En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour la bonne gestion de votre compte et de vos abonnements.

Recherche

Suivez-nous sur les réseaux sociaux :
JEAN JUDET

Paru dans le numéro N°53 - Avril 1996
Entretien consulté 4646 fois

JEAN JUDET

Jean Judet s'est éteint il y a un an. Avec lui disparaît un des grands pionniers français de l'arthroplastie prothétique. Maîtrise Orthopédique avait eu le privilège de le rencontrer peu de temps avant sa mort et il avait alors très aimablement évoqué ses souvenirs des temps héroïques et le passage à l'orthopédie moderne.

Quelles sont les racines de la famille Judet ?

Au départ c'est une famille paysanne de la Creuse. Un de mes grand-pères était agriculteur. C'était certainement un homme de grande envergure puisque sans instruction particulière, il avait réussi à être Conseiller général et Député de son arrondissement. Surtout il avait fait donner une instruction à ses quatre fils, ce qui à l'époque, alors qu'il n'avait pas de fortune, était difficile. Tous ses amis lui disaient : <<Mais tu es fou, tu ne sais pas ce qui peut arriver>>. Et il répondait <<On verra>>. Cela a finalement très bien marché puisque mon père a fait la très belle carrière orthopédique que l'on connait. Il a été interne des Hôpitaux, Docteur Es Sciences, etc... Le fils aîné est resté travailler à la ferme pour gagner un peu d'argent, le deuxième garçon a fait l'école centrale où il a été reçu du premier coup mais il a dû abandonner parce qu'il a fait une tuberculose. Dans l'autre branche, du côté de ma mère, mon grand-père était un migrant. Les migrants étaient des gens qui en raison de la pauvreté, quittaient leur <<pays>> pour aller à Paris. A pied les premières années, puis par le chemin de fer. Mon grand-père travaillait dans le bâtiment et il avait bien réussi du point de vue matériel. Il avait plusieurs immeubles dans Paris et à partir de cet état de migrant il avait réussi à faire une véritable petite fortune.

Quel a été l'itinéraire professionnel de votre père ?

Mon père a fait sa médecine et voyez, je n'ai jamais eu la curiosité de lui demander pourquoi lui, fils de paysan, avait fait ce choix. Il a fait sa médecine dans les conditions d'un étudiant pauvre. Il vivait avec 100 F par mois ce qui tout de même à l'époque pour se loger, se nourrir, se vêtir à Paris était très peu. Il travaillait énormément et très rapidement. Il a été un des premiers à voir que l'orthopédie était une discipline particulière et qu'il fallait se détacher du reste de la chirurgie. Il s'est donc consacré à la chirurgie osseuse. Il a eu des débuts très difficiles au point de vue financier et peu à peu une clientèle et une notoriété lui sont venus. Il a d'abord été à l'hôpital où il a été l'assistant de Dujarier, puis après en chirurgie libérale. Il avait une très belle clientèle mais il était toujours hanté par des travaux. Son traité des fractures des membres était extrêmement répandu et plus tard, quand j'ai été appelé en Amérique du Sud pour faire des conférences, j'ai vu dans la bibliothèque des américains du sud qui à cette époque parlaient français, ce fameux traité des fractures des membres.

Quand est-ce que vôtre père a pu construire sa clinique ?

Avant la guerre il avait un ami qui lui disait : <<Faites votre clinique vous serez chez vous, d'autant plus que vos fils sont brillants.>> Parce qu'en effet, ses deux fils Jean et Robert s'étaient mis à faire de la médecine et de l'orthopédie. Alors il s'est décidé à construire une clinique. Il n'avait pas beaucoup d'argent et il a fait des emprunts. Il avait un ami architecte qui lui a fait les plans. On s'est installé Square Desaix, près de l'ancien vélodrome d'hiver. A cet endroit se présentaient beaucoup d'accidentés du sport et on travaillait énormément. Il y avait 40 lits ce qui s'est avéré très vite insuffisant, ainsi qu'une consultation et un appareil de radiographie. Puis la guerre est arrivée. Nous étions très patriotes et un peu inconscient car nous avions installé sur place un véritable poste de secours pour les résistants qui arrivaient de partout. Le miracle c'est qu'avec nos 40 employés, personne n'a donné un coup de téléphone à la Gestapo pour nous dénoncer. Il y avait un défilé permanent de blessés. Une fois cependant, Robert a été pris par la Gestapo qui avait quand même flairé quelque chose.

