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FRANCOIS KELBERINE

Paru dans le numéro N°270 - Janvier 2018
Entretien consulté 895 fois

FRANCOIS KELBERINE

Le « Knee Course » deVal d’Isère est un rendez-vous prisé par les chirurgiens du genou en début d’année.
Nous avons rencontré François Kelberine, qui a été avec Philippe Landreau il y a plus de 10 ans à l’origine de ce congrès. Il nous raconte sa passion pour la chirurgie du sport et du genou et la particularité de cet événement.

Qui a eu l’idée de créer le congrès du « Knee course » ?

Nous avons eu cette idée avec Philippe Landreau lors d’une réunion de bureau de la Société Française d’Arthroscopie en juin 2003 à Strasbourg. Devant le succès du cours d’épaule de Val d’Isère, nous nous sommes dit que ce serait  super de réaliser la même chose sur la thématique du genou. Les réunions de travail à la montagne sont un grand classique depuis les débuts de l’Orthopédie mais il n’y avait pas d’équivalent du « Knee Course » en Europe hormis un cours assez peu connu, organisé par Erikson, à Courmayeur en Italie.

Quels ont été les principes fondateurs ?

Notre objectif était d’organiser notre congrès tous les 2 ans, en alternance avec celui sur l’épaule, au même endroit et aux mêmes dates pour établir un rythme régulier. Le cours s’adressait aux chirurgiens orthopédistes débutants ou confirmés, et ne concernait que  la chirurgie du genou avec des journées spécifiques dédiées soit à la traumatologie du sport, soit à la pathologie dégénérative, soit enfin à la traumatologie. Il ne s’agissait pas d’un congrès généraliste ; chaque thème devait être traité de A à Z. Il était aussi ouvert à de nombreuses communications atypiques qui ne sont pas présentées dans les congrès classiques. Sur le plan logistique, il nous fallait inclure dans l’équipe une personne fiable et immédiatement nous avons pensé à Corinne Bensimon pour s’occuper de la partie administrative.

Quand a eu lieu la première édition ?

En 2006. C’était un moment sensible car nous étions dans l’expectative et ne savions pas si le succès serait au rendez-vous. Ce fut une belle réussite. Nous avons eu 120 participants, tous ravis. Il faut dire que nous avions une « faculty » exceptionnelle : Philippe Beaufils, Ned Amendola, Ramon Cugat, Philippe Lobenhoffer, Pierre Chambat... Le contenu scientifique était de haute qualité, et de plus, coup de chance, il a fait un temps splendide. C’était un départ idéal pour cette magnifique aventure.

Comment avez-vous évolué ?

Pour la 2e édition en 2008, nous avons fait une erreur. Le programme scientifique était trop pointu, trop « sciences fondamentales » ; il tenait plus du « closed meeting » et s’éloignait de l’esprit que nous avions imaginé initialement avec Philippe. Nous avons immédiatement corrigé le tir, et opté pour une formule centrée sur notre pratique quotidienne en se basant sur l’état actuel des données scientifiques et des sujets de technique. Mais pour animer le débat il y avait une place pour les sujets controversés et les tendances à venir.

Les présentations sont courtes, toniques avec des débats et des sessions de cas cliniques pour laisser un large temps de discussion où les participants sont impliqués. Notre objectif était et reste de dérouler un cours intéressant pour le chirurgien « standard » qui souhaite en quelques jours avoir une mise au point approfondie sur des thèmes précis en chirurgie du genou. C’est avec cette volonté que nous avons élargi et modifié régulièrement le comité d’organisation pour inclure du sang neuf depuis 2010. Et nous avons eu le plaisir d’être rejoints par Ian Victor, Romain Seil, Philippe Neyret et Sebastien Parratte entre autres qui ont chacun aidé à étendre la vision du « Knee Course ».

Il y a dû y avoir des moments mémorables ?

Il est certain que le contexte un peu particulier de station de ski de haute montagne permet une convivialité. Nous avons pu faire venir des super stars : Kurosaka, Oshi, Amendola, Harner… comme beaucoup d’Européens et tous deviennent beaucoup plus accessibles avec des contacts humains facilités. Je suis toujours surpris par les échanges de haut niveau et l’apport d’expérience de chacun, y compris des participants, notamment dans les débats. J’ai d’ailleurs modifié ma voie d’abord des prothèses de genou suite aux discussions que nous avions eu avec un participant à l’occasion d’un « Knee Course », ce qui témoigne exactement de l’objectif principal de ce cours, à savoir le partage. Sur le plan des anecdotes, il y a eu un participant Polonais qui avait plus fréquenté les pistes que le congrès et qui est venu nous demander par hasard le dernier jour à Philippe et moi si on trouvait ce congrès intéressant… Un souvenir mémorable c’est celui où Mike Carmont a donné sa communication avec sa fille de 1 an dans les bras. C’était un moment unique difficile à imaginer survenir ailleurs ! Il y a eu aussi ma fracture de cheville que chacun voulait examiner… Je me suis bien garder de la confier. 

