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Extrait de l'Atlas du traité des fractures et des luxations : Planche XXIV : Luxation du coude et de l'extrémité supérieur du radius -  Planche XXIX : Luxation du fémur et du genou - Planche XXVI : Luxation iliaque complète du fémur

Le 01/05/2002
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Extrait de l'Atlas du traité des fractures et des luxations : Planche XXIV : Luxation du coude et de l'extrémité supérieur du radius - Planche XXIX : Luxation du fémur et du genou - Planche XXVI : Luxation iliaque complète du fémur

Par J.-F. Malgaigne dans la catégorie HISTOIRE
Professeur de médecine opératoire à la Faculté de Médecine de Paris Chirurgien de l'Hôpital Saint Louis, membre de l'Académie Impériale de Médecine Officier de la Légