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FRANCOIS SIRVEAUX

Paru dans le numéro N°289 - Décembre 2019
Entretien consulté 252 fois

FRANCOIS SIRVEAUX

Centre chirurgical Emile Gallé, Nancy

François Sirveaux est le président de la SFA, chef du pôle Lorrain de chirurgie de l’appareil locomoteur du CHU de Nancy.
Dès le temps de sa formation Nancéenne, il s’est impliqué dans la chirurgie de l’épaule, notamment dans les prothèses inversées et la chirurgie tumorale.
Rencontre avec un chirurgien passionné.

François Sirveaux, vous êtes président sortant de la Société Francophone d’Arthroscopie. Qu’avez-vous accompli pendant ces deux années ?

La présidence, c’est effectivement deux années, mais c’est surtout un travail qui commence bien avant puisqu’à l’issue de ma présidence je mettrai fin à huit ans de présence au bureau de la SFA. Je suis rentré au bureau en 2011, après une seconde candidature. C’était pour moi important, car la SFA représentait la société montante, jeune et active de l’orthopédie en France. J’y ai trouvé des collègues enthousiastes et des amis. Partagé le secrétariat scientifique avec Hervé Thomazeau puis Geoffroy Nourissat a été un vrai bonheur. Donc à l’issue de la quatrième année j’ai posé ma candidature pour être vice-président, et après deux années de vice-présidence, je suis devenu président.

La présidence c’est avant tout assurer la continuité de la Société, et nous y sommes parvenus en assurant une augmentation très importante du nombre de membres. C’est un des engagements que j’avais pris au départ, à savoir faire croître la Société qui s’enrichit des jeunes d’abord grâce à un fort investissement de la SFA Junior et des membres jeunes. Nous avons de plus ouvert nos portes à la francophonie, ce qui nous a apporté des membres supplémentaires. La SFA est aujourd’hui une Société dynamique, qui vit, qui a un nombre de membres croissant : c’était mon premier engagement en tant que président.

Mon deuxième engagement était d’assurer la continuité du travail mis en place autour de la formation des jeunes ; nous avons poursuivi toutes les formations qui étaient déjà en place, structuré les Master Courses. Nous travaillons pour trouver des solutions concernant les nouvelles réglementations à propos des conflits d’intérêt des chirurgiens, pour pouvoir financer ces cours. C’est un travail qui n’est pas terminé, puisque les dispositions viennent de changer : nous sommes un peu inquiets sur l’avenir des partenariats avec les industriels, partenariats qui sont absolument nécessaires à la formation.

Troisième point essentiel : la recherche. Nous avions déjà commencé, au sein du secrétariat scientifique, à structurer un certain nombre de projets de recherche, notamment les symposiums. Aujourd’hui à la SFA tous les symposiums sont analysés de façon rigoureuse, c’est-à-dire subissent un parcours de validation précise du protocole, un passage aux instances éthique et CPP si c’est nécessaire, et un suivi régulier est assuré par le secrétariat scientifique et par Matthieu Prido-Levavasseur. Nous pouvons en être assez fiers, parce que tous nos symposiums ont subi un parcours de validation qui rentre dans le cadre de la loi Jardet pour la recherche clinique. L’étude, menée avec le support de la Fondation Bennetot, sur le score d’évaluation des ruptures du LCA est exemplaire de ce point de vue. Les travaux de la SFA sont publiés dans les revues de référence et figurent parmi les plus régulièrement cités dans la littérature.

Enfin, nous souhaitions nous occuper du renouvellement et de l’assise du Bureau, ainsi que la répartition des tâches. Nous avons avancé sur le Secrétariat Général, qui a pris une plus grande importance; aujourd’hui une société comme la SFA ne peut pas se passer d’un Secrétaire Général qui assure avec la secrétaire historique Corinne Bensimon le fonctionnement des bureaux et des différentes instances, les relations avec les autres sociétés savantes, notamment avec l’ESSKA, dans la perspective de l’organisation du congrès de l’ESSKA à Paris en 2022. Durant ces deux années, nous avons eu des échanges réguliers avec l’ESSKA et signé un accord concernant la publication dans le KSSTA d’un certain nombre de nos travaux, sans compromettre les engagements pris depuis longtemps avec l’OTSR (pour la publication des symposiums notamment). Nous avons aussi réformé nos statuts pour assurer le renouvellement régulier des membres du conseil d’administration. Nos liens avec la SOFCOT ont été renforcés en participant régulièrement aux e-learnings et en proposant une session lors du congrès national. Je tiens d’ailleurs à remercier le Pr Kempf qui a proposé que la SFA soit la société invitée mise à l’honneur lors du congrès 2018. La SFA va maintenant intégrer le nouveau CNP-COT qui sera l’interlocuteur des instances pour défendre notre profession.