Quel âge avait Robert à ce moment là ?

Il avait 30 ans. Ils sont venus le chercher et l'ont emmené. Moi j'étais à l'Hôpital Saint-Louis où je dirigeais le service d'orthopédie et on m'a téléphoné pour me dire <<Ils ont emmené votre frère!>> Je me suis dit <<Ca y est, on ne le reverra plus>>. Le soir, Robert revenait et il m'a dit <<Cela a été très dur. J'ai été interrogé toute la journée mais ils ne m'ont pas brutalisé. Le premier interrogateur était très dur, une vieille vache, le second un peu plus souple et le troisième avait l'air de s'en foutre un peu. Quand ce fut fini, ce troisième individu qui avait l'air un peu âgé m'a dit vous sortez libre ; il n'y a pas beaucoup de gens qui sont sortis d'ici libre>>. C'était rue des Saussaies. Robert qui avait un culot monstre lui a répondu : <<Monsieur vous m'avez fait perdre ma journée ; j'avais des opérés et de nombreux malades à voir, faites moi ramener en auto. Chose extraordinaire, le type a vérifié qu'il restait encore un chauffeur dans la cour et Robert est revenu dans une auto de la Gestapo. On a eu beaucoup de chance.

Quelle était la spécialité de votre père ?

Orthopédie et traumatologie. Il s'occupait de fractures, de pseudarthroses... Nous l'aidions quand nous étions internes. Il faisait des ostéosynthèses, il opérait beaucoup d'ostéomyélites. La pathologie osseuse était négligée et comme il s'y intéressait, les malades venaient de partout. C'était un disciple de Dujarier qui a été le premier à faire des ostéosynthèses. Il y avait les plaques, mais pas encore les clous. Les clous sont arrivés au moment de la guerre. A côté des ostéosynthèses il y avait les extensions continues et on plâtrait beaucoup de gens.

Dujarier travaillait dans quel hôpital ?

Boucicaut. Il y a une histoire que vous n'allez pas raconter parce qu'elle est scabreuse, mais qui enchantait mon père. Dujarier avait une grande vitalité. Un jour dans l'après-midi il se sent une pulsion alors il va dans la rue et il interpelle une <<dame>> qui avait bonne apparence et l'amène à la salle de garde. Dujarier se dévêt, la dame aussi et il s'aperçoit alors qu'elle était couverte de morpions. Mais l'action était trop engagée : il prend alors le journal quotidien de l'époque, il fait un trou dedans et en avant !

Parlez-nous de vos débuts, de votre internat...

J'ai été interne de Monsieur Houdard à l'hôpital Lariboisière. A ce moment, j'étais déjà travaillé par des idées plus ou moins neuves et avec Robert nous avions vu qu'un Belge nommé Lambotte faisait un fixateur externe. Alors on s'est lancé dans le fixateur externe qui à cette époque n'était pas du tout en vogue. Les gens n'en voulaient pas. On a fait des publications, même en temps qu'internes, et Monsieur Houdard présentait nos publications à l'Académie de Chirurgie. Nous nous sommes intéressés aussi à l'anesthésie péridurale qui avait été créée par un allemand et qui était tombée en désuétude. Nous en avons fait 40 que Monsieur Houdard a présenté à l'Académie de Chirurgie puis nous avons abandonné car nous n'étions pas anesthésistes, mais cela marchait très bien. A vrai dire, Monsieur Houdard était un peu inquiet de nous voir nous lancer dans ces affaires là, et il demandait à sa vieille surveillante <<Cela va bien ces messieurs ?>> Et elle répondait : <<Oui il n'y a pas eu d'histoires !>>.

