intérêt. C’est de ce constat qu’est né le SFA Data Lake, où nous allons stocker toutes nos données des futurs symposia. Le premier registre qui y a été mis en place est un registre du ligament croisé antérieur, sous l’impulsion de Mathieu Thaunat et Caroline Mouton, et la supervision d’un data architect, Jean-Pierre Le Hénaff.

Ce système est très onéreux pour le premier registre, mais il va être déclinable à l’infini : nous pourrons faire un registre d’épaule, un registre de cheville, autant que l’on veut sans que cela ne coûte beaucoup plus à la SFA.

Quels autres registres suivront ?

Il y a un second registre en préparation, sur les ruptures du ligament croisé antérieur associées aux lésions du ligament latéral interne. Nicolas Bouguennec et Etienne Cavaignac vont diriger ce registre, tandis que Lionel Neyton et Xavier Ohl vont initier celui sur l’instabilité de l’épaule.

Cette initiative vise à supprimer les contraintes structurelles. Qu’en est-il des contraintes légales ?

La loi Jardé a apporté son lot de contraintes dans l’obtention des CPP pour autoriser les travaux de la SFA : tout cela est chronophage, technique et onéreux... Le système de registre nous permettrait d’alléger ces contraintes. Nous avons également monté une sorte de task force, la « publiforce de la SFA » pilotée par Bertrand Sonnery-Cottet, pour aider les cliniciens à valoriser leurs activités scientifiques, mais aussi encadrer les plus jeunes talents afin de les aider à transformer l’essai, de la communication à la publication. Nous souhaitons mieux représenter ce que nous sommes capables de produire sur la scène internationale, favoriser les publications et valoriser les travaux scientifiques français.

Vous parlez d’aider les jeunes : leur formation est-elle aussi désormais plus complexe, d’un point de vue réglementaire ?

La SFA a toujours assumé un rôle important dans la formation pratique de l’arthroscopie, reconnu par le Collège des Orthopédistes et le CNP COT. La SFA intervient à tous les niveaux, que ce soit au début pour les cours de simulation sur simulateurs ou au laboratoire d’anatomie sur cadavres, l’organisation des stages pratiques, jusqu’aux master courses qui sont des cours de perfectionnement. La réforme du troisième cycle puis la loi bioéthique nous ont considérablement compliqué la tâche. Les frais d’hospitalité, entre autres, ne peuvent plus être pris en charge par l’industrie : en conséquence, deux tiers du budget de la SFA en 2019 ont été consacrés à la formation. Un des trois objectifs de mon mandat est donc de restructurer notre mission de formation pour les internes car cette situation n’est pas tenable. Si l’industrie ne peut plus financer la formation de nos jeunes, qui le fera ? Nous ne pouvons pas éternellement demander à nos membres de cotiser pour nos jeunes. Nous avons créé un fonds de dotation dont le but est de toucher d’autres personnes que les industriels, qui auraient à cœur de soutenir le formation des chirurgiens de demain ; pendant trois ans, François-Xavier Gunepin et Nicolas Graveleau ont mené ce projet qui a vu récemment le jour sous le patronyme « fonds enseignement et recherche en arthroscopie Philippe Hardy », et nous espérons que, rapidement, il nous permettra d’apporter des solutions de financement à toutes ces sessions pratiques que nous organisons...

Autre obstacle à la formation des jeunes, circonstanciel cette fois : l’épidémie de COVID qui est arrivée comme un coup de massue : la formation pratique de toute une génération de jeunes a été fortement amputée, notamment pour les internes qui étaient dans leur dernière année d’internat, ce qui me préoccupe grandement.

Quoi qu’il en soit, nous ne renoncerons jamais à notre mission de formation, et nous saurons nous adapter pour la mener, comme nous l’avons toujours fait.

La simulation prend une part de plus en plus importante dans la formation des jeunes, et la SFA est très impliquée. Pourquoi ce choix ?

En partie par respect pour les pièces anatomiques ; des personnes font don de leur corps à la science, et il faut savoir respecter ce geste généreux et utiliser les pièces à bon escient. Quand on débute l’arthroscopie, il n’est pas nécessaire d’utiliser des pièces anatomiques. La simulation virtuelle permet de faire progresser les jeunes en termes de dextérité, d’habileté : les études ont montré que les simulateurs électroniques avaient un réel intérêt dans la première phase d’apprentissage, essentielle dans le cursus de formation des jeunes. Qui plus est, ces simulateurs présentent également un intérêt pour l’évaluation des jeunes pendant tout le cursus.

Enfin, nous sommes en train de travailler avec nos partenaires pour développer un camion mobile de simulateurs qui permettrait d’aller former des jeunes avec ces outils dans des centres qui n’en sont pas pourvus, et ainsi homogénéiser la qualité de la formation sur tout le territoire.

Pour conclure, en dehors de tous ces engagements et de votre activité professionnelle, quelles sont vos passions ?

Le sport est un élément majeur dans mon équilibre de vie. La montagne me permet à la fois de m’évader dans un environnement grandiose tout en pratiquant les activités d’endurance dont j’ai besoin, et je ne m’en prive pas ! Course à pied, cyclisme, ski de rando, ski de fond, et bien d’autres. Il faut dire que le sport fait partie de la culture grenobloise, et peut parfois surprendre les personnes qui viennent de l’extérieur ! Je crois que les fellows qui viennent chez nous y prennent goût, même si certains ont toujours besoin d’un petit temps d’adaptation...

Un conseil pour les jeunes en cours de cursus et qui se destinent à l’orthopédie ?

Toujours rester curieux pour nourrir sa passion ! Même si vous avez l’impression que votre patron est top et vous apprend tout, n’oubliez pas d’aller voir ailleurs pour découvrir de nouveaux horizons, voyagez sans cesse pour regarder plus loin ! C’est ce que m’ont appris mes maîtres et je me considère comme un éternel fellow. J’aime la phrase de Christian Gerber : « un bon mentor c’est celui qui transmet la passion » ! Et la SFA peut être un bon site de rencontres sur ce point !

Paru dans le numéro N°299 - Décembre 2020