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CHRISTOPHE GLORION

Paru dans le numéro N°268 - Novembre 2017 - Cahier 1
Entretien consulté 1413 fois

CHRISTOPHE GLORION

Christophe Glorion est, comme il aime à se définir, orthopédiste d’enfant.
Il est chef de service à l’hôpital Necker-Enfants Malades de Paris.
Son prestigieux service est l’aboutissement de fusions subintrantes qu’il a su gérer avec diplomatie.

Quels sont les domaines, dans lesquels vous vous impliquez particulièrement ?

D’abord j’essaie de m’intéresser à tout ce que l’on fait dans le service parce que je pense que c’est le rôle d’un chef de service. Mais évidemment, j’ai été obligé de restreindre un peu le champ de mes d’activités et je fais principalement du rachis, de la rhumatologie, des tumeurs et un peu de hanches. Le rachis c’est indispensable pour un service d’orthopédie pédiatrique et c’est une chirurgie très intéressante mais ingrate, difficile et dangereuse. Je dispose d’une équipe assez étoffée et assez expérimentée pour pouvoir répondre à la demande puisque nous avons, en plus de toutes les déformations idiopathiques et malformatives, un recrutement important de maladies neuromusculaires et d’enfants handicapés. La fusion avec l’équipe de Saint Vincent de Paul a augmenté spécialement le recrutement de ces derniers patients. Notre activité dans les maladies osseuses constitutionnelles est importante, Georges Finidori a fait un gros travail dans ce domaine, en particuliers pour l’ostéogenèse imparfaite. Notre collaboration avec les neurochirurgiens est très utile. Je me suis mis à cette chirurgie parce que quand j’ai débuté ma formation aux Enfants Malades puis à Garches avec  Monsieur Pouliquen, il se faisait beaucoup de rachis. Par la suite, j’ai continué par nécessité. Evidemment cette chirurgie m’intéresse mais peut-être à un moindre degré que celle des tumeurs qui me passionne.

Et la rhumatologie ?

La rhumatologie pédiatrique à l’hôpital des Enfants Malades avait été organisée par Anne Marie Prieur et Philippe Touzet qui ont participés de façon internationale à beaucoup de démembrement de pathologies. Principalement l’arthrite juvénile idiopathique dont la thérapeutique pendant très longtemps était assez limitée et l’évolution articulaire désastreuse. Philippe Touzet a été de ceux qui ont commencé à faire des arthroplasties prothétiques chez les enfants et après sa disparition prématurée j’ai continué cette activité qui était non négligeable. Nous avons fait 25 programmes de reverticalisation avec 4 prothèses chez des adolescents cloués au fauteuil depuis parfois 13 ans. Tout cela grâce à l’aide de Dominique Médevielle et Michel Bercovy, mes grands amis. Aujourd’hui, grâce aux biothérapies, le profil de la consultation de rhumatologie a complètement changé. Maintenant, on voit des enfants avec une ou deux articulations qui échappent au traitement mais on n’a plus ces enfants lourdement handicapés par la maladie destructrice et déformante.

Et il y a la traumatologie quotidienne…

Pour moi la traumato est une partie extrêmement importante de notre spécialité. C’est d’abord un domaine très intéressant sur le plan de la réflexion et de la réalisation et il n’y a pas de meilleure école pour apprendre l’orthopédie. Ensuite c’est un vrai problème de santé publique, et aucun d’entre nous n’accepterait que l’un de ses enfants ou petits-enfants ne soient pas pris en charge au mieux en cas d’accident. Je suis donc très attaché à la qualité de la prise en charge de la traumatologie et je participe tous les matins au staff et je continue à prendre des gardes. Parce que je veux continuer à savoir ce qui se passe et je pense qu’on ne peut pas éduquer les jeunes chirurgiens sur ce qu’on ne sait pas faire.

Vous agissez partout !