Mais pourquoi Val D’Isère ?

Honnêtement, comment rêver d’un cadre plus attractif pour un congrès au mois de janvier ? Quand on a décidé de faire ce cours avec Philippe Landreau, il n’y avait que des points positifs pour choisir Val d’Isère : c’est une référence et un nom connu dans le monde entier, une station de sports d’hiver attractive. Evidemment ce n’est pas la seule en France à avoir ces atouts, mais là, on instaurait en date et lieu, une complémentarité avec l’épaule, que nous trouvions favorable en terme d’image. Tous ces éléments permettaient d’allier en parallèle des échanges scientifiques  avec un peu de temps libre pour ceux qui souhaitaient profiter des montagnes enneigées.

Alors pour cette année, que nous avez-vous préparé ?

Il s’agit de la 7e édition et nous avons inclus pour le comité d’organisation, 2 nouveaux membres plus jeunes : Sébastien Lustig et Nicolas Graveleau. Pour rendre le congrès encore plus interactif, nous avons créé des sessions de cas cliniques venant des chirurgiens participants. Ils ont été soumis à l’avance et ont été sélectionnés en fonction des thèmes journaliers.  Cette année nous avons choisi des sujets passionnants qui n’avaient pas été traités depuis longtemps, pour les mettre à jour : les prothèses du genou difficiles, l’arthrose unicompartimentale, la chirurgie du cartilage et enfin les lésions multi-ligamentaires aiguës et chroniques. Le fil rouge sera « les difficultés techniques et les solutions possibles ». Certains VIP nous ont fait l’amitié de venir de très loin comme Myles Coolican de Sydney ou Willem Van der Merwe de Cape Town, pour compléter une faculty européenne de grande qualité.

Qu’est-ce qui vous a amené à la chirurgie orthopédique ?

C’est plutôt atypique ; je suis en fait une anomalie dans ma famille. Je viens d’une famille d’artistes, avec un père musicien et une mère actrice de théâtre. Ils ont dû gagner leur vie ensuite dans d’autres métiers. Je me rappelle, étant enfant, d’une affiche dans le salon familial qui montrait un dessin d’une main multicolore. Enfant, ma mère me disait que je serai chirurgien. Ca m’a probablement marqué. J’ai effectivement commencé un cursus de chirurgie de la main. A Marseille la main était prise en charge par les plasticiens, je me suis orienté définitivement vers l’orthopédie générale avec une passion personnelle pour le sport, que j’ai toujours pratiqué, et sa traumatologie. 

Quelle a été votre parcours professionnel ?

J’ai effectué mon internat à Marseille. A  l’occasion de mon premier choix en 81, j’ai été frappé par un événement : un interne en fin de cursus, Claude Mailender, pratiquait une arthroscopie « à l’œil » en orthopédie pédiatrique. Je ne sais pas pourquoi mais cela m’a immédiatement paru être une technique d’avenir. Les autres spécialités s’engageaient dans la chirurgie endoscopique. J’ai alors eu la chance de baigner dans le grand remous du développement de l’arthroscopie pendant tout mon internat. Mes Maîtres Pierre Groulier et Georges Curvale qui est devenu un ami, étaient toujours bienveillants et nous encourageaient à développer les techniques nouvelles quand elles étaient raisonnées et de bon sens. Ces deux figures de la chirurgie Marseillaise nous ont poussé à développer la chirurgie arthroscopie.

Vous devez avoir vécu des moments épiques à cette époque où les techniques arthroscopiques n’étaient pas aussi codifiées ?

J’ai une très belle anecdote en tête, avec Jean-Pierre Franceschi qui était dans le même service que moi, comme Médaille d’Or. Un jour au bloc, en 1987 ou 88, j’essayais péniblement de réaliser une reconstruction du ligament croisé sous arthroscopie, et à l’époque, croyez-moi, sans ancillaire c’était long et acrobatique. Jean-Pierre passe la tête par la porte et me lance sur le ton de la rigolade « Qu’est-ce que tu perds ton temps ! ». Quand on sait le succès par la suite de sa carrière comme « arthroscopeur » hors-pair, en y repensant, je trouve ça vraiment cocasse. L’ambiance était innovatrice et familiale.

Et comment êtes-vous arrivé à la chirurgie du genou ?