Nous avons travaillé avec les éditeurs sur une nouvelle édition du livre « Arthroscopie » qui est l’ouvrage de référence de notre spécialité. Cette nouvelle édition sera proposée en plusieurs tomes. Je remercie tous ceux qui ont contribué au premier tome sur la cheville et l’arrière pied qui sera disponible pour le congrès.

Rien n’aurait été possible sans le travail acharné, volontaire et créatif de l’ensemble des membres du bureau et de tous ceux qui consacrent leur temps au service de notre société. La fonction de président est finalement assez facile à assumer quand on peut s’appuyer sur une équipe aussi dynamique et sur le professionnalisme de Corine.

Enfin, je vais quitter la présidence avec deux projets très ambitieux qui ont démarré : le projet « SFA data lake » (une base de données commune pour gérer nos données scientifiques) initiée par Johannes Barth, mon successeur, et la création d’un fonds de dotation pour la recherche et la formation.

Quel est le potentiel de croissance de la SFA?

On atteindra naturellement un jour la limite en terme de membres, mais il existe encore un potentiel important avec la francophonie. Nous organisons le congrès 2020 à Genève ; nos collègues suisses sont particulièrement investis dans l’organisation de cet évènement, et nous pouvons espérer motiver les autres pays francophones à entrer à la SFA à l’issue de ce congrès. Nous avons déjà des relations anciennes, étroites et très actives avec les sociétés d’Afrique du Nord, en particulier la société marocaine et la société tunisienne, l’investissement des suisses sur le congrès et des contacts avec les belges.  Nous pouvons dans la francophonie toucher d’autres pays plus éloignés, comme le Québec... Je pense qu’à l’avenir, la croissance de la société passera par la francophonie, initiée par Olivier Courage.

Quels vont être les temps forts du congrès cette année?

Cette année le congrès est guidé par le fil rouge de la formation, proposé par le Pr. Thomazeau et FX Gunepin. Ce fil rouge est repris lors de la première journée Recherche, qui sera consacrée à la pédagogie et la recherche dans ce domaine, notamment en ce qui concerne les simulateurs, l’arthroscopie virtuelle. C’est un programme très transversal, avec l’intervention de nombreux collègues étrangers qui présenteront leur travail, mais aussi un investissement des sociétés de la région Bretagne qui sont particulièrement performantes dans ce domaine.

Ensuite le programme sera structuré comme d’habitude, avec une salle par articulation. Cette année, la hanche sera mise à l’honneur comme articulation satellite, puis nous aurons les interventions de nombreux invités d’honneur étrangers et français.

La nouveauté principale proposée par le secrétaire scientifique est une organisation des conférences d’enseignement et une présentation des symposiums légèrement différentes. Nous souhaitions que les symposiums répondent à des questions précises. Nous avons proposé à nos membres via des formulaires en ligne de soumettre des questions, et les symposiums devront répondre à ces questions, pour avoir une présentation qui soit moins longue, plus intéressante et qui ait un impact direct, pragmatique sur le métier.

Je tiens beaucoup à la journée d’ouverture vers d’autres domaines, que nous avons instaurée lors du congrès de Luxembourg. Cette année on pourra y retrouver une intervention sur le sport au féminin et, nouveauté importante à nos yeux, ce sera une journée “grand public” : le Samedi, la SFA ouvrira une salle au public, avec l’intervention de journalistes et d’experts qui vont expliquer les missions de la SFA, et surtout lancer une grande campagne de communication sur la préservation méniscale, qui débute à la Sofcot et qui continuera au moment de la SFA.

