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ABDOU SBIHI

Paru dans le numéro N°269 - Décembre 2017
Entretien consulté 2368 fois

ABDOU SBIHI

Marseille

Membre sortant du Bureau de la SFA, Abdou nous présente son itinéraire dicté par ses origines et ses rencontres. Expert en chirurgie, mais aussi en sport, en informatique, ou en musique, ce touche à tout talentueux nous explique avec simplicité et discrétion, les ressorts de ses succès.

Comment avez-vous préparé ce congrès ?

Nous sommes tout d’abord très heureux d’avoir pu organiser ce congrès à Marseille. Avec Thomas Cucurulo, nous sommes tous deux Présidents du congrès mais c’est un groupe de neuf chirurgiens, le groupe ICOS, créé par Jean-Pierre Franceschi, qui participe de manière active au programme, aux festivités, et a su donné, on l’espère, toute son originalité au congrès. C’est une préparation multidisciplinaire et Nathalie Richardet, Office Manager du groupe nous a énormément aidé de par ses compétences et sa transversalité.
La société invitée est le Maroc et notre idée est de célébrer la francophonie au sein de la SFA.
Cette francophonie a été largement défendue par les membres du Bureau et validée par l’ancien Président Oliver Courage. En ce qui me concerne c’est quelque chose de très particulier de part mes origines marocaines et cela m’a permis de me rapprocher de la SMA, la Société Marocaine d’Arthroscopie. J’ai travaillé avec eux sur le programme et je suis allé à leur congrès à deux reprises afin de maintenir des liens forts et pérennes. Dans le même esprit, de nombreux membres de la SFA ont contribué aussi dans le passé à la création et à l’organisation de leur Diplôme d'Université d’arthroscopie.

Pourquoi le choix de la ville de Marseille ?

Plusieurs éléments forts ont confirmé la légitimité de Marseille comme capitale de l’arthroscopie cette année. D'abord, il faut savoir que le congrès de la Société Française d’Arthroscopie a eu lieu à Marseille en 1996 présidé par Jean-Pierre Franceschi. Pour nous, il était symbolique de faire revenir la Société Française d’Arthroscopie à Marseille. Cela n’a pas été évident à obtenir et nous avons candidaté à trois ou quatre reprises. Destin ou fatalité, avec la tragédie récente, la SFA 2017 se déroulera à Marseille et c’est une nécessité.
A cette occasion, un hommage sera rendu à Jean-Pierre Franceschi. Nous partagerons de très beaux souvenirs….
Tout le monde aimait Jean-Pierre parce que c’était une personne qu’on ne pouvait qu’aimer voire même adorer. Tout comme Philippe Hardy… terrible cette année 2017. Nous allons tâcher de faire un très beau congrès comme Jean-Pierre et Philippe l’auraient voulu.
Marseille a cette réputation de ville difficile, dangereuse, et les gens sont souvent choqués de ce que l’on peut y voir ou y faire. Mais Marseille c’est aussi une ville magnifique, avec des coins et des recoins insoupçonnables et surtout c’est une ville qui est beaucoup plus culturelle que l’on imagine. Elle a été capitale européenne de la culture en 2014 et l’offre touristique s’est bien étoffée.
Pour son côté urbain mais aussi pour son caractère méditerranéen, Marseille est une ville surprenante et les gens viennent et finissent par y revenir régulièrement.
Enfin Marseille c’est aussi une ville d’orthopédistes. De grandes écoles d’orthopédie, dont l’école du Professeur Aubagnac, maintenant l’école du Professeur Argenson, l’école des Professeurs Groulier, Curvale, Louis, Bollini, Jouve… et des praticiens libéraux connus et reconnus. Il y a un équilibre plutôt intéressant qui fait qu’il y a une compétition comme dans toutes les villes. Elle reste cependant stimulante et constructive. Tout le monde s’entend bien, et il en résulte un niveau chirurgical de grande valeur.

Et en dehors de la Francophonie, quelle a été votre activité au bureau de la SFA ?

J’ai été très actif surtout les premières années en essayant d’apporter une touche de modernité concernant toute la partie média, dont le site Internet. J’ai ensuite passé le relais à des collaborateurs qui ont permis de pérenniser cela et surtout d’aller encore bien plus loin que ce que je pouvais imaginer. Nous nous sommes mis à la page grâce à toutes ces nouvelles technologies de communication et tout particulièrement pour l’éducation.
La SFA sait choisir ses membres du Bureau, et à titre personnel, c’est probablement pour cela que l’on est venu me chercher il y a 6 ans. Le multimédia est quelque chose que je manie beaucoup, c’est aussi une passion. J’ai même contribué, il y a quelques années, à la conception d’un logiciel que beaucoup de praticiens utilisent aujourd’hui qui s’appelle Calimed. J’ai été dans un premier temps heureux et fier de voir qu’il était utilisé dans la France entière. Pour moi cela a été une grande satisfaction. Ensuite j’ai été très gêné pendant les congrès d’avoir une étiquette à la fois de chirurgien présent pour la science mais d’être là aussi pour le business. Je me suis donc assez rapidement retiré de ce projet Calimed qui continue et j’en suis ravi.

