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FARID ISMAEL

Paru dans le numéro N°269 - Décembre 2017
Entretien consulté 997 fois

FARID ISMAEL

Farid Ismael est le président de la SMA, la Société Marocaine d’Arthroscopie.

Monsieur Farid Ismael vous êtes le président de la SMA, la Société Marocaine d’Arthroscopie, est-ce que vous pouvez nous présenter votre société ?

La Société Marocaine d’Arthroscopie est une société très jeune. Elle fête cette année le dixième anniversaire de sa création. Elle a été créée pour répondre au besoin des orthopédistes marocains d’avoir une entité qui pourrait se consacrer à faire la promotion de l’arthroscopie auprès des autorités, de faire la formation continue de ses membres et d’avoir un cadre pour partager l’expérience marocaine.

Les promoteurs de la SMA ont voulu que cette initiative s’inscrive sous l’égide de la SMACOT, la Société Marocaine de Chirurgie Orthopédique et Traumatologique, et que la SMA soit une de ses sociétés filles. C’est donc sous l’initiative du bureau de la SMACOT que les statuts provisoires et l’assemblée générale constitutive ont été préparés et organisés. Depuis, cinq présidents se sont succédés :
A. Largab, Feu A. M. Sadik, M. Arssi, MS Berrada et MR Haddoun. Actuellement, la SMA est composée de près de 200 membres actifs. Elle organise chaque année un congrès national et publie une revue dédiée à l’arthroscopie qui est devenue un numéro spécial de la revue de la SMACOT.

Le premier congrès de la SMA a eu lieu à Marrakech dans une ambiance ouverte, décontractée et sous l’impulsion des « jeunes ». L’engouement des orthopédistes marocains par leur participation et leur nombre ont confirmé l’engagement des marocains pour le développement de l’arthroscopie. 

Il faut savoir que l’arthroscopie marocaine a débuté tardivement.  Dans les années 80, le nombre de chirurgiens orthopédistes se limitait à quelques dizaines de chirurgiens. La priorité était de traiter les lésions traumatologiques et infectieuses.  De plus, l’équipement en matériel d’arthroscopie était restreint à quelques formations notamment privées. La majorité des pionniers avaient acheté à leurs frais tout l’équipement pour pratiquer l’arthroscopie. Depuis le début des années 2000, les colonnes d’arthroscopies ont été acquises progressivement et les actes d’arthroscopie ont augmenté progressivement.

Un but important de la création de la SMA était d’établir des liens avec les différentes sociétés d’arthroscopie à travers le Monde pour bénéficier de leurs expériences et leur savoir-faire notamment dans la formation continue. 

Dans ce volet, l’apport de la SFA lors de nos congrès a été très important. Dès notre premier congrès, elle a été présente pour partager avec nous leur expérience et participe habituellement à toutes nos manifestations. Depuis quelques années, un résumé des symposiums, présentés en décembre en France lors du congrès de la SFA, sont présentés en février au congrès de la SMA.

Pour la formation continue, l’expérience de la SFA dans le DIU d’arthroscopie a été un modèle pour nous. Dès la création de la SMA, nous avons sollicité la SFA pour nous aider à lancer notre DU. Le DU d’arthroscopie marocain a été inscrit au Maroc dans deux facultés : à Rabat par le Pr MS. Berrada, et à Casablanca par le Pr A. Largab.

Le DU marocain se déroule sur deux ans et se répartit en 3 sessions : la session sur le genou, la session sur l’épaule et la session sur les autres articulations. La première session est toujours organisée juste avant le congrès de la SMA pour profiter des enseignants présents au congrès. Pour la première promotion du DU marocain, pendant la présidence du Dr JF Potel, : pratiquement tous les orateurs étaient des formateurs du DIU français. Progressivement, les enseignants marocains ont assuré les différents cours, d’abord dans la session du genou qui, maintenant, se fait entre Marocains. Pour la session de l’épaule, on a assuré cette année 80% des présentations. Pour les articulations de la hanche et du poignet, nous faisons appel à des experts français. Les différentes promotions du DU d’arthroscopie ont permis de former plus de la moitié des membres de la SMA. Nos efforts mutuels ont fini par payer et on peut se féliciter des progrès accomplis au Maroc grâce à cet enseignement.

Dans le cadre du DU, y a t-il une formation pratique aussi ?

