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AMAR RANAWAT

Paru dans le numéro N°286 - Août / Septembre 2019
Entretien consulté 297 fois

AMAR RANAWAT

Hospital for Special Surgery – New York

Lyon Hip Arthroplasty 19 est dédié au bilan des performances des tiges fémorales.
Parmi les invités de marque, nous avons rencontré Amar Ranawat de l’Hospital for Special Surgery (HSS).
Il nous fait part des tendances actuelles de la PTH à New-York et nous donne des nouvelles de son père, célèbre pour sa contribution à la PTG moderne.

Quelle est votre pratique chirurgicale ?

Je me suis spécialisé  dans la PTH et PTG de première intention et dans les reprises et je fais plus de 650 cas par an au « Special Surgery » de New-York. C’est le plus ancien hôpital orthopédique des États-Unis et il s’y fait chaque année plus de 10 000 cas d’arthroplastie totale. Notre hôpital a acquis une réputation mondiale liée au niveau d’expertise de ses chirurgiens ainsi que de l’ensemble du personnel.

Quelle est la tendance en matière d’âge des patients ?

La tendance est en fait au rajeunissement, surtout pour la hanche. Nos études actuelles montrent que l’âge moyen des PTH est de 61 ans, alors que l’âge moyen des PTG reste légèrement plus élevé, soit 69 ans. La pathologie de la hanche a également une forte prévalence en pédiatrie. Il n’est pas rare de prendre en charge de jeunes patients atteints de dysplasie, de nécrose ou d’épiphysiolyse. Par conséquent, effectuer une arthroplastie totale de la hanche sur un patient d’une vingtaine d’années n’est pas exceptionnel.

Chez les jeunes, quel type de couple de friction utilisez-vous ?

Quel que soit l’âge du patient, j’utilise le même couple prothétique pour toutes mes hanches :
une tige sans ciment avec une tête céramique et une cupule sans ciment avec du polyéthylène hautement réticulé. Je crois que cette combinaison offre ce qu’il y a de mieux en termes de longévité et de sécurité. Je suis plus nuancé pour le genou. Chez les jeunes, j’utilise une fixation non cimentée avec un insert tibial en polyéthylène hautement réticulé. Chez les patients plus âgés, j’utilise une PTG cimentée postéro-stabilisée.

Peut-on affirmer aujourd’hui que le polyéthylène hautement réticulé a gagné la bataille des couples de friction ?

C’est certainement la situation actuelle. Toutefois, je ne crois pas que cela devrait nous empêcher d’explorer d’autres matériaux. À l’avenir, il se peut que nous ré-explorions le resurfaçage en céramique. Les avantages potentiels de la céramique sur céramique chez les jeunes patients méritent qu’on s’y intéresse.

Les réglementations actuelles n’encouragent pas ce type de recherche....

Bien sûr, mais nous devrions continuer à faire des recherches sur les couples de frottement. Souvenez-vous du problème du métal sur métal ?
Beaucoup de chirurgiens ont dit que ça marchait très bien et ont encouragé leurs collègues à réessayer. Nous savons maintenant que c’était une erreur. Nous avions aussi un polyéthylène hautement réticulé de première génération qui était très bon. La deuxième génération a introduit différentes techniques de traitement et différentes façons d’obtenir la réticulation et de réduire l’oxydation du polyéthylène, et elle a été également très, très performante. Aujourd’hui, nous ajoutons d’autres composants comme la vitamine E. Les résultats de laboratoire nous permettent d’être optimistes, mais ce n’est pas parce que les résultats semblent bons in vitro qu’ils le sont forcément sur le plan clinique. Nous devons donc être très prudents. Le matériau que nous utilisons aujourd’hui a le potentiel de durer de 20 à 30 ans voire plus. Il est acceptable de continuer à ajouter de nouvelles choses pour améliorer le produit mais il faut le faire très prudemment.