D’ou vient votre vocation ?

En fait c’est par le plus grand des hasards que je me suis tourné vers la chirurgie du genou ; j’étais initialement programmé pour faire de la chirurgie de la main. J’ai eu la chance de venir à Paris pendant six mois où j’avais pris une disponibilité et j’ai travaillé en tant que fellow à l’Institut de la Main à la Clinique Jouvenet avec le Professeur Gilbert, Caroline Leclerq, Christian Dumontier, Christophe Mathoulin et pas mal d’autres brillantes personnes. En fait cette expérience à Paris m’a ouvert les yeux sur la formation. Paris a éveillé en moi l’envie d’aller encore plus loin et tout particulièrement au niveau scientifique et bibliographique. Je suis revenu avec une vision différente pour la suite de mon internat à Marseille. Je me suis mis à lire, écrire et je crois que j’ai attiré à ce moment-là l’attention de certains de mes Maîtres qui ont réussi à me dérouter de la chirurgie de la main. J’ai dû faire ensuite un choix entre une carrière en libéral avec Jean-Pierre Franceschi et une carrière hospitalo-universitaire. Ce fut finalement un choix de personne plus que de carrière ou de mode de vie.

Où avez-vous grandi ?

Je suis un « transplanté ».
Effectivement nous sommes une famille d’origine marocaine et mon père travaillait pour le gouvernement marocain. Je suis même initialement de nationalité hollandaise, marocaine et française, mes parents travaillant au consulat du Maroc à Rotterdam au moment de ma naissance. Nous avons déménagé assez régulièrement pour ensuite nous stabiliser à Marseille qui est devenue ma ville. Je me sens Marseillais avant tout !
Je suis devenu médecin malgré moi ! Je n’étais pas du tout prédestiné à la médecine, du moins ce n’était ni une vocation ni une passion ! Dans ces familles maghrébines, être « médecin » est valorisant, voire mythifié. J’ai été vraiment « à côté » pendant tout mon collège et tout mon lycée. J’ai heureusement eu une prise de conscience l’année du baccalauréat. Lorsque j’ai décroché mon bac, mon père m’a tout naturellement accompagné à la fac de médecine sans me demander ce que j’en pensais. J’en ai fait une affaire personnelle et j’ai eu la chance de pouvoir décrocher le concours PCEM1 du premier coup. Toute la suite de mes études a été une affaire de rencontre de personnes qui m’ont guidé dans différentes voies jusqu’à l’Orthopédie.

Où avez-vous fait votre clinicat ?

J’ai fait le clinicat chez le Professeur Groulier. J’ai eu la chance d’être son dernier interne, et le service a été dirigé ensuite par le Professeur Curvale. Je garde un très bon souvenir de cette époque avec aussi le Pr Alexandre Rochwerger.
Jean-Pierre Franceschi était là tous les mardis et nous commencions déjà à partager de très bons moments. La première fois que nous nous sommes rencontrés avec Jean-Pierre c’était dans le vestiaire du bloc de l’hôpital de la Conception où je l’ai abordé d’une manière un peu cavalière. Je crois l’avoir beaucoup amusé dans le temps. J’étais Vice Président de l’Association des Internes, et on organisait un tournoi de foot chaque année au Domaine du Tournon. J’avais été missionné par le bureau pour trouver des sponsors. J’avais sollicité Jean-Pierre à cet effet, en lui demandant aussi s’il voulait faire partie de mon équipe de foot. C’était notre premier contact.

Au quotidien comment était-ce de travailler avec lui ?

C’était merveilleux. La chirurgie nous rapprochait mais au-delà de çà, nous ne cessions de mettre en place des projets. C’était grisant. Outre nos occupations purement médicales, la communication, l’organisation dans le cabinet étaient ma spécificité et mon plaisir ! Au départ, nous étions cinq dans notre cabinet avec aussi feu Jean-François Mariotti, Christophe Cermolacce et Richard Aswad.
On avait plaisir à tout partager avec Jean-Pierre, et c’était tellement agréable de tout faire ensemble. Il était toujours positif et partant pour tout. C’était aussi très rassurant de l’avoir près de soi et j’ai bénéficié d’un apprentissage et compagnonnage exceptionnels.