En France les chirurgies de méniscectomie sont trop systématiques, nous avons des taux qui sont bien supérieurs à ceux des E-U ou d’autres pays d’Europe. Les causes sont multiples : la formation des chirurgiens, les habitudes qui sont prises, le fait que la méniscectomie est un geste simple. On sait aujourd’hui que cela a des conséquences dramatiques sur le cartilage à long terme, c’est pour cela que nous lançons la grande campagne médiatique “Sauvons les ménisques”, qui sera relayée par les médias. Ce jour-là des communications dédiées au ménisque seront ouvertes au grand public, avec à cette occasion l’ouverture d’un fonds de dotation qui va nous permettre de financer des projets de recherche et de formation, et de lancer d’autres campagnes de communication grand public de ce type.

C’est un autre mode de communication avec les patients ?

C’est une vraie nouveauté. Je pense que c’est une nécessité parce qu’on voit bien aujourd’hui que dans toutes les décisions politiques en matière de santé, il y a une intervention des patients, des associations de patients, des médias. Si on veut modifier les habitudes, il faut informer la population, les politiques et donc les médias pour que le patient comprenne que si on refuse de lui faire une méniscectomie il y a des raisons, et qu’il vaut mieux parfois, si cela est possible soit ne pas l’opérer, soit suturer son ménisque plutôt que de l’enlever. C’est aussi un moyen de valoriser notre métier.

A la veille du départ, est-ce qu’il y a des regrets ?

Des regrets, non. Mes années à la SFA, c’est beaucoup de partage, beaucoup d’investissement, et beaucoup de bonheur à pouvoir pousser les projets intéressants. Mon histoire avec la SFA est ancienne, puisque j’ai découvert la SFA dans les années 90, lorsqu’elle avait lieu à Nancy. A l’époque j’étais jeune interne, et j’ai tout de suite compris qu’il y avait quelque chose qui se passait dans cette société. Les rapports amicaux, la rigueur intellectuelle m’ont tout de suite séduit. A la suite de ça, auprès de mes maîtres ; Henry Coudane et Daniel Molé, j’ai été en contact régulier avec la société et c’est tout naturellement que j’ai postulé pour entrer au bureau, après avoir eu la chance de diriger les symposiums, de participer à des conférences d’enseignement, etc. Mon histoire avec la SFA a suivi mon évolution chirurgicale et ma carrière universitaire. Aujourd’hui je vais quitter la présidence, mais évidemment ce n’est pas la fin de mon histoire avec cette société chère à mon cœur.

Etes-vous Nancéen ?

J’ai fait toute ma formation à Nancy mais je suis haut-saônois d’origine. Ce sont des rencontres qui, tout au long de mon parcours, fortuites ou provoquées, ont forgé mon évolution. Au départ il y eut la rencontre avec un médecin qui avait fait sa formation à Nancy et m’a incité à la faire là-bas moi aussi. Puis la rencontre avec des chirurgiens quand, étudiant, je travaillais dans une clinique où j’ai rencontré des orthopédistes. Ils m’ont très vite fait confiance, je les aidais au bloc opératoire, et j’ai pris goût à cette chirurgie. Enfin il y eut la rencontre avec une école nancéienne très active, historique, qui m’a confirmé dans ce souhait de faire de l’orthopédie.

La carrière universitaire est venue un peu plus tard, et un peu par hasard : il se trouvait que, dans une période de renouvellement des cadres universitaires, il y eut des désistements et on m’a proposé de postuler. Soutenu par mon épouse et mes enfants, je me suis lancé dans le parcours complexe hospitalo-universitaire.  A cette époque, j’ai eu la chance de participer à de nombreux travelling fellowship sous l’égide de la SFA, de la SECEC et de l’EFORT qui m’ont permis d’enrichir mon expérience en Europe et aux Etats-Unis, de vivre des rencontres exceptionnelles et de créer des liens amicaux durables. En 2004, par exemple, je rencontrais un jeune fellow en formation à la Mayo Clinic, George Athwal, aujourd’hui invité d’honneur de notre congrès…

D’autres rencontres furent importantes : en 1998, au début de ma thèse sur les prothèses inversées, j’ai la chance de rencontrer Paul Gramont, qui était un maître original et plutôt génial. A cette époque on voyait beaucoup de patients circuler dans l’Est avec cette prothèse un peu étrange qu’était la prothèse inversée. C’est ce qui m’a conduit à travailler sur le sujet. Ce fut pour moi le départ d’une longue histoire, et de belles rencontres avec des gens qui m’ont motivé : Gilles Walch, Luc Favard, Pascal Boileau, toutes ces personnes qui m’ont fait confiance, m’ont permis de travailler avec eux au cours de ces années pour contribuer au développement de la prothèse inversée dans les fractures, la prothèse inversée dans les tumeurs, dans la chirurgie de révision. Cela a constitué un tournant très important dans ma carrière universitaire que de rencontrer le concepteur, des chirurgiens dynamiques, des ingénieurs innovants et de voir tout de suite que les patients avaient effectivement de bons résultats cliniques et qu’il fallait approfondir le sujet.