Précisément, pourquoi une entreprise prendrait-elle des risques dans ce domaine ?

Vous avez raison. Je ne pense pas que les couples de friction seront un domaine où des changements majeurs se produiront. Cependant, dans les domaines de l’anesthésie, de l’abord chirurgical, de la gestion postopératoire de la douleur, de la prophylaxie des thromboses veineuses et de la chirurgie ambulatoire, d’importants changements se produisent qui, je crois, modifient l’intervention.  

Quel type de polyéthylène réticulé utilisez-vous ?

J’ai d’abord étudié le Crossfire de Stryker et ensuite a été introduit le polyéthylène X3. Je suis ensuite passé au polyéthylène ALTRX de DePuy. Sur les trois polyéthylènes que j’ai utilisés, je n’ai pas constaté un seul cas d’ostéolyse ou d’usure depuis 20 ans. Je préfère la céramique dure avec le polyéthylène plutôt que le couple dur-dur. La tête céramique avec un insert en polyéthylène offre des avantages sans risque de fracture ou de grincement.

Quelle taille de tête préférez-vous ?

Cela dépend de la taille du patient et de la taille du cotyle. J’utilise le Biolox Delta Ceramic chez la plupart des patients. La plupart des hommes nécessitent une cupule de 52 ou plus, et ils auront presque toujours une tête de 36 mm. La plupart des femmes nécessitent une cupule entre 48 et 50 qui ira avec une tête de 32 mm. Les plus petites têtes que j’utilise sont de 22 ou 28 mm. Celles-ci sont réservées à mes cas dysplasiques et là j’utilise des têtes en métal.

Parlons des thèmes du congrès de Lyon : êtes-vous déjà venu en France ?

Je suis allé plusieurs fois à Paris et dans le sud de la France mais jamais à Lyon.

Avez-vous un registre des arthroplasties prothétiques aux États-Unis ?

Oui, ils viennent de sortir le premier bulletin. Il se trouve que c’est maintenant le plus grand registre au monde avec plus d’un million d’implants. Cependant, tous les cas traités aux États-Unis ne sont pas répertoriés et les délais de suivi sont encore de courte durée. Notre registre est incomplet à bien des égards, principalement parce que nous avons eu un départ très lent par rapport à certains autres pays européens. Les premières données indiquent que les tiges sans ciment et les têtes en céramique sont en hausse et que plus de femmes que d’hommes se font opérer. À l’avenir, nous espérons avoir une meilleure idée de ce qui se passe aux Etats-Unis en matière d’implants.

Tenez-vous compte des informations provenant de pays européens ou d’ailleurs ?

Nous y sommes très attentifs. Certains pays ont des cultures et des attitudes différentes à l’égard de l’opération. Pour l’essentiel, l’Europe du Nord favorise le ciment. Ce n’est qu’au fur et à mesure que vous vous déplacez vers le sud que le sans ciment est préféré.  Les Australiens ont tendance à prendre plus de risques : ils pratiquent une fixation sans ciment au genou. De plus, ils ont fait beaucoup de resurfaçage avec du métal-métal.  Il faut être prudent, les registres peuvent vous donner des tendances pour identifier les problèmes, comme dans le cas du métal sur métal. Cependant, ce que les registres ne parviennent pas à faire, c’est de séparer le chirurgien du patient. Il y a beaucoup de discussions sur le fait que nous devrions nous intéresser aux hanches cimentées chez les personnes âgées, principalement en raison du risque de fracture périprothétique dans les fixations sans ciment. C’est le cas dans la plupart des registres. Cependant, dans ma pratique, les patients âgés ont une hanche sans ciment quel que soit leur âge et si j’avais un taux de fractures périprothétiques de 2 %, je me jetterais par la fenêtre ! Je crois en l’occurrence, qu’il s’agit surtout d’une question de compétence et de technique chirurgicale.

Mais les registres pourraient être d’un grand secours pour la recherche !

Oui, je crois que les registres seront utiles pour identifier les produits qui ne sont pas performants. Evidemment, le genou et la hanche cimentés sont différents. La hanche s’est imposée en premier avec Charnley, et le genou est venu 10 à 15 ans plus tard. Si vous cherchez le dessin de hanche cimentée le plus réussi dans les registres européens, c’est la tige fine et polie.  Si vous regardez les dessins de hanches non cimentées les plus performants, ils ne ressemblent en rien à la tige cimentée. Par contre, tous les modèles de genoux sans ciment actuellement disponibles ne sont que le modèle cimenté auquel on a ajouté un revêtement poreux. C’est là que l’innovation devrait avoir lieu : trouver le bon design d’un genou non cimenté.

Comment expliquez-vous qu’il y ait plus de fractures du fémur avec les tiges sans ciment ?

L’explication est qu’il y a des fissures du calcar qui ne sont pas détectées pendant l’opération et qui provoquent des fractures au moment de la marche.  En fait, nous ne comprenons pas tout à fait ce qui cause la fracture. Mais encore une fois, dans mon expérience, cela n’a pas été un problème.

Que pensez-vous de la tendance actuelle au raccourcissement des tiges ?

On peut classer une tige selon plusieurs critères : mode de fixation, longueur, forme anatomique et non anatomique. Personnellement, je trouve la question de la longueur très intéressante. Lors de l’abord postérieur, je n’ai aucun problème pour visualiser le fémur en accès direct. Je peux utiliser n’importe quelle longueur, mais j’ai remarqué que les modèles disponibles ne fonctionnent pas aussi bien dans les fémurs de type A décrits par Dorr. Lorsqu’il y a une métaphyse très large et une diaphyse très étroite, vous obtenez un décalage proximal-distal. La tige se cale en distal mais pas en proximal, là où la stabilité initiale est nécessaire. Des tiges distales plus étroites sont une solution, mais la meilleure solution consiste à enlever un centimètre et demi de longueur pour ne pas s’engager dans l’isthme diaphysaire. C’est une des raisons pour lesquelles j’ai opté pour une tige légèrement plus courte. D’autre part, la grande majorité des chirurgiens qui se sont mis à l’abord antérieur ont réalisé qu’ils avaient raccourci leur prothèse parce que çà les aidait dans ce type d’abord. Personnellement, je pense que ce n’est pas une bonne raison pour changer. Cela dit, peut-on être trop court ? Oui, mais la limite est subtile. Une autre question est de savoir s’il faut utiliser une préparation qu’avec la râpe ou alors aléser en plus ? Je n’utilise habituellement que la râpe, mais je pense que certaines anatomies fémorales  se prêtent à un alésage distal complémentaire.

Vous n’alésez jamais une diaphyse fémorale ?

Nous avons ce que nous appelons un alésoir de départ pour trouver le canal, mais je ne fais pas d’alésage pour obtenir un ajustement endo-osseux distal ou peut-être une fois par trimestre. Nous avons quelques chirurgiens qui utilisent cette technique régulièrement. La préparation à la râpe est très performante de plus c’est plus rapide et plus facile.

Il vous parait préférable d’adapter l’implant au fémur du patient plutôt qu’à la voie d’abord ?

Exact. Je pense qu’il est important de savoir qu’il y a des différences entre les hommes et les femmes et que les procédés avec râpes et alésage ont tendance à remplir la métaphyse. Chez un homme, c’est une bonne chose parce qu’elles ont tendance à être plus larges. Cependant, chez les femmes les métaphyses sont très étroites en antéro-postérieur et le dessin en lame fonctionne beaucoup mieux pour elles. Dire que les tiges sans ciment ont des problèmes de fracture n’est pas tout à fait exact ; vous ne pouvez pas mettre toutes les tiges sans ciment dans le même panier.  Quel type de tiges les chirurgiens utilisaient-ils ? Quel niveau d’ajustement et de remplissage essayaient-ils d’atteindre ? Nous faisons ce genre d’amalgame tout le temps en orthopédie. Par exemple, les polyéthylènes fortement réticulés sont tous fabriqués avec des procédés différents. En général, ils fonctionnent tous bien, c’est vrai, mais nous ne connaissons pas ces différences. Je préfère parler des choses en termes plus spécifiques parce que très souvent les problèmes qui se développent sont spécifiques aux fabricants et pas toujours généralisables.

Quel modèle de prothèse utilisez-vous ?

J’utilise la tige DePuy Tri-Lock le plus souvent, mais de temps en temps, j’utilise la Summit de DePuy. Dans les cas de dysplasie, je peux utiliser la tige S-ROM. Dans les révisions, j’utiliserai le Stryker Restoration Modular. Au cours des dernières années, j’ai certainement utilisé plus de tiges non modulaires.

Quelle est donc la tendance actuelle des tiges aux États-Unis ?

Je pense que les tiges avec préparation uniquement par râpes commencent à se diffuser. Stryker a la tige Accolade, DePuy a le TRI-LOCK, Biomet Zimmer a le Taperloc et le M/L. Si vous les mettez toutes sur la table, vous ne pourrez pas les différencier. L’idée est d’obtenir un bon ajustement métaphysaire.

Faites-vous confiance à l’hydroxyapatite ?

La recherche clinique et fondamentale est fortement en sa faveur comme en témoignent mes publications. Il est très utile d’avoir un revêtement d’hydroxyapatite sur une tige conçue comme la Corail en raison de l’absence de porosité de la surface métallique. En revanche, les implants utilisés aux Etats-Unis ont tous des surfaces poreuses avec des revêtements trabéculaires. Chaque entreprise possède sa propre technique. L’hydroxyapatite aide peut-être un peu, mais les tiges sans ciment coûtent déjà assez cher, alors pourquoi ajouter un coût supplémentaire ? L’hydroxyapatite n’est tout simplement pas nécessaire en présence d’une bonne surface poreuse trabéculaire.

Et que pensez-vous du design de la tige Corail ?

Les tiges Corail et Zweymuller ont fait leurs preuves, mais il ne fait aucun doute que les chirurgiens orthopédistes nord-
américains et européens voient les tiges différemment.  Dans les registres, l’écart entre ce qui est populaire en Europe et ce qui est populaire aux États-Unis est assez net. De nombreux modèles fonctionnent bien, mais je crois que la tige Corail est vraiment efficace. Elle est disponible en de multiples longueurs permettant la réalisation de chirurgies primaires et de reprises avec une technique très simple. La question est de savoir si vous avez besoin d’un enrobage complet de la tige. J’aime mon dessin en lames parce que nous n’avons que le tiers proximal de la tige recouverte. Il faut bien se dire que, quel que soit l’implant que l’on pose, il faut être capable de le retirer.

Quelle serait la fixation optimale ?

Il y a une marge étroite entre juste assez de fixation et trop de fixation. Vous pouvez poser une tige diaphysaire chez tous les patients. Charlie Engh faisait ça avec l’AML à Alexandria, en Virginie. Tous les patients avaient une tige à remplissage diaphysaire, et ça a bien fonctionné. Il y avait cependant des problèmes : fracture, douleur à la cuisse et ostéolyse proximale secondaire ou stress shielding. Enlever la tige était également très difficile si la hanche s’infectait. C’est ce qui nous a conduits à des tiges plus courtes, enrobées en proximal et donc une bonne fixation, mais pas impossible à enlever.

Comment traitez-vous les fémurs atypiques ?

Au HSS, quand nous voyons qu’un implant standard n’ira pas chez un patient, nous faisons une tomodensitométrie avec reconstructions 3D du fémur que nous transmettons à notre service d’ingénierie biomécanique. Un implant personnalisé est conçu et une fois approuvé par le chirurgien, un fabricant orthopédique le construit. L’ensemble du processus complet ne prend que 6 semaines environ, ce qui est très correct. Pour les cotyles nécessitant le Triflange, nous le faisons systématiquement. Pour le fémur nous le faisons en moyenne une fois par mois. Nos indications les plus courantes sont les cas de nanisme ou les très grands gabarits.

Que pensez-vous des technologies récentes comme le robot et la navigation…

Je ne les utilise pas régulièrement. J’ai un brevet en robotique pour expliquer au robot, ce qu’il doit faire, et ainsi ma blague favorite à mes patients est : « Je n’ai pas besoin du robot, je lui ai expliqué ce qu’il fallait faire ». Cependant, je pense que nous devons reconnaître que tous les chirurgiens ne sont pas les mêmes. Certains ont une excellente perception de l’espace en trois dimensions et d’autres moins. Certaines personnes sont ambidextres, d’autres non. En ce qui concerne les coupes, j’ai d’ailleurs un autre trait d’humour pour les internes. Quand je coupe le col du fémur, ils me demandent souvent pourquoi je n’ai pas pris de mesures, je réponds : « Oh ! J’ai mesuré, mais je n’ai pas utilisé de règle ! ». Il y a des chirurgiens qui excellent à opérer, d’autres à la recherche et d’autres encore aux conférences. Il est très difficile d’en trouver un qui puisse bien faire les trois. En ce qui concerne les technologies modernes, vous devez tenir compte des problèmes que vous rencontrez.  Si vous avez un taux de luxation élevé et que vous voyez que vos composants ne sont pas orientés correctement, vous devriez recourir à la technologie pour améliorer l’orientation de vos pièces.

Tenez-vous compte de l’état de la colonne vertébrale ?

C’est un sujet très débattu. Beaucoup de chirurgiens utilisent maintenant le système EOS pour évaluer la position assise et debout du bassin et la façon dont cela pourrait modifier le placement de leur cupule. A cet égard, je classe  la colonne vertébrale en trois catégories :
hyperlordotique, normale et droite. En général, s’il s’agit d’une droite, ce qui est la tendance chez les hommes âgés, il faut placer votre cupule avec moins d’antéversion. Une position plus neutre est préférable.  Inversement, s’il s’agit d’une colonne hyperlordotique, il peut être indiqué de mettre une antéversion maximale. Vous devez reconnaître ces différences. Si vous retrouvez le ligament transverse acétabulaire, vous vous placez parallèlement à lui.  Cependant, dans certains cas, cinq degrés de moins sont préférables pour une colonne vertébrale droite et raide et chez une femme à la colonne flexible ce sera 5 à 10° de plus.  Ce sont les subtilités de cette chirurgie.

Quels domaines de la PTH doivent-ils être améliorés ?

Les fractures et les infections périprothétiques conduisent à de plus en plus de reprises. Compte tenu de la masse des connaissances à acquérir pour bien poser une PTH, la question de la formation de nos internes et de nos fellows se pose vraiment. Un assistanat d’un an n’est peut-être pas suffisant. La formation des chirurgiens est certainement un domaine qui a besoin d’être amélioré. Cependant, pour une hanche de première intention, nous connaissons les meilleurs implants sans ciment, les meilleurs couples de friction et je ne pense pas que la voie d’abord importe. Si vous me dites que les différents abords se valent, je suis d’accord. Mais si vous me dites que votre abord est meilleur que le mien, alors nous aurons un débat. En chirurgie comme ailleurs toute technique a ses avantages et ses inconvénients. Vous devez les peser et trouver ce qui fonctionne le mieux dans vos mains.

Quelle est la tendance actuelle aux États-Unis en matière de révision des tiges ?

Dans certains cas très spécifiques, des chirurgiens tenteront des greffes et du ciment. Mais la fixation diaphysaire avec une tige cannelée conique modulaire ou non modulaire est de loin la plus courante.