Dès vos débuts, vous entreprenez des travaux originaux. Est-ce durant l'externat que vous avez acquis cette expérience ?

Oui on avait vu des choses, on avait lu. L'externe était alors un monsieur plus important qu'aujourd'hui. Mais on a eu un bel Internat. J'ai été aussi chez Monsieur Ombredanne qui m'avait pris en amitié. J'ai été chez Proust, le frère de l'écrivain. C'était un esprit remarquable mais un opérateur assez médiocre, il fallait l'aider. Mais il était toujours en retard. Il commençait à opérer à midi et le pavillon d'anatomie commençait à une heure de l'après-midi ; alors on était malheureux. Vers la fin de l'internat, j'ai été chez Richard à Berck puis après à Saint-Louis. Richard était une personnalité extraordinaire. Il était grand, il était beau et il avait beaucoup de femmes qui lui courraient après. Il opérait remarquablement mais il était très optimiste. Je me souviens d'un patient opéré de l'épaule à qui il demandait de lever le bras et qui manifestait une abduction médiocre. Il lui soulève la main et me dit : <<Ecrivez, abduction, 90*>>. Puis il lui demande s'il a repris son travail. Le patient répond : <<J'étais tourneur sur métaux je ne peux plus faire mon métier et je suis à présent gardien dans un garage>>. Richard me dit <<Ecrivez : reprise du travail>>.

Pendant votre internat, il n'y avait pas de prothèses articulaires ?

Non cela n'existait pas.

Que faisiez-vous alors pour les fractures du col ?

On les abandonnait souvent au lit. Parfois on mettait un petit plâtre, mais c'était très mal toléré, parfois on installait une traction parfois enfin on ne mettait rien. On peut admettre qu'au delà de 60 ans celui qui était atteint d'une fracture du col avait une chance sur deux d'y passer. Il y avait des complications urinaires, pulmonaires, etc...

Robert était toujours avec vous ?

Robert était un peu plus jeune que moi et il a été nommé trois ans après moi. Mais nous cherchions à être ensemble. Comme nous n'étions pas des caractères très rusés nous allions souvent chez les mêmes patrons au lieu de nous séparer pour fréquenter un large éventail de patron.

Comment avez-vous découvert la prothèse fémorale ?

Voilà comment cela s'est passé. C'était en 45, juste après la guerre. J'avais un ami otorhino qui me parlait d'une substance extraordinaire, bien tolérée, le métacrylate de méthyl avec lequel il refaisait les arêtes nasales et les arcades orbitaires. Je me suis dit que pour résoudre tous nos problèmes avec les fractures du col, Robert et moi pourrions les remplacer par des têtes en acrylique. Nous connaissions très bien Monsieur Delaunay qui dirigeait le laboratoire de l'institut Pasteur et on lui a dit : <<Monsieur est-ce que vous voulez bien faire sur des animaux des essais de tolérance du métacrylate>>. L'expérimentation fût favorable alors on s'est lancé. On est allé Belleville où on nous avait indiqué un tourneur sur métaux, dans une cour absolument dégouttante. Mais ce type était un tourneur habile et il nous a fait au millimètre près des têtes en acrylique avec un pivot qui devait traverser le col du fémur. Je me souviens qu'on n'avait pas encore d'auto, alors on montait à bicyclette à Belleville. C'est incroyable.

Alors, cette première prothèse, c'était une boule d'acrylique avec une tige ?

