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ALEXANDRE LADERMANN

Paru dans le numéro N°277 - Octobre 2018
Entretien consulté 103 fois

ALEXANDRE LADERMANN

Alexandre Lädermann présidait cet automne à Genève le congrès de la Société Européenne de Chirurgie de l’Epaule et du Coude.
Alexandre se consacre avec l’énergie de sa jeunesse à la recherche, à l’innovation et à ses publications.
Il s’attache particulièrement par ses travaux cliniques à ébranler les idées reçues en pathologie chirurgicale de l’épaule.
La relève Suisse semble assurée.

Comment avez-vous mené la préparation de ce congrès ?

La préparation a commencé très tôt. Il a fallu entreprendre de nombreuses démarches afin de pouvoir organiser et finaliser cet évènement incontournable pour les chirurgiens de l’épaule. Même si Genève a l’image d’une ville très attractive, la région traîne une réputation un peu injustifiée d'être chère. Il a donc été nécessaire tout d’abord de motiver et convaincre les responsables administratifs, les directeurs des hôpitaux universitaires et les politiciens que ce projet était viable, intéressant et réaliste. Il fallait montrer que Genève est une ville capable de recevoir chaleureusement un parterre international de chirurgien. Cela impliquait de négocier la gratuité du magnifique Centre International de Congrès de Genève dans lequel siège l’Office des Nations Unies. Cela a été un énorme travail, qui nécessitait de fédérer des hommes, des idées et des énergies, et j'ai décidé de ne pas m'engager seul dans ce chantier. J'ai donc dû convaincre tous les membres du groupe d'experts suisse de chirurgie de l'épaule et du coude dont je suis le président de me soutenir. Le congrès a consacré l’efficacité et l’union de ce groupe d’experts. Je les remercie de leur soutien et j’espère qu’ils sont fiers de ce que nous avons réalisé.

Est-ce la première fois que le congrès de la SECEC à lieu à Genève ?

Oui et c’est incroyable d’avoir attendu aussi longtemps. La Suisse avait pourtant de quoi solliciter l’organisation du congrès depuis longtemps ! Norbert Gschwend, un des fondateurs de la SECEC, est Suisse. Le 2ème congrès de la SECEC a eu lieu en 1988 à Berne et était organisé par Christian Gerber. Et depuis rien, malgré une implication majeure de la part des chirurgiens orthopédiques suisses dans cette société. Il n'y avait donc pas eu de congrès en Suisse ces 30 dernières années. J'ai donc estimé qu'il était temps de mettre les pendules à l’heure en organisant à nouveau un congrès 30 ans plus tard. Voilà, c’est chose faite.

Quel est votre meilleur souvenir de participation au congrès de la SECEC ?

Cela remonte à près de 11 ans. C’était à Lyon. Belle ville reconnue dans le monde entier comme un des fleuron de la chirurgie de l’épaule. J'ai connu une première révélation « épaule » en 2007 à l’occasion d’une formation chez Gilles Walch. J'avais durant ce fellowship étudié l'allongement du bras après prothèse totale d'épaule inversée. Je suis allé présenter ces résultats au congrès de la SECEC en 2008 à Bruges. Lors de la présentation, Angus Wallace s'est levé en brandissant un mètre-ruban et avait alors expliqué qu'il était complètement inutile d'effectuer des mesures radiographiques compliquées pour quantifier cet allongement ; ce que je proposais pouvait être tout simplement réalisé à l'aide d’une mesure externe. Surpris et un peu déstabilisé, je m'étais alors progressivement enlisé en tentant de lui expliquer que ceci n'était pas forcément facile vu la présence des champs stériles lors de l’opération. Je lui avais aussi répondu que beaucoup de Lyonnais que j'avais examiné étaient amateurs de saucissons et de vins et que, se faisant, ils devenaient gras ce qui rendait les mesures directes aléatoires… jusqu'à ce que Gilles Walch se lève et vienne à la rescousse.

Quelle a été votre formation ?

J’ai effectué ma formation à l'université de Genève et j'ai débuté mon activité professionnelle aux Hôpitaux Universitaires de cette même ville. J'ai aussi travaillé dans des hôpitaux périphériques : dans les villes de Nyon et de Sion. J'ai donc dans ce cadre rencontré des chirurgiens de l'épaule et du coude en particulier Pierre Hoffmeyer responsable des hôpitaux universitaires et Docteur Nicolas Riand, ancien fellow de Gilles Walch, qui travaille à l'hôpital de Sion. J'ai développé à leurs côtés une passion pour le membre supérieur, ce qui m'a conduit à effectuer un premier fellowship en 2007 avec Gilles Walch. J'ai parfait mes connaissances dans le domaine arthroscopique avec Steve Burkhart et Patrick Denard en 2010 à San-Antonio. J'ai ensuite effectué le US traveling fellowship de la SECEC en 2012 et pour finir, j’ai réalisé un fellowship au Balgrist avec Christian Gerber en 2013.

Qu’avez-vous appris de vos rencontres ?

Gilles Walch m’a enseigné l’honnêteté et des techniques opératoires claires et efficaces. De San Antonio je suis revenu avec un culte de la persévérance et un intérêt pour le développement d’implants. Christian Gerber m’a appris la rigueur et la façon de gérer un service. A la fin, le travelling fellowship de la SECEC a bien rempli mon carnet d’adresse. Tout cela a été très complémentaire.

Quel est votre organisation professionnelle ?