Vous avez suggéré que la formation en chirurgie de la hanche n’était pas optimale...

Dans notre système, nous avons un internat de cinq ans en orthopédie générale, puis une année de spécialisation en  prothèses totales, chirurgie du sport ou du rachis, etc. Je pense que dès la troisième année, l’interne d’orthopédie devrait décider : « Je veux aller dans cette spécialité. » Alors peut-être que 50% de son travail concernera uniquement les prothèses, et quand il commencera son assistanat, il pourra vraiment se concentrer sur ce qu’il sera amené à faire plus tard. Au jour le jour, pour lui, apprendre quelque chose en chirurgie de la main ou du membre supérieur a peu d’intérêt. Par contre, au membre inférieur, il pourrait apprendre des choses çà et là qui lui serviraient dans sa pratique future de super spécialiste. Nous devons simplement admettre que, en particulier dans les grandes villes, si nous devons former des super spécialistes, nous devons commencer à les former très tôt. Un autre gros problème est la limitation des heures de travail. Lorsque j’ai fait mes cinq années d’internat, j’étais à l’hôpital 20 heures par jour. Mais maintenant, ils ne font plus que 7 à 8 heures. Les cinq années de formation des jeunes sont très différentes des miennes.  

A propos de votre formation, comment était-ce avec un père célèbre comme le vôtre ?

En effet, mon père a été l’un des co-développeurs de la Total Condylar, la première PTG commercialement performante. Mais lorsque j’ai commencé mon internat, mon père avait quitté l’HSS pour devenir chirurgien en chef à l’hôpital Lenox Hill. Donc, quand j’ai commencé, j’étais le seul Ranawat à l’hôpital. Puis j’ai obtenu mon diplôme et je suis allé faire mon fellowship avec mon père. Plus tard, mon frère aussi a fait son internat au HSS et alors il était le seul Ranawat jusqu’en 2008. Mon père et moi sommes retournés au HSS en 2008. Mon père est resté « Dr Ranawat », je suis devenu « Dr Amar » et mon frère est devenu « Dr Anil ».

Quelqu’un a bien dû vous dire que vous étiez favorisé ?

Bien sûr, c’est le défi que j’ai eu dès le premier jour. C’est vrai que les portes étaient ouvertes pour moi. Cela dit, malgré ces portes ouvertes, mon épreuve consistait à les franchir en me défendant sur le podium et en salle d’opération. Je suis arrivé là parce qu’il m’a aidé et m’a enseigné, mais je suis resté à cause de mes capacités.

Comment vous a-t-il aidé ?

Avant tout, il nous a donné une bonne éthique de travail.  Nous avons vu qu’il travaillait dur tous les jours, et nous devions travailler dur et bien.

Il vous a amené en salle d’opération quand vous étiez étudiant ? 

Non. Nous avons une plaisanterie classique dans la famille : « Je suis devenu chirurgien orthopédiste pour pouvoir rencontrer mon père. » Quand j’étais en formation, tous les jours quelqu’un me demandait au staff ce que ferait mon père dans ce cas et je répondais : « Comment le saurais-je ? Je ne suis qu’avec vous depuis cinq ans. Je sais ce que vous, vous feriez, mais je n’ai aucune idée de ce qu’il ferait. »

Mais il a certainement été la cause de votre orientation vers ce métier....