Votre carrière a été vraiment orientée par la prothèse inversée! Aujourd’hui quels sont vos axes de travail, vos passions chirurgicales ?

Je suis d’une génération qui fait encore de la chirurgie orthopédique générale au CHU pour pouvoir assurer la formation des jeunes, ce qui m’amène à opérer plusieurs articulations : genoux, hanches, épaules, de l’arthroscopie, du ciel ouvert. J’ai tout de même trois centres d’intérêt principaux qui sont la chirurgie de l’épaule, la chirurgie du coude et la chirurgie tumorale. Cette dernière est très importante à mes yeux, car je me suis engagé il y a 20 ans avec Daniel Molé en structurant une RCP pour les tumeurs. Cela m’a permis de rencontrer d’autres spécialités : les oncologues, les radiothérapeutes, et de développer avec l’équipe d’imagerie médicale de Nancy du Pr. Blum des projets extrêmement intéressants sur l’imagerie des tumeurs. Aujourd’hui, avoir une activité chirurgicale autour de la reconstruction des pertes de substance après chirurgie tumorale donne une autre dimension à la chirurgie orthopédique.

Comment se passe le quotidien au CHU de Nancy?

La vie dans un CHU n’est pas forcément simple! Pour moi, une des difficultés a été le départ de Daniel Molé en 2017, au moment où je prenais la présidence de la SFA, et qui nous obligeait à imaginer une nouvelle organisation. Dès son départ j’ai pris les choses en main, assumant la chefferie de service et la chefferie de pôle, et mettant en place des réorganisations importantes pour le service. Mes collègues nancéiens ont accepté cette idée et nous avons regroupé nos activités pour être plus efficaces et lisibles. Une des particularités de Nancy, c’est que nous avons séparé complètement la traumatologie de l’orthopédie. La traumatologie et l’orthopédie sont gérées sur deux sites différents. Il y a un bloc dédié à la traumatologie : nous vivions très mal le fait de faire la traumatologie après le programme réglé, de ne pas avoir de salle dédiée. Aujourd’hui on a une salle dédiée 24H/24 à la traumatologie. Tous les chefs de clinique participent aux tours de garde à l’Hôpital Central, et nous avons développé une filière de traumatologie au niveau des urgences, c’est-à-dire que tous les patients qui relèvent de la traumatologie sont vus par des internes d’orthopédie traumatologie dans un secteur dédié, ce qui nous permet d’avoir un suivi de bonne qualité des patients, et surtout d’avoir une filière et un parcours de soin qui est cohérent, sous la responsabilité de Didier Mainard. Le patient arrive dans cette filière, il va directement au bloc opératoire si c’est nécessaire, est opéré dans des délais raisonnables,  dans un secteur d’hospitalisation dédié. Il y a une séparation complète entre les urgences et la chirurgie réglée. C’est une chance, parce que je pense qu’il n’y a pas beaucoup de CHU en France qui ont cette opportunité. C’est un projet qui était assez ambitieux, et j’ai eu la chance d’être suivi par la direction du CHU. Aujourd’hui nous avons d’autres enjeux : le développement de la chirurgie ambulatoire, sur lequel nous étions déjà précurseurs, puisque nous avions déjà un service de chirurgie de la main réputé référent en France.