Non, mais j’assiste à toutes les réunions de surspécialités. D’abord parce que ça m’intéresse et que j’y apprends des choses et ensuite parce que je pense que cela fait partie de mon rôle que de porter un intérêt à ce que font les différents membres de l’équipe. Je suis partie prenante dans le staff de tumeur et dans le staff du rachis. Par contre dans d’autres domaines je suis en retrait. Par exemple en ce qui concerne la paralysie cérébrale j’ai découvert l’analyse quantifiée du mouvement grâce à Nejib Khouri, Alina Badina et Eric Desailly qui font fonctionner le laboratoire d’analyse de la marche à Saint Fargeau et dans lequel nous sommes partie prenante. Pendant des années, j’ai traité des enfants à partir d’un examen clinique, de discussions avec les neuro-pédiatres ou avec les rééducateurs, et on pensait que c’était nécessaire et suffisant. Quand l’analyse quantifiée du mouvement est arrivée on a évidemment vu qu’il y avait un grand intérêt dans cette exploration. Maintenant on sait que c’est indispensable d’une part parce que ça aide dans la décision et d’autre part ça permet de contrôler ce qu’on a fait.

En chirurgie pédiatrique, la prise en charge de l’inquiétude des familles  est particulièrement délicate…

C’est une préoccupation majeure. Je dis aux nouveaux internes quand ils arrivent de leur service d’adulte : auparavant vous aviez en face de vous un patient responsable, mais maintenant vous avez un enfant et cet enfant a des parents. Vous allez être obligé d’expliquer et de justifier votre traitement auprès des parents et cela va être plus difficile. Là-dessus c’est certain que la société a beaucoup évolué et que l’on ne peut plus dire comme autrefois : il y a telle lésion et donc tel traitement s’impose et c’est comme ça ! Cela dit, la vulgarisation de l’information chirurgicale ne rend pas forcement les choses difficiles. Beaucoup de familles sont déjà au courant des possibilités et on n’a plus qu’à clarifier et à insister sur les avantages et les inconvénients de telle ou telle intervention. Mais cela oblige de plus en plus à bien expliquer et dans les services de chirurgie pédiatrique c’est une tradition. De plus nous avons encore des staffs où nous faisons venir les jeunes patients que nous examinons à plusieurs. Nous pouvons ainsi discuter entre nous et expliquer ensuite aux parents la décision prise de façon collégiale. C’est une aide précieuse dans les indications difficiles et les familles apprécient beaucoup ces examens et  ces décisions en commun dans lesquelles elles ne perçoivent aucun voyeurisme. C’est pour cela que nous avons maintenu ces staffs même si ils sont mal vus par nos tutelles.

Quand êtes-vous  arrivé à Necker- Enfants Malades ?

J’ai été interne en 1988 puis chef de clinique à l’Hôpital des Enfants Malades de 90 à 92 chez Monsieur Rigault qui était un chef d’école reconnu et très rigoureux. Il avait un côté un peu martial. Il prenait des décisions tranchées avec des arguments qui étaient peut-être parfois discutables mais une fois que la décision était prise, il fallait s’y tenir. Quand on sortait des Enfants Malades on avait acquis « certaines idées » bonnes ou mauvaises mais on était formaté. C’était une approche décisionnelle très différente de celle par exemple de Monsieur Carlioz qui aimait balayer le champ du possible et qui laissait toujours planer un petit doute sur la légitimité de ses arbitrages.  Monsieur Rigault a écrit je pense sur toutes les maladies ou sur toutes les opérations parce qu’il arrivait à faire écrire ses collaborateurs. Il était entouré de chirurgiens exceptionnels : Jean Claude Pouliquen qui sera mon patron de cœur et Jean Paul Padovani qui était l’homme de l’ombre mais qui savait tout et qui faisait tout dans le service avec une gentillesse et une disponibilité légendaires. Ensuite je suis parti à Garches pour devenir l’assistant de Monsieur Pouliquen et avec le projet d’une carrière hospitalo-universitaire. J’ai été nommé PHU en 93, puis PU-PH en 95 et finalement je suis revenu aux Enfants Malades en 1998.