Probablement, mais au début je ne voulais pas devenir chirurgien orthopédiste.  D’abord au lycée, je voulais être banquier. Puis j’ai pensé que je devrais faire médecine. Ça semblait plus honorable. J’ai essayé volontairement de ne pas faire de l’orthopédie, mais je savais dès le début que je ferais de la chirurgie parce que c’était en quelque sorte ma personnalité. J’étais surtout attiré par la chirurgie cardiothoracique. J’aimais la chirurgie cardiothoracique parce qu’elle était stressante, difficile et en même temps très délicate, mais les chirurgiens cardiothoraciques me semblaient insatisfaits. Ils étaient coléreux  et leurs mariages à tous foiraient. C’était une situation désagréable. Puis j’ai fait une rotation en orthopédie et là les chirurgiens avaient l’air d’être des types normaux. Alors un jour, j’ai réalisé : « Oh non, je vais finalement faire de l’orthopédie ! OK, mais je ne ferai pas de chirurgie articulaire.  Je vais faire autre chose. » J’allais d’abord être chirurgien du rachis, mais les patients étaient trop malheureux. La chirurgie de remplacement articulaire était quelque chose que j’ai adoptée naturellement. Voilà pourquoi je suis devenu chirurgien dans le même domaine que mon père.

Qui étaient les patrons ou les personnes qui vous ont marqué durant votre formation ?

Tom Sculco, que mon père a formé. Il nous donnait beaucoup de liberté pour opérer, et je suis allé vers la chirurgie articulaire à cause de lui. Il y eu aussi Salvati et Figgie. C’est comme eux que je voulais être. Ils étaient géniaux. Ils travaillaient toute la journée, mais le soir, ils appréciaient un bon dîner, le bon vin et la culture. Souvent, le Dr Sculco allait au Metropolitan Opera. Ces orthopédistes menaient une vie bien remplie et travaillaient dur. Je pense que cela m’a attiré vers leur spécialité.

Avez-vous gardé des liens avec l’Inde ?

Oui. En 1994, mon père a commencé à aller en Inde pour faire quelques interventions. Puis il a commencé à ramener trois fellows d’Inde chaque année. À ce jour, nous avons formés plus de 60 chirurgiens indiens. Dans toutes les grandes villes d’Inde, les chirurgiens en vue sont ceux  que nous avons formés. Mon père a opéré le premier ministre et d’autres personnes célèbres mais il s’est rendu compte que la chirurgie seule n’était pas la meilleure façon d’aider mais qu’il fallait surtout former. Alors nous avons organisé une conférence orthopédique annuelle. En ce moment, c’est l’un des plus importants congrès en Asie dans notre spécialité.

Où ça ?

Principalement à Delhi et Mumbai. Parfois, nous allons dans des villes plus petites. Il s’agit d’un meeting de plus de
1 000 personnes. Nous faisons venir des conférenciers du monde entier et cela connaît un succès retentissant. L’année dernière, c’était la première année que mon père n’y assistait pas et j’étais le président du congrès. Il y a environ trois ans, mon frère a commencé une session sur le sport. La session sport a lieu le jeudi et la chirurgie de remplacement articulaire a lieu le vendredi et le samedi. 

Vous parlez indien ?

Oui, car je parle anglais !
Je plaisante, mais c’est ce qui est merveilleux là-bas. C’est plus facile pour moi d’aller en Inde que d’aller en France car tout le monde y parle l’anglais. Nous voyions aussi des membres de notre famille et quand nous leur rendions visite, ils parlaient à mon père en hindi. Il répondait toujours en anglais, et je le taquinais : « Papa, as-tu oublié ta propre langue ? » et il répondait « Bien sûr que non » mais je voyais qu’il n’était pas à l’aise. Après 3 ou 4 jours, cependant, ça revenait.

Que faites-vous à part la chirurgie ?

Je chasse et je pêche. La pêche autour de New York est excellente, surtout si vous allez à Long Island. Nous attrapons du bar rayé, de la sole et si vous sortez plus loin, vous pouvez pêcher de tout. Quand je n’opère pas, je préfère être sur l’eau ou à la chasse.

Avez-vous toujours travaillé à New York ?

Oui, je suis né et j’ai grandi à New York ! En fait, je suis né en face de l’Hospital for Special Surgery.g

Paru dans le numéro N°286 - Août / Septembre 2019