C’était l’époque où on développait la chirurgie arthroscopique de toutes les articulations. Et j’avais une affinité particulière pour la chirurgie du sport par ma pratique extra professionnelle. J’ai naturellement développé petit à petit une activité de traumatologie du sport et ipso facto de chirurgie du genou. Je me suis installé à l’hôpital d’Aix-en-Provence pour continuer à développer cette activité, puis après quelques années, les contraintes administratives m’ont poussé à m’installer en privé. Ma secrétaire et mon instrumentiste m’ont suivi en clinique ainsi que les internes des hôpitaux qui suivaient le DIU d’arthroscopie. J’ai pu fonder un centre de traumatologie du sport privé et continuer également une activité scientifique. Le genou représente avec l’épaule mes 2 secteurs principaux d’activité.

A ce propos, quelle est votre implication dans les différentes sociétés savantes ?

Comme je vous l’ai dit précédemment, j’ai cru dès le début en l’arthroscopie et, j’ai décidé d’aller visiter les collègues qui s’y impliquaient tant au bloc qu’en consultation. Je me suis alors déplacé pour aller voir ces collègues. Ces voyages furent très enrichissant et ont permis de tisser des liens. Naturellement je me suis retrouvé impliqué dans des sociétés savantes. J’ai ainsi été très tôt engagé dans la SFA, ayant même été le membre le plus jeune du bureau à 34 ans, grâce au soutien de Philippe Beaufils et Henri
Coudane. Je suis resté dans ce bureau pendant 12 ans, jusqu’en 2004. J’y ai aidé au développement du « travelling fellowship » à la suite d’André Frank. J’ai été responsable de l’enseignement et notamment coordonnateur du DIU d’arthroscopie pendant 6 ans. J’ai également été en charge de la création en 2000 du centre de formation sur spécimens anatomiques à Strasbourg, l’IRCAD devenu EITS. J’ai été le directeur des cours pendant plus de 10 ans. Ce centre a été et est toujours un des fleurons de la formation arthroscopique en Europe. Après la SFA, je me suis impliqué dans la Société Française de Traumatologie du Sport dont j’ai été membre du bureau pendant 6 ans.

Et au niveau international ?

J’ai également été membre du bureau de la Fédération Européenne de Traumatologie du Sport  avec l’honneur d’en être président de 2010 à 2013. Cette Société fait partie désormais de la branche « sport » de l’ESSKA. Et puis j’ai assisté à la naissance de l’ISAKOS à Hong Kong en 1995, société dans laquelle je me reconnaissais. J’ai été assez actif au sein de l’Arthroscopy Committee puis en charge de l’ « Orthopædic Sport Medicine Committee » pendant 4 ans et suis impliqué à présent dans le « Knee Arthroplasty Committee ». Ces sociétés internationales m’ont beaucoup apporté mais surtout m’ont permis de créer des liens dans le monde entier que j’essaie d’entretenir en voyageant. Et puis environ tous les 3-4 ans j’essaie de participer à une mission humanitaire, souvent à titre individuel. Je suis ainsi allé au Nicaragua, au Cambodge, au Népal...

En dehors de toutes ces activités cliniques et scientifiques, quels sont vos autres centres d’intérêts ?

J’ai 3 hobbies. Tout d’abord le rugby, mon sport de toujours, qui véhicule des valeurs importantes comme l’effort, le partage et l’esprit d’équipe. Ca m’a occasionné récemment une belle rupture du long biceps avec les anciens : diagnostic immédiat d’où l’importance d’une formation solide en traumatologie du sport !

Puis l’aviation générale. Etant pilote, cela me permet d’aller régulièrement en congrès aux commandes. Enfin j’ai gardé une tendresse particulière pour le monde artistique, et je suis heureux que, parmi mes 4 enfants dont je suis extrêmement fier, l’un deux ait pris le relais comme comédien.

Une recommandation que vous souhaiteriez faire à nos jeunes collègues ?

Beaucoup de jeunes chirurgiens orthopédistes sont consciencieux, appliqués sur une indication, une technique qu’ils maîtrisent parfaitement. Mon conseil serait d’être et de rester ouvert aux raisonnements plus qu’aux recettes. Et pour çà, il faut être curieux et se confronter à d’autres idées, d’autres savoir faire. Rien de mieux que d’aller à la rencontre des autres en consultation, au bloc pour apprendre et progresser. Voyagez, visitez ! Ce n’est pas toujours évident pour un jeune orthopédiste mais il faut faire cet effort car Ce ne sera pas plus facile ensuite. Je l’ai toujours fait depuis mon internat et je le fais encore régulièrement. Cela m’a beaucoup apporté, j’ai rencontré des gens formidables et cela m’a aidé à devenir aujourd’hui le praticien que je suis.

Paru dans le numéro N°270 - Janvier 2018