Comment avez-vous rencontré Jean Claude Pouliquen ?

A la fin de mon internat chez Monsieur Rigault, j’ai fait deux ans de clinicat chez Daniel Goutallier à Henri Mondor, mon patron dont je suis resté très proche avec notre équipe de chefs et à qui je dois ma formation pour les adultes, puis je suis allé chef de clinique aux Enfants Malades. Alors que j’étais chef à Mondor, j’étais allé à un congrès à Marseille présenter un travail que j’avais fait durant mon internat chez Monsieur Rigault. Dans l’avion du retour, je me suis retrouvé assis aux côtés de Monsieur Pouliquen que je ne connaissais pas. Mais nous ne manquions pas de sujets de conversation. D’une part il connaissait bien mon père et j’étais dans la filiation Rigault qui avait été le maître de Pouliquen. On a parlé de l’avenir de la chirurgie pédiatrique et du mien et 15 jours après il m’appelait pour me proposer de venir travailler avec lui.

Vous n’aviez-pas d’autre projets ?

Mais si, à la fin de mon clinicat parisien à Mondor puis aux Enfants Malades, je devais m’installer à Tours, la ville où j’ai grandi, fait mes études et même été en échange chez Jean Castaing. J’avais été bien nommé à Tours mais j’avais choisi Paris parce que ça me paraissait délicat de rester là où mon père était professeur et chef de service. Mon installation avec Jean Lannelongue était prévue, mais Monsieur Pouliquen m’a fait une proposition « you can’t refuse ! ».

Comment était-ce à Garches ?

Idéal, un service très agréable, dirigé admirablement par Mr. Pouliquen. Nous avions notre bloc opératoire avec deux grandes salles d’opération, une salle de plâtre, un espace de repos et un personnel entièrement dédié. Pour vous donner un aperçu de ce paradis perdu, imaginez que quand nous arrivions au bloc le matin la scoliose dormait et était déjà installée ; nous n’avions plus qu’à vérifier que c’était correct et on pouvait commencer. Aujourd’hui, à l’hôpital des Enfants Malades si je ne suis pas dans la salle d’opération, le malade n’est pas installé et je dois être présent du début à la fin. Mais n’épiloguons pas sur nos conditions de fonctionnement à l’AP-HP et sûrement ailleurs. Les pleins pouvoirs d’une administration pachidermique et incompétente ont maintenant leurs résultats édifiants. Mais soyons très objectifs, nous, médecins et chirurgiens, avons fait ce qu’il fallait pour laisser cette situation se dégrader en ne proposant pas nous même des projets médicaux ou de spécialités ficelés qui auraient été difficiles à refuser par notre chère administration.

Revenons à Garches et à Monsieur Pouliquen ..

J’avoue que j’étais très admiratif des qualités professionnelles et humaines de Monsieur Pouliquen. Il avait la rigueur de Monsieur Rigault mais  sans sa rigidité. Il aimait se tenir au courant de l’évolution dans tous les domaines. C’était un des premiers à avoir informatisé son service en 89. C’était un organisateur né et il faisait tout pour que ça marche pour tout le monde. Il parlait peu, cependant nous avons eu un lien très proche et il n’y a jamais eu de zones troubles entre nous. Jean Claude Pouliquen était un chirurgien hors pair. J’ai beaucoup opéré avec lui. On disait qu’il était un opérateur rapide car ses interventions ne duraient jamais longtemps. Moi je n’ai jamais vu quelqu’un avoir des gestes aussi lents pendant une opération. Ses opérations ne duraient pas longtemps parce qu’il n’était pas tout le temps en train de changer d’instrument. Quand on faisait une ostéotomie du fémur, la rugine droite on l’utilisait pour tout ce qu’il y avait à faire avec la rugine droite et une fois qu’il l’avait posée, il en avait fini avec.  Combien en voyons-nous poser et reprendre les mêmes instruments sans cesse ? En fait les « bons » opérateurs ne sont pas des opérateurs rapides mais des opérateurs méthodiques.