Le développement de la chirurgie ambulatoire, et puis toutes les procédures de récupération améliorée post-chirurgicale nous permettent de réduire les durées de séjours. L’avenir, c’est une organisation autour du parcours de soin, probablement une focalisation moins importante sur les lits qui, en soi, ne devraient pas être un problème dans les hôpitaux. C’est concentrer tous nos efforts sur l’organisation du bloc, sur le parcours de soin, sur la filière ambulatoire, la traumatologie et le recours. Tout cela doit bien évidemment intégrer la recherche et l’enseignement, puisque c’est notre mission. Pour la recherche, j’ai la chance d’avoir autour de moi des jeunes motivés qui nous permettent de développer des projets, notamment dans le domaine de la chirurgie de l’épaule, mais aussi une équipe très performante sur la chirurgie de la hanche, du genou, et du pied et puis des collègues au sein du CHU qui ont des compétences reconnues en chirurgie de la main : je parlais tout à l’heure de l’imagerie, mais on peut aussi évoquer la rééducation, des domaines où Nancy est très reconnu pour son expertise, notamment en recherche.

L’enseignement est un enjeu important, et à l’issue de ma présidence de la SFA c’est certainement sur ce domaine que je vais axer mon travail. Notre école de chirurgie, particulièrement dynamique, est aujourd’hui le plus grand centre de simulation en Europe. Nous avons eu la chance d’avoir accès à des simulateurs d’arthroscopie, et nous avons produit des travaux importants ces dernières années sur l’intérêt de la simulation. On a très clairement démontré que c’était un outil utile pour nos internes dans une période où il est difficile d’apprendre en bloc opératoire. La coopération entre la SFA et le CFCOT a été renforcée grâce à Hervé Thomazeau et positionne la France en leader dans le domaine de la simulation arthroscopique.

Pourquoi cela a-t-il été développé à Nancy ?

Parce il y avait au départ une école de chirurgie orientée vers la chirurgie cardiovasculaire qui a assez vite investi dans la simulation, pour ensuite faire de gros investissements sur des robots (c’était un des premiers centres à disposer d’un robot chirurgical pour la chirurgie viscérale), des simulateurs de robots, des simulateurs de chirurgie endovasculaire. C’est une école de chirurgie qui se veut transversale et qui par conséquent a développé la simulation pour la chirurgie arthroscopique, l’ophtalmologie, les dentistes, les vétérinaires, etc.

Cette dynamique qui s’est installée il y a déjà de nombreuses années, appuyée par la faculté et maintenant l’université, nous positionne aujourd’hui comme leader dans le domaine.

La simulation intervient à quel niveau dans la formation?

Pour moi la simulation virtuelle reste un outil de la phase socle. Essentiellement, pour l’arthroscopie c’est apprendre à manipuler la caméra, la triangulation, la précision du geste dans un volume réduit. Pour l’instant les simulateurs ne permettent pas de faire des procédures très sophistiquées comme des nœuds, mais il y a de nombreuses sociétés qui y travaillent et je pense qu’on pourra réaliser bientôt des gestes un peu plus complexes.

La simulation ce n’est pas que les simulateurs : on peut simuler de façon tout à fait efficace et reproductible une suture de coiffe sur un modèle en plastique sans forcément avoir un simulateur informatique, par exemple. On peut apprendre un certain nombre de gestes d’orthopédie sur ces modèles. Je pense que la simulation pourra aussi être un outil d’aide à la décision et à l’évaluation comportementale avec le développement de l’hôpital virtuel.

On comprend très bien pour l’arthroscopie ou la chirurgie de la main, mais pour un chirurgien du rachis ou un chirurgien de la hanche?

Un chirurgien du rachis a besoin de triangulation tout de même : quand il doit mettre une vis pédiculaire, il faut qu’il ait une vision tridimensionnelle du problème. Les chirurgiens du rachis mettent leurs vis sous contrôle scanner, radio ou autre, et ils ont donc besoin d’une dextérité dans l’espace qui est la même que celle qu’utilise un arthroscopiste pour faire des interventions sous arthroscopie. Pour la hanche, l’aptitude à gérer l’espace en 3D est là encore importante, notamment dans le positionnement des implants. Au niveau de la hanche, par exemple, le positionnement d’un implant cotyloïdien est très important pour la stabilité, l’usure et la tenue dans le temps d’une prothèse. Bien poser un implant cotyloïdien dans un cotyle, c’est avoir une bonne vision dans l’espace de l’anatomie 3D du cotyle.

Donc tout cela a du sens, c’est cohérent, et je pense que les aptitudes qui peuvent être développées par l’intermédiaire d’un simulateur d’arthroscopie vont être utiles pour d’autres applications.

Qu’en est-il de la robotique?