Aujourd’hui quelle est votre activité chirurgicale ?

L’essentiel de notre activité est à la Clinique Juge. C’est là qu’est né d’ailleurs le groupe ICOS que nous avons créé en 2005. J’ai énormément travaillé avec Jean-Pierre Franceschi sur la chirurgie ligamentaire du genou, en l’occurrence le ligament croisé antérieur. J’ai eu la chance de faire partie du groupe de recherche Français sur le ligament croisé antérieur avec le Docteur Colombet, Djian, Bellier, Robinson et Christel. La technique de reconstruction anatomique du ligament croisé antérieur nous a occupés et passionnés des années. J’ai eu la chance aussi de vivre les premières ligamentoplasties LCA intra et extra-articulaires aux ischiojambiers.
Je regrette cependant notre manque de communication sur précisément cette technique. Le « DIDT retour externe » c’est Jean-Pierre Franceschi et Pascal Christel !
Dans notre activité « Genou/Hanche » à ICOS, nous réalisons un retour externe dans à peu près 1/3 de nos indications. Cela concerne les sports pivot contact, les hyperlaxités, les grandes laxités et les révisions.

Quels sont vos connections avec le milieu sportif marseillais ?

Nous avons des liens étroits avec les grands clubs de la région dont l’Olympique de Marseille pour le football et le RCT pour le rugby. Concernant l’Olympique de Marseille nous sommes trois membres d’ICOS dans la commission médicale. Ce sont des staffs multidisciplinaires, organisés régulièrement où nous débattons de cas ou de sujets tous ensembles.

Vous avez inauguré récemment un centre de consultation ?

Concernant l’historique de ce centre de consultation, tout démarre en 2009-2010 avec le projet de créer une clinique près du Stade Vélodrome.
C’était une perspective qui nous emballait énormément. Nous y voyions des perspectives intéressantes. Nous discutions avec la Générale de Santé à ce moment-là qui semblait adhérer à notre projet.
A titre personnel, j’y voyais un intérêt complémentaire car il était question d'un concept que j'envisageais depuis longtemps, à savoir un centre de performance sportive. Ce centre de performance sportive nous donnait la possibilité de mieux gérer nos patients, tout particulièrement entre la fin de la rééducation et la reprise sportive. Cette réathlétisation était un des maillons faibles de nos prises en charge.
Nous étions très heureux de monter un centre complet au Vélodrome mais nous n’avons pas réussi à nous mettre d’accord avec les dirigeants de la Générale de Santé. Ils avaient une réflexion purement économique et s’intéressaient peu aux conditions de travail des praticiens. Nous avons décliné et nous nous sommes orientés vers des contre propositions présentées par le groupe Almaviva. Bruno Marie et Anne Léandri, très inquiets de nous voir partir au Vélodrome mais aussi très visionnaires, nous ont permis d’acquérir l’ancienne Clinique Juge. Magnifique hôtel particulier, bâtie rue Paradis, qui est l’une des plus belles et prestigieuses rues de Marseille. Ce 463 rue Paradis est devenu maintenant le nouveau Centre ICOS. Nous sommes en définitive restés à  la Clinique Juge et nous avons gardé nos très bonnes conditions de travail. Nous sommes dans un lieu qui a une histoire et une âme car Camille Juge y opérait au début du 20e siècle, et en fin de compte nous avons ce fameux centre de performance sportive !
Au rez-de-chaussée il y a le pôle  genou hanche et la cryothérapie. Au premier étage il y a le pôle membre supérieur et le gymnasium qui est le centre de performance sportive SPOREVAL, et au deuxième étage, le pôle cheville et pied.

Comment vous échappez-vous du travail ?

J’étais en adoration pour Jean-Pierre Franceschi et nous partagions bien plus que la chirurgie. Il m’a aussi transmis le goût et la pratique de la musique.
Une semaine avant sa disparition, nous avions organisé ensemble une soirée musicale et nous avions invité tous les salariés de la Clinique Juge. Jean-Pierre Franceschi avait manifesté un engouement particulièrement fort pour l’organisation de cette soirée. Aujourd’hui, jouer de la musique, jouer de son instrument m’apaise même si la douleur restera à jamais au fond de moi. Il me semble par ailleurs important de continuer à faire avancer tous les projets sur lesquels nous travaillions ensemble comme par exemple les guides de coupe en chirurgie prothétique du genou. Et prendre aussi le temps de prendre bien soins de mes proches !

Paru dans le numéro N°269 - Décembre 2017