Comment cela s’est-il  passé pour vous ?

Je suis parti à Garches en 92 avec le projet d’y rester. En fait en 95 l’Assistance Publique a demandé à Monsieur Pouliquen de prendre la succession de Monsieur Rigault et de fusionner son service de Garches avec celui des Enfants Malades. C’était une proposition inhabituelle pour l’époque et le patron m’a dit : on ne peut pas ne pas y aller ! Je dois dire que je n’étais pas très emballé parce que je redoutais la complexité de l’organisation de l’hôpital des Enfants Malades et je savais qu’on quittait un havre de paix. Mais lui avait compris que les petites structures ne pourraient pas perdurer et que de toute façon il faudrait regrouper les services. La fusion des services a été compliquée par le décès de Philippe Touzet qui était le numéro 2 universitaire du service de l’Hôpital des Enfants Malades. Il a fallu s’articuler avec les soignants sur place pour recréer une équipe harmonieuse, ce qui a demandé du travail, de la diplomatie et des décisions.

Ce n’est pas la seule fusion à laquelle vous avez participé ?

Effectivement, il y a eu ensuite la fusion avec Saint-Vincent de Paul de nature différente parce qu’imposée par l’université. J’étais très perplexe car c’était un peu le mariage de la carpe et du lapin. Il a fallu énormément de diplomatie. Mais j’ai tout fait pour que cette équipe soit accueillie dans les meilleures conditions. Finalement Monsieur Seringe n’est pas venu car il était à la retraite et j’ai pu faire des équipes avec les fortes compétences qui nous venaient de Saint Vincent de Paul : Lotfi Miladi pour le rachis, Eric Mascard pour les tumeurs, Philippe Wicard pour l’orthopédie néonatale chère à son maître. Aujourd’hui, Eric Mascard et Stéphanie Pannier s’occupent des tumeurs des Instituts Gustave Roussy et Curie en plus du recrutement propre du service. Ce qui fait qu’au total nous avons une activité de tumeurs qui est très importante. Nous avions notre fort pôle de maladies osseuses constitutionnelles avec Georges Finidori qui est resté pour moi maître, collaborateur et ami, Zaga Péjin et Vicken Topouchian. Pour le membre supérieur Arielle Salon, Stéphanie Pannier et Stéphane Guéro. La fusion a été effective et je ne suis pas trop mécontent de l’évolution humaine des choses. En termes de moyen je suis moins satisfait. Saint-Vincent de Paul c’était une équipe avec une bonne activité et donc les moyens nécessaires auraient dû augmenter. Hélas aujourd’hui nous n’avons pas plus de salle d’opération et même moins !

Qu’est-ce qui a changé ces 20 dernières années dans la prise en charge des pathologies ? Le traitement des scolioses par exemple …

Ce qui a changé pour nous dans l’approche de la scoliose, c’est certainement un allègement de la prise en charge des patients grâce à une conception qui a été mise au point par Lotfi Miladi. Et c’est certainement un des fruits positifs de la fusion avec Saint Vincent de Paul. Aujourd’hui, on traite les déformations importantes dans les maladies neuromusculaires, chez les enfants handicapés par des procédures qui sont beaucoup plus simples avec des durées d’intervention moins longues et nous espérons des taux moindres de complication. La technologie a évoluée et nous disposons maintenant des matériaux pour le rachis qui vont nous permettre de nous occuper de déformations chez des enfants assez jeunes en ayant la possibilité d’accompagner la croissance sans être obligé de les réopérer. Ce qui nous permet de faire des interventions un petit peu plus précocement alors qu’avant nous devions attendre avec l’inconvénient d’être confrontés à des déformations plus importantes. En matière d’allongement de membre, la fixation externe a aussi  évolué et il y a maintenant des fixateurs externes qui permettent de faire des corrections que nous n’étions pas capables de faire auparavant. Les clous d’allongement se sont sophistiqués et sont devenus électromagnétiques ce qui facilite énormément l’allongement. Le dernier exemple qu’on pourrait prendre, mais il y en a bien entendu d’autres ce sont les prothèses de croissance après résections tumorales où maintenant avec les allongements électromagnétiques on peut utiliser des prothèses chez les enfants assez jeunes et avoir des résultats sur les inégalités.