La robotique est avant tout un outil qui va permettre d’améliorer la précision, le confort du chirurgien. Les applications en chirurgie orthopédique sont peu nombreuses, parce que les espaces de travail -en tout cas pour l’arthroscopie- sont trop petits. Je ne crois pas beaucoup dans la robotique qui remplacerait la main du chirurgien ; je pense que la principale révolution, c’est la planification et les outils associés à  l’aide à la décision. Planifier c’est prévoir ce qui va se passer lorsque la prothèse sera en place, ces outils sont donc très importants. On a montré, notamment pour les prothèses d’épaule, que le fait de planifier sur un modèle 3D améliorait la précision du positionnement de la prothèse, sans nécessairement avoir à utiliser un robot ou un guide sur mesure. La démarche intellectuelle pré-opératoire est importante, et c’est pour moi le point essentiel à enseigner à nos internes. La chirurgie orthopédique, c’est effectivement un geste opératoire, mais le résultat est conditionné par la réflexion que l’on aura menée en amont; c’est ce qui m’intéresse dans notre chirurgie : la démarche intellectuelle que l’on aura pu avoir avant d’opérer a autant d’importance que le geste que l’on va exécuter.

La vie au CHU est-elle difficile?

(rires) La vie au CHU n’est pas simple parce que nous avons des contraintes budgétaires qui sont désormais très importantes, on doit évidemment rendre des comptes à tous les niveaux. Ce n’est pas toujours facile de concilier l’intérêt du patient et l’intérêt d’une structure telle qu’un CHU. Nous entrons dans une phase de réforme importante au sein du CHU de Nancy. Je reste tout de même optimiste, je pense que tout est possible à partir du moment où on s’investit et que l’on a des projets qui rassemblent. Evidemment, ce n’est pas facile, car aujourd’hui la principale menace dans les CHU (et probablement ailleurs) est la pénurie d’anesthésistes : nous éprouvons de grandes difficultés à ouvrir des salles d’opération par manque d’anesthésistes. Je déplore le manque d’investissement des anesthésistes dans notre pratique quotidienne : aujourd’hui la prise en charge médicale et le suivi sont assurés exclusivement par le chirurgien, cela devient délétère. Il faudra certainement trouver des solutions pour améliorer l’attractivité en recréant du lien entre nos deux spécialités autour du patient.

Pourquoi partent-ils?

Ils partent parce qu’ils sont considérés comme des prestataires dans le bloc opératoire, c’est-à-dire que l’on a focalisé leur activité sur l’acte d’anesthésie lui-même. Mais la menace existe aussi sur l’activité chirurgicale si on n’insiste pas sur notre rôle avant et après l’intervention. Aujourd’hui, seul l’acte opératoire est valorisé.  

Qui les a restreints ?

C’est eux, c’est le système, c’est la pénurie probablement qui les a obligés à se concentrer sur leur acte principal, c’est-à-dire endormir et réveiller le malade. Je pense que, comme pour la chirurgie, il y a toute la démarche préopératoire qui est très importante mais n’est plus assurée. L’investissement dans le suivi post-opératoire est de moins en moins important. L’intérêt financier de l’activité dans le privé est certainement important, mais il l’est également pour les chirurgiens. Je pense qu’on peut offrir autre chose au CHU qui intéresse les praticiens, par exemple pouvoir s’investir dans la recherche ou dans l’enseignement. Aujourd’hui c’est plus un problème d’organisation et de positionnement du fait de la pénurie qui les fait fuir. Ils sont obligés de passer de la chirurgie viscérale à de l’orthopédie, puis à la maternité, à l’hôpital d’enfant, ce qui fait qu’ils s’investissent moins dans les services.

Le CHU de Nancy draine quel type de population ?

Le CHU de Nancy est positionné à deux niveaux, comme centre de soin de la population locale, et puis comme centre de référence : il y a beaucoup d’activités de référence au CHU. Par exemple, pour l’orthopédie nous sommes centre de référence des infections ostéo-articulaires, centre de référence de la chirurgie tumorale, centre de référence des urgences de la main et de la chirurgie reconstructrice, et pour d’autres spécialités ce sont les mêmes orientations : le recours, qui effectivement relève du CHU, et puis l’activité plus habituelle qui va permettre d’assurer la formation. Nous allons rapidement être impliqué dans une démarche territoriale compte tenu des difficultés dans les hôpitaux périphériques.