Oui. On trouvait des blocs d'acrylique dans le commerce. On a quand même sollicité des industriels pour faire des essais d'usure et de résistance mécanique. Il fallait un minimum de précautions parce que c'était un peu culotté d'implanter ces boules, comme cela. Nous étions bien entraîné du point de vue opératoire car nous avions fait des répétitions sur le cadavre à l'amphithéatre de Clamart. La première implantation, en mai 1946, s'est faite sur un marchand de vin de Boulogne qui présentait une coxarthrose très invalidante. Au huitième jour il déambulait joyeusement sans douleurs et célébra ce succès par des libations de Beaujolais. La seconde implantation concerne une vieille patiente de l'Hôpital Rothschild. Un jour, un de mes amis sur place me dit : <<J'ai entendu parler d'un truc que tu prépares pour les fractures du col ; j'en ai une dans mon service, tu peux venir voir>>. J'arrive dans son service et je vois une vieille dame avec une fracture du col et qui était assez mal en point. Il me dit : <<mon vieux on ne risque rien, car si on la laisse comme ça, elle est foutue>>. Alors on s'est lançé, on l'a opéré avec Robert. Nous avons pris la voie d'abord de Smith Petersen, nous avons enlevé la tête et placé notre implant dans le col.

Ça tenait ?

Le cinquième jour cette femme marchait. Miracle ! Cela a fait un bruit terrible. Tout le monde se précipitait et on mettait des prothèses acryliques en quantité. Le procédé a prospéré d'une façon extraordinaire et on a été invité à exposer nos travaux aux Etats-Unis. Ce n'est qu'à la fin des années 50 que Charnley a eu l'idée de mettre une pâte adhésive pour fixer l'implant fémoral et sceller un cotyle prothétique. De notre côté, nous avions bien vu qu'il fallait protéger le cotyle et nous avions tenté des arthroplasties cotyloïdiennes. Nous avions essayé de la peau conservée, puis inclus un cotyle en plastique, mais nous n'avions pas de colle.

Cette colle de Charnley, c'était du méthacrylate de méthyl, c'est-à-dire sous forme différente, la même matière que celle de votre prothèse.

Oui mais nous n'avions pas eu Robert et moi l'idée de l'utiliser. C'était sous nos yeux et nous ne l'avons pas vu.

Entre votre première expérience et Charnley, il y a eu quand même la prothèse de Moore. A quel moment est-elle apparue ?

Je ne saurais le dire avec précision, mais pas très longtemps après.

Quand vous êtes-vous rendu compte qu'il y avait des complications ?

Au bout de trois ou quatre ans. Il y a eu des mobilisations de prothèses et des usures de cotyle. Mais il y en a quelques unes qui tiennent encore. J'en vois de temps en temps qui reviennent en consultation.
Mais, le plus souvent elles finissaient pas s'user. Vous savez, une hanche, cela porte fort. Alors on a vu qu'il fallait changer. A ce moment nous avions fait une prothèse assez voisine de la prothèse de Moore en métal. Elle allait pas mal, mais c'était toujours la protection cotyloïdienne qui nous donnait beaucoup de soucis et pour laquelle nous n'avions pas trouvé une bonne solution. J'avais réalisé un truc qu'on appelait la casquette de jockey. C'était un godet en plastique avec une visière qu'on vissait en haut. Mais ce n'était pas très solide.

Mais vous n'étiez pas loin du cotyle vissé moderne...

Par la suite, face au ennuis du ciment, nous avons fait avec Robert des pièces rugueuses destinées à être incluse en force. Nous avons posé 5 000 de ces prothèses sans ciment. La demande était incroyable et nous étions enragés. Au début c'était merveilleux, car cela tenait bien mais pour des raisons de mauvaise métallurgie il y a eu pas mal de problèmes de mobilisations secondaires des implants.

Dans ce processus d'innovation lequel de vous deux avait les idées ?

On en avait chacun. Robert avait un langage très cru. Lorsque j'avais une idée et que je l'exposais, il disait : <<C'est complètement con>>. On n'en parlait plus mais le lendemain il me disait <<J'ai réfléchi il y aurait peut-être quand même quelque chose à voir avec ton idée>>. C'était un mode de réflexion très fraternel.

Mais c'est ensemble que vous avez tout inventé?

Ensemble oui. Par exemple pour les articulations artificielles, c'est moi qui ait eu l'idée mais Robert les a développées et appliquées, etc... Pour les prothèses sans ciment, c'est Robert qui a eu l'idée. Il a dit on devrait faire une prothèse en métal poreux que l'on enfoncerait en force. Cela tenait mais on a été trahi par la métallurgie. Pour la libération du quadriceps dans les raideurs de l'appareil extenseur c'est moi qui ait eu l'idée. Cela a eu une vogue également. C'est un des seuls trucs qu'ils appellent encore l'opération de Judet.