Et à la hanche ?

La chirurgie de la hanche, neurologique, congénitale ou malformative reste toujours aussi passionnante, certainement un peu plus sophistiquée dans ses indications grâce à l’apport de l’imagerie et en particulier du scanner qui permet d’avoir des indications plus précises. Nous avons toujours une activité importante de luxation congénitale. Nous revenons un peu en arrière. C’est-à-dire que nous avons en permanence dans le service trois enfants en traction pour une luxation congénitale qui peut être soit un échec de traitement d’une luxation vue tôt, soit d’une découverte à l’âge de la marche. Cette situation qui était exceptionnelle devient à présent moins rare. La chirurgie de la hanche dans l’épiphysiolyse avec les ostéotomies du col a pris de l’importance, les épiphysiolyses instables à grand déplacement devenant beaucoup plus nombreuses. L’expérience de Néjib Khouri dans l’opération de Dunn est précieuse. 

Pourquoi plus de luxations congénitales ?

Parce que le dépistage relève de la compétence des pédiatres et que leur formation à cet égard et peut-être leur vigilance ont diminué.  Il y a un gros travail qui a été fait récemment par Christian Morin et Philippe Wicart avec la Haute Autorité de Santé afin de restimuler les pédiatres. Mais il ne faut pas exagérer non plus le problème car le nombre n’est pas considérable. En ce qui concerne les techniques de traitement nous sommes restés, par rapport aux Anglo-Saxons, sur une approche toujours très orthopédique avec une réduction orthopédique suivie du traitement de la dysplasie résiduelle. Mais nous allons je pense vers une approche plus chirurgicale. C’est-à-dire que pour une hanche luxée à 13 mois, on peut attendre 18 mois pour lui faire tout.

Pourquoi avoir choisi de faire l’orthopédie pédiatrique ? Pour faire comme Papa ?

La vraie histoire, compte tenu de mon « hérédité » c’est que la chirurgie orthopédique n’était pas ma vocation. Je m’étais initialement orienté vers les études de vétérinaire qui était ma passion première et je n’ai pas réussi le concours d’entrée. Après j’ai voulu rentrer dans une école d’agriculture. En bref, j’ai grandi à Tours et je voulais être vétérinaire puis agriculteur et je n’ai réussi ni l’un ni l’autre. Mon père avec sa vision réaliste des choses et ne voulant pas me mettre la pression m’a dit un jour : tu peux toujours t’inscrire en médecine, la médecine mène à tout, ça c’était un bon conseil ! Je dois dire que c’est la seule fois qu’il a interféré dans mon parcours de médecin.

Mais comment expliquez-vous votre réussite au concours d’entrée en médecine ?