Y a-t-il une école d’orthopédie Nancéenne?

Il y a eu l’école de Nancy pour l’Art Nouveau, mais pas seulement. La particularité de Nancy, comme de Strasbourg, c’était d’avoir des structures individualisées pour l’orthopédie. Historiquement, à l’époque du Pr Sommelet-c’est le point de départ de l’école nancéienne- l’établissement était consacré à l’orthopédie, donc une structure qui physiquement existait en dehors du CHU, qui administrativement n’était pas gérée par le CHU puisque gérée par la CRAM puis par l’UGECAM. Je pense que c’est ce qui a joué un rôle, car les structures étaient indépendantes. Ensuite il y eut les hommes : le Pr Sommelet, puis le Pr. Schmitt qui travaillaient essentiellement sur la chirurgie de la hanche, Daniel Molé et  Henri Coudane, pionniers de l’arthroscopie, les Pr. Jean-Pierre Delagoutte et Didier Mainard, qui étaient dans un autre hôpital mais qui étaient connus pour leur activité en chirurgie du pied. Des hommes et des idées originales qui sont nées à Nancy. Une structure aussi, qui à mon avis a participé à la fondation de cette école, la clinique de traumatologie dédiée à l’orthopédie-traumatologie.

Aujourd’hui l’organisation est différente, puisque nous avons un pôle de chirurgie de l’appareil locomoteur, mais là encore il constitue une originalité puisque c’est un pôle dédié à une spécialité : dans mon pôle je n’ai que des chirurgiens orthopédistes. Je pense que c’est important pour développer une école, il faut avoir une visibilité, et un sentiment d’appartenance. Nous avons une structure qui est dédiée par spécialité : la chirurgie orthopédique, la chirurgie de la main, et la traumatologie. L’organisation actuelle est pensée pour pouvoir maintenir l’esprit d’école.

Nous avons 3 PUPH en orthopédie, 2 PUPH en chirurgie de la main, seulement 2 PH pour l’ensemble du pôle, 8 chefs de clinique en orthopédie et 4 chefs de clinique en chirurgie de la main.

Dans l’organigramme, les chefs de clinique ont une importance majeure par le fait qu’il n’y a pas beaucoup de PH, ils sont donc très vite mis en responsabilité sur la traumatologie, mais également sur l’activité d’orthopédie; ils ont leur recrutement, leur activité chirurgicale, leurs créneaux opératoires : c’est ce qui à mon avis est attractif, en plus de l’activité de recherche et de l’aura des équipes qui favorise la venue des internes nancéiens, mais aussi de l’extérieur, voire de l’étranger.

Qui vous a marqué dans votre carrière?

Je dirais qu’il y a les maîtres de l’école nancéienne, surtout Daniel Molé qui m’a fait confiance et m’a permis de rencontrer le milieu de la chirurgie de l’épaule nationale et internationale. J’ai eu la chance assez rapidement dans ma carrière d’aller faire des présentations dans des congrès importants de l’ICSS, de l’ASES aux E-U par exemple. J’ai pu rencontrer Gilles Walch, Pascal Boileau et Luc Favard, qui m’ont guidé dans mon travail. Philippe Hardy, Jean-François Kempf et Henry Coudane m’ont aussi toujours soutenu et m’ont ouvert les portes de la SFA.

Ensuite, au niveau de la SFA, j’ai côtoyé des présidents remarquables : Philippe Colombet, Christophe Hulet, Olivier Courage et Nicolas Graveleau. Ils ont influencé mes choix et mes orientations politiques dans la direction de la SFA. Tous les anciens présidents ont été bienveillants durant ma présidence.

Avec cette vie très chargée professionnellement avez-vous des échappatoires, des passions?

Pas beaucoup, pas assez, par manque de temps. Mon épouse et mes 4 enfants me le rappellent régulièrement. C’est auprès d’eux que je me ressource. Un peu de sport, des voyages en famille et, depuis peu, la moto… C’est vrai que dans une période où il a fallu prendre des responsabilités au niveau du CHU, des responsabilités au niveau de la SFA, il était difficile d’avoir du temps à consacrer aux loisirs.

Paru dans le numéro N°289 - Décembre 2019