Comment vous est-elle venue ?

D'une façon curieuse. C'était après une conférence au Special Surgery de New York. La conférence avait bien marché et j'étais surexcité. En me promenant dans le couloir après cette conférence et en pensant à toutes les raideurs que nous voyions, je me suis dit pourquoi ne pas désinsérer tout le quadriceps. A l'époque on ne faisait pas beaucoup d'ostéosynthèse et on avait plus de raideur que maintenant. On tentait bien d'allonger le quadriceps mais c'était très mauvais. Dès mon retour, un de mes premiers patients était un coureur cycliste breton qui a fait des débuts brillants mais qui à la suite d'un accident avait le genou raide. Il me dit <<Si je peux plier le genou, on m'offre un travail car je peux livrer les journaux>>. Alors je me suis dit : <<on va essayer>>. J'en parle à Robert et tous les deux on l'opère, on desinsère le quadriceps et on obtient 90*. Nous aurions pu faire mieux mais c'était la première. On était content et le patient a pu livrer ses journaux.

Vous avez travaillé aux Enfants Malades ?

Oui, j'ai dirigé le département de chirurgie orthopédique infantile dans le service de Monsieur Fèvre. Mais mon activité était mixte. Le matin j'étais à l'hôpital et l'après midi en clinique.

Quand avez-vous quitté l'hôpital ?

Quand j'ai eu l'âge de la retraite. J'ai continué en clinique et je n'ai arrêté d'opérer qu'il y a deux ans. Il y a un moment où il faut se retirer.

Pendant les années où vous étiez à Necker et Robert à Garches, la compétition avec l'école de Merle d'Aubigné était-elle féroce ?

Moi j'étais très copain avec Ramadier et avec Postel. Les gens se plaisaient à nous créer une rivalité avec Merle d'Aubigné, mais elle était exagérée ; il dînait chez moi mais c'est vrai qu'il était d'un abord difficile. Dans les congrès, Robert qui avait un esprit très rapide parvenait de temps en temps à il lui faire toucher les épaules à terre et Merle n'aimait pas cela.

Quelles sont les idées qui n'ont pas abouti !

Je vais vous faire une confidence : nous avons fait 30 interventions de bandelette au genou que l'on appellera par la suite l'opération de Lemaire, et que nous n'avons jamais publié ! Nous cherchions tout simplement quelque chose pour stabiliser les genoux instables et nous trouvions notre procédé très banal ! Oui nous avions beaucoup d'idées. Dans les scolioses, nous avons réalisé de nombreuses xenogreffes avec succès.

Que greffiez-vous ?

On prenait de l'os de poulain. Pour que les greffons soient stériles, nous prenions aux abattoirs, des foetus de poulain sur des juments gravides. On amenait l'oeuf entier en salle d'opération, on le passait à l'iode et on sortait un poulain avec des os magnifiques. On taillait nos greffons dans les fémurs et on mettait au froid à -30. Ca marchait bien mais c'était plus long que l'autogreffe. Il fallait compter le double de temps pour la fusion. Mais ça prenait et nous n'avons eu qu'un rejet sur 80 dossiers.

Pourquoi n'avez-vous pas continué ?

Parce que c'était très long, et parce que pour que les prélèvements soient aseptiques il fallait trouver une jument gravide destinée aux abattoirs...

Comment réduisiez-vous les scolioses ?

Je les réduisais avec un câble et des crochets stériles. Je tirais sur le système et j'obtenais ainsi une réduction. Ensuite je calais mes greffons. Mais ce n'était pas une très bonne méthode et je l'ai abandonné dès que les tiges de Harrington furent disponibles.
A vrai dire nous faisions trop de choses et nous étions toujours en surpression. Nous aurions pu faire mieux, mais nous avons fait ce que nous pouvions.

Paru dans le numéro N°53 - Avril 1996