Je travaille sur trois sites à Genève. C’est à dire que j’ai une activité dans un hôpital privé, l’hôpital de La Tour et dans une clinique privée dénommée Hirslanden la Colline. Je travaille également un jour par semaine aux Hôpitaux Universitaires de Genève. J’opère là-bas les patients qui n'ont pas de mutuelles et j’y fais de l'enseignement. Cette collaboration étroite et durable avec les hôpitaux universitaires et la faculté de médecine me permet de garder un accès à des laboratoires de recherche et d'anatomie, fondamental pour la plupart de mes recherches scientifiques. J'ai actuellement dans le cadre de mon activité privée un assistant et un research fellow.

Peut-on parler d’une école Suisse de chirurgie de l'épaule ?

Il y a actuellement pas une, mais plusieurs écoles. La concurrence est ainsi rude entre les différents centres qu'ils soient universitaires ou pas. C’est à mon sens une richesse et une chance car elle nous met tous en compétition « amicale » et nous oblige à essayer de faire mieux chaque jour. Avoir des collègues extrêmement motivés et doués, être au milieu d’un entourage scientifique dynamique, m’oblige à innover et améliorer la prise en charge des patients. C’est une dynamique positive dont le plus grand bénéficiaire est le patient.

Quels sont pour les 10 prochaines années, les perspectives de la chirurgie de l'épaule ?

Je pense que notre premier rôle est de polir notre pierre. Dans tous les domaines, nous avons encore d’immenses progrès à effectuer. Il faut d’abord poursuivre ce que nous savons faire, et bien le faire, à savoir : écouter nos patients, analyser nos résultats, essayer de comprendre nos complications et nos échecs, et trouver des parades, des solutions et des explications pour chaque obstacle qui vient assombrir la vie de nos patients et de leur chirurgien. Ce travail, qui est en fait la vraie justification de la recherche scientifique, a déjà été commencé et doit être poursuivi. Il a par exemple permis de diminuer le taux de complication après prothèse totale inversée d'épaule de 20 à 3%, en une dizaine d'années. C’est un considérable effort de réflexion, de remise en question et d’analyse. Je ne pense pas qu’à court et moyen terme les progrès effectués dans le domaine des sciences plus fondamentales soient accessibles. Nous avons beaucoup travaillé sur l’utilisation des PRP dans des tendinopathies spécifiques de la coiffe des rotateurs et chez des patients sélectionnés, avec des ruptures intratendineuse. L’injection était faite sous échographie, juste au niveau de l’image anormale. Malgré cela nous n’avons pas observé de bénéfice clinique ou même radiologique chez nos patients. Le passage du « in vitro » au « in vivo » est parfois décevant. Les conditions cliniques sont complexes et ce n’est pas parce que cela semble marcher dans la cellule ou chez le lapin, même si l’idée est séduisante et brillante, qu’il y a forcément un bénéfice clinique à terme. C’est pour cela que j’aime analyser mes résultats et les publier. Il faut savoir rester à la fois enthousiaste et critique.

Et les perspectives pour les générations chirurgicales futures ?

Là c’est un autre problème. La recherche fondamentale d’aujourd’hui devra être appliquée demain. J'espère donc, et surtout pour les patients, que nous ne passerons plus nos journées à tenter de refixer des tendons de mauvaises qualités sur de l’os porotique. Certaines avulsions traumatiques de la coiffe des rotateurs devront certes encore être réparées. Mais il est certain qu’il faut agir en amont. Les générations futures feront peut-être des réparations de coiffe d'une manière différente, probablement en percutané et sous échographie… Et en détectant plus tôt les lésions, nous pourrons peut-être guérir des lésions partielles avec de simples infiltrations. Nous sommes en train de monter une étude sur l’injection de cellules souches mésenchymateuses autologues dans les tendinopathies de la coiffe. C’est un travail long, fastidieux et très administratif, mais qui pourrait avoir des implications majeures. Je pense également que la chirurgie prothétique va changer. L’idéal serait de supprimer les frottements ! La navigation est de plus en plus performante, et va permettre de faire vraiment de la chirurgie peu invasive, sans passer par l’étape coûteuse en temps de la réalisation de guides de coupe. En résumé, je suis extrêmement serein pour les générations futures. Il y a plein d’innovation dans notre profession. Même si les systèmes de santé se détériorent, même si les contraintes économiques nous poussent toujours à soigner pour moins cher, même en Suisse, notre profession restera exaltante.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur Genève ? 

Genève est une ville charmante et paisible au cœur de l'Europe. On la considère souvent comme la plus petite ville internationale du monde. J’y ai grandi et je l’adore non seulement parce que je la trouve belle mais surtout parce qu'elle est baignée de culture. Son passé fait qu'elle est considérée comme la Rome protestante. Sa localisation a engendré de nombreuses convoitises de la part des voisins français, italien et germanique. Elle est truffée de musées généralement gratuits et est à quelques minutes non seulement du lac mais aussi des montagnes. Je pourrai vous en parler pendant des heures mais le plus simple est de venir le constater par vous-même.

Quels sont vos hobbies ?

J’essaie tout d'abord d'avoir une activité physique régulière. Par ailleurs, je me suis pris de passion pour les abeilles, et je possède trois ruches. Finalement, je passe du temps dans un jardin ou je cultive tout ce que je peux pour tenter de manger le plus possible bio et local.

Paru dans le numéro N°277 - Octobre 2018