Pour la partie théorique, on s’est largement inspiré du DIU français. Quant à la partie pratique, on a eu plus de difficultés notamment pour les premières promotions. Nous nous sommes heurtés à plusieurs obstacles : un grand nombre de participants au DU étaient des seniors avec des responsabilités dans des services de traumatologie-orthopédie ; peu de services étaient équipés en matériel d’arthroscopie et comment choisir les formateurs ? C’est pourquoi nous avions décidé que pour valider la partie pratique, chaque candidat devait justifier la participation à 20 interventions d’arthroscopies, dans les CHU de Rabat et Casablanca, sous la direction d’un formateur du DU marocain.  Pour compléter la partie pratique, on organise chaque année deux à trois séminaires de démonstration chirurgicale animés par des experts de la SFA et de la SMA.  La présence y est obligatoire pour les participants au DU.  Ils doivent participer aux interventions au bloc opératoire à tour de rôle.  Actuellement, les choses ont progressé, les différents CHU du Royaume sont équipés et sont d’excellents relais de formation.  Ce sont devenu des terrains de stage pour la formation pratique. Tout cet encadrement est validé et amélioré régulièrement par les directeurs du DU.


Que manque-t-il à cette formation ?

Il me paraît important de signaler un manque crucial, à savoir la non disponibilité de laboratoire d’anatomie avec cadavres. Cette absence est un réel handicap car sans mise à disposition de cadavres aux chirurgiens, il est difficile de prétendre passer à la maîtrise de la pratique de nouvelles techniques.  Mon ambition est de réussir à mobiliser les différents acteurs de la Santé sur ce sujet. Nous avons sensibilisé la SFA à cette problématique, et son bureau nous a accordé depuis deux ans deux bourses pour un cours sur cadavre.

Ça c’est pour la formation. Aujourd’hui qu’attendez-vous de la SFA ?

Je dois tout d’abord en mon nom et au nom des arthroscopistes marocains remercier la SFA.  La SFA a toujours été présente à nos côtés. Grâce à son concours, nous avons organisé nos premiers congrès et notre DU d’arthroscopie. Le contact a toujours été fluide avec les différents bureaux de la SFA. Les présidents de la SFA nous ont tous fait l’honneur d’être présents dans nos congrès : P. Djian, JF Potel, C. Hulet, Ph Colombet, O. Courage et N. Graveleau. Toute cette coopération institutionnelle et transfert de savoir a permis de donner un véritable coup de fouet à la pratique de l’arthroscopie au Maroc. Mon souhait serait que cette coopération avec la SFA, basée sur l’amitié des hommes, continue et progresse.

Quels sont les freins au développement de l’arthroscopie au Maroc ?

Je pense que le principal frein est l’absence de reconnaissance des actes d’arthroscopie par les autorités et les organismes de remboursement de soins. Les actes faits en arthroscopie sont remboursés de la même façon qu’en chirurgie ouverte. De plus, aucun implant ni dispositif médical ne sont remboursés par les organismes gestionnaires. Dans ces conditions, il est très difficile de faire évoluer la chirurgie arthroscopique. Cette non-reconnaissance est le fait de nomenclatures obsolètes. Pour les actes médicaux, on a adopté la NGAP française qui a été abandonnée en France en 2005. Depuis 12 ans, elle n’a pas évoluée... Notre espoir, c’est que le Ministère de la Santé adopte une nouvelle nomenclature dérivée de la CCAM avec la création d’actes réalisés sous arthroscopie, associée à l’adoption d’une nouvelle nomenclature des dispositifs médicaux et un remboursement adapté à la réalité économique marocaine. Nous avons besoin de cette volonté politique pour que l’arthroscopie marocaine puisse évoluer et faire profiter les patients marocains des techniques chirurgicales et arthroscopiques récentes.

Comment avez-vous organisé votre venue à Marseille ?

Lorsque O. Courage nous a annoncé que la SMA était retenue comme société invitée de la SFA après les Etats Unis, tous les Marocains ont été très honorés. Nous l’avons compris comme la reconnaissance d’une ancienne et profonde amitié qui s’est affermie au cours de ces 10 ans de collaboration et de confraternité entre la SFA et la SMA.  Mais nous l’avons également ressenti comme une grande responsabilité. C’est pourquoi l’assemblée générale de la SMA puis de la SMACOT ont décidé de s’unir pour que la délégation marocaine soit la plus nombreuse à la SFA 2017. A cet effet, B. Chagar, président de la SMACOT, a proposé de déplacer les journées d’automne de la SMACOT à Marseille, ce qui apporte un soutien financier important. A. Sbihi, président du congrès de la SFA à Marseille est venu dans notre congrès en février 2016 pour en faire la promotion et sensibiliser les laboratoires et maisons de matériel pour sponsoriser le voyage et donner la préférence à ce congrès pour 2017. Nous comptons être plus de 100 représentants de la SMA à Marseille. Sur le plan scientifique, la SFA nous a accordé une plage horaire pour la SMA où nous allons présenter une table ronde sur « l’Arthroscopie autour des fractures du genou » et une session de communications libres. La SMACOT aura également une plage horaire de deux heures pour ses travaux.   

Combien y a-t’il de membre dans la SMA ?

La SMA compte aujourd’hui 150 membres titulaires dont 87 diplômés du DU d’arthroscopie marocain. Au cours de nos congrès nous sommes régulièrement plus de 200 chirurgiens. L’organisation de nos congrès est très dépendante des sponsors.  Lors des premiers congrès il y avait très peu de maisons de matériel au Maroc.  Nous avons régulièrement profité des congrès de la SFA pour leur demander de venir investir au Maroc.  Progressivement, ils sont de plus en plus présents, mais ils sont toujours heurtés au prix de remboursement.

Quelle formation avez-vous ?

J’ai fait toutes mes études médicales à la Faculté de Médecine et de Pharmacie de Rabat. Puis, j’ai poursuivi le cursus de la voie universitaire : interne du CHU Ibn Sina sur concours, puis assistant de chirurgie, puis maître-assistant de chirurgie sur concours. Après un cursus de deux ans en chirurgie générale ; j’ai rejoint comme maître-assistant de traumatologie-orthopédie, le service de feu le professeur M. ElManouar de l’hôpital Ibn Sina de Rabat. J’ai été pendant deux ans en stage de perfectionnement à Paris : la première année dans le service du Pr JY Alnot, à l’hôpital Bichat et la deuxième année dans le service du Pr JY Nordin, à l’hôpital Kremlin-Bicêtre. Puis j’ai fait un séjour de trois mois à San Antonio, Texas dans le département du Pr CA. Rockwood.  De retour au Maroc, j’ai achevé mon cursus universitaire en obtenant mon agrégation de traumatologie-
orthopédie. 

A Rabat, j’ai toujours exercé dans le service de traumatologie-orthopédie de l’hôpital Ibn Sina qui est rattaché à la Faculté de Médecine et de Pharmacie de Rabat. Dès mon retour de France, j’avais l’ambition de relancer l’arthroscopie. C’était sans compter le manque d’équipement en arthroscopie et surtout le volume important de cas de traumatologie. Mon chef de service m’avait dit  : « tu es bien gentil avec ton arthroscopie mais la traumatologie est prioritaire ! ».
Pendant cette période, j’ai pu continuer à progresser en assistant mon père dans le privé.  Finalement après beaucoup d’efforts, on a finalement obtenu une colonne d’arthroscopie complète !!!
J’ai dû d’abord me consacrer au genou et progressivement, on a commencé à relancer l’épaule. Au total, j’ai exercé pendant 21 ans au sein du CHU. En 2015, j’ai rejoint le secteur privé, où j’exerce dans le cadre d’une association avec mon père, le Pr A. Ismael.

Où est-ce que vous avez appris l’arthroscopie ?

Actuellement, dans mon activité, l’arthroscopie représente 30 à 35 % de mes patients. Finalement, c’est très important !!! Pour la partie théorique de ma formation : j’ai été lauréat du DIU d’arthroscopie de la SFA en 1999 pendant mon stage à Paris. Mon maître de stage était Dr R. Bleton et on faisait essentiellement de l’épaule. J’ai par ailleurs assisté à différents cours sur cadavre en France et en Espagne avec mon ami Dr S. Karrakchou. Nous avons eu la chance de visiter d’importantes équipes pour le genou : Ch. Delavigne et l’unité de la clinique de Mérignac où on nous a enseigné la ligamentoplastie au DIDT et JF. Potel à Toulouse. Pour l’épaule, j’ai profité de l’enseignement de M. Duport de Toulouse et surtout de A. Ezzahoui à Macon.

Paru dans le numéro N°269 - Décembre 2017