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Le patient connecté. Allons-nous entrer dans une nouvelle ère ?

Paru dans le numéro N°255 - June (Special)
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Le patient connecté. Allons-nous entrer dans une nouvelle ère ?

Par S. Lustig dans la catégorie ACTUALITÉ
Centre Albert Trillat – Orthopaedic Surgery Department Croix Rousse Hospital - Lyon

Libre accès grâce à United Orthopedics Corporation
La médecine moderne en général et la chirurgie orthopédique en particulier se spécialisent de plus en plus, ce qui est sans doute une bonne chose. L’inconvénient inévitable est que l’on se focalise sur notre champ d’expertise et que l’on s’informe moins sur les évolutions en dehors de notre domaine de spécialité, manquant ainsi parfois des innovations importantes.

 

La médecine moderne en général et la chirurgie orthopédique en particulier se spécialisent de plus en plus, ce qui est sans doute une bonne chose. L’inconvénient inévitable est que l’on se focalise sur notre champ d’expertise et que l’on s’informe moins sur les évolutions en dehors de notre domaine de spécialité, manquant ainsi parfois des innovations importantes. Un exemple récent est l’apparition d’un intérêt nouveau pour le concept de patient « connecté » ou « accompagné » dans le domaine de la chirurgie orthopédique et notamment prothétique alors que cette pratique est déjà bien encrée dans d’autres spécialités médicales, comme la cardiologie, sans que nous, orthopédistes, en ayons eu conscience.

 

De quoi s’agit-il ?

La théorie

L’idée est que pour pouvoir prendre en charge au mieux un patient, il faut le rendre acteur de sa prise en charge et de son suivi, afin qu’il se sente impliqué. Si on peut bien sûr imaginer organiser cela au cours de son hospitalisation, l’évolution actuelle vers des durées de séjour raccourcies dans le cadre notamment de la récupération rapide (ou « améliorée ») après chirurgie, ne permet pas de prolonger les durées de séjour, bien au contraire. Il a fallu donc se tourner vers des outils innovants comme des plateformes web et mobile, telle que le plateforme e-santé de BePATIENT, spécialement développées pour chaque type d’intervention, pour l’information et le suivi des patients. Ainsi le patient, une fois engagé dans le projet d’une intervention chirurgicale, a son accès personnalisé (et sécurisé) pour se rendre sur cette plateforme sur internet et agir (et même interagir) avant et après son intervention depuis son domicile, étant ainsi « accompagné » tout au long de sa prise en charge.

La pratique

On peut schématiquement séparer ce concept en deux phases.

La première phase se déroule avant l’intervention. Avec son code sécurisé, le patient va pouvoir se connecter quand il le souhaitera à son domicile et obtenir d’une part toutes les informations nécessaires concernant son intervention (ce qui au passage sera tracé prouvant qu’il a bien eu cette information) et d’autre part renseigner un certain nombre de questions (correspondant en fait aux questionnaires PROMS (« Patient Related Outcome Measurement Scores »)) qui permettront d’avoir une information précise et tracée sur son état fonctionnel avant l’intervention. L’intérêt pour le chirurgien est bien sûr que tout cela se fasse sans lui, mais qu’il ait grâce à la plateforme (sous forme d’un page par exemple synthétisant les données de ses patients) un retour sur ces infos qui soient au fur et à mesure sauvegardées dans ce qui constituera sa base de données patient.

La deuxième phase a lieu au retour du patient à son domicile. Celui-ci va pouvoir via la même plateforme sécurisée fournir plusieurs fois par semaine des informations précises sur l’évolution de son état, et ces infos seront également disponibles pour son chirurgien qui verra ainsi l’évolution des scores douleurs, fonctions, bien être etc… de ses patients opérés et aura ainsi des informations très précises presque quotidiennes d’un simple coup d’œil lorsqu’il se connectera. Le patient pourra également si besoin poser des questions via la plateforme, d’où la notion de patient « accompagné ». A nouveau ces infos sont sauvegardées et constitueront progressivement la base de données du chirurgien.

 

La technologie a également permis de développer des patchs, capteurs Bluetooth que le patient pourra porter sur lui pendant les premiers jours post opératoires qui permettront de transmettre des paramètres comme la distance parcourue quotidiennement, la température, le rythme respiratoire, le rythme cardiaque etc.. Le patient devient alors véritablement « connecté », et en cas de valeurs hors-limites une notification est transmise, permettant une surveillance active à distance. La sécurité des patients, même avec des durées d’hospitalisation réduite, serait ainsi encore renforcée avec un effet rassurant potentiel évident.

 

Pourquoi cela peut-il se démocratiser ?

Si on veut percevoir tout l’intérêt potentiel de ce concept, on peut se tourner vers nos amis cardiologues qui en ont depuis longtemps l’expérience, avec des procédures vasculaires cardiaques invasives possibles avec des durées d’hospitalisation raccourcies, encadrées grâce à ces plateformes d’accompagnement à domicile. Nos durées de séjours en chirurgie orthopédique vont également continuer à diminuer, et cet accompagnement de nos patients pourrait permettre de mieux les suivre, encadrer et surveiller, tout en obtenant des bases de données qui pourraient aller jusqu’au registre concernant tous nos patients. L’évolution règlementaire risquant de rendre ces bases de données obligatoires, on peut parier que ces plateformes de patient « accompagné » pourraient se développer rapidement dans notre monde orthopédique comme cela a déjà été le cas dans d’autres spécialités. On pourrait bien passer alors de l’ère du patient hospitalisé à celle du patient connecté.