J’avais 20 ans, j’avais fait une prépa longue pour mes précédents concours et j’avais appris à travailler. Et puis il y avait aussi un couperet au-dessus de mon cou et il fallait que je réussisse quelque chose ! Mais je dois dire qu’une fois entré en médecine, ça m’a tout de suite intéressé. Par la suite, j’ai fait un remplacement de médecin généraliste qui m’a bien plu, mais j’étais très emballé par la chirurgie parce que dès la première année de médecine j’allais régulièrement au bloc et j’aidais mon père ou j’aidais Jean Lannelongue. J’ai ainsi pris goût pour la chirurgie mais sans avoir choisi l’orthopédie. C’est Jean Lannelongue qui était un peu mon mentor qui m’a inoculé le virus. Je me suis présenté à l’internat de Paris, de Tours et de Limoges et j’ai eu les trois en 1982. J’ai choisi Paris malgré les remontrances de notre Doyen d’alors, le célèbre André Gouazé.

Vous ne voulez pas rendre votre père responsable de votre carrière d’orthopédiste, alors qui allez-vous rendre responsable de votre carrière de chirurgien pédiatre !

Très probablement Monsieur Kassab. Durant ma deuxième année d’internat j’ai passé un an et demi en Tunisie à l’Institut (maintenant Kassab) de Ksar Saïd et là j’ai fait six mois d’orthopédie pédiatrique avec Maher Ben Gachem.  A vrai dire j’étais trop jeune pour le niveau de ce service mais c’est là que j’ai rencontré Monsieur Rigault qui à  l’occasion d’un congrès de la société tunisienne était venu faire une conférence sur l’opération de Colonna.

Vous êtes à la tête d’un service prestigieux, quelles réflexions sont les vôtres dans cette période particulière pour nos professions

D’abord, je mesure l’honneur que j’ai d’être à la tête de ce service dans cet hôpital. Nous avons la chance de bénéficier de l’histoire d’un grand service, d’un environnement chirurgical et médical d’un niveau exceptionnel, de la présence d’unités de recherche de haut niveau avec lesquelles nous avons la chance de collaborer pour certaines, la génétique en particulier avec Arnold Munnich, Valérie Cormier-Daire, Geneviève Baujat.

Nous avons une grosse équipe et peu de services en France sont dans cette configuration. C’est difficile à gérer, mais cela offre des possibilités formidables d’offre de soins, d’enseignement, de recherche clinique. J’ai une équipe qui travaille bien et beaucoup. Cependant je suis obligé de reconnaître que nous ne sommes pas au niveau international qui devrait être le nôtre pour la reconnaissance et la production scientifique. C’est ma responsabilité, mon activité clinique qui me passionne me prend beaucoup. Même si il faut reconnaître que la période est particulièrement difficile, je crois que nous ne pouvons pas dire que les moyens humains et matériels nous sont donnés pour assumer notre charge. L’hôpital est dans une mutation à laquelle les plus jeunes s’habituent progressivement. Pour être très honnête, cette mutation qui pourrait se résumer à quelques termes que sont : efficience, cibles, transversalité, mutualisation.... est sûrement indispensable, mais difficile pour ceux de ma génération. J’aimerai avoir envie de ne pas quitter le bel environnement de notre hôpital moderne à l’aune de ma fin de carrière. Malheureusement je dois avouer que j’y pense.

Je voudrais que notre spécialité qui n’a toujours pas de réelle identité soit plus attractive pour les plus jeunes. J’espère que la réforme des maquettes de l’internat ne va pas réduire cette attractivité. Il y a beaucoup à faire car après 25 années d’embellie, l’Orthopédie pédiatrique est en difficulté en dehors de quelques grandes villes universitaires. Notre lien indéfectible avec les Orthopédistes adultes, par l’intermédiaire de la Sofcot entre autres, nous permet d’avoir une existence très consistante. Mais il faut de nouveaux collègues pour mailler l’hexagone avec des équipes étoffées et une organisation régionale adaptée. Nous avons une Société Française d’Orthopédie Pédiatrique, très active, qui travaille main dans la main avec la Sofcot et il faut s’appuyer sur cette Société, qui a succédé au GEOP (Groupe d’étude en Orthopédie pédiatrique) fondé au début des années 80 par nos Maîtres.

Paru dans le numéro N°268 - Novembre 2017 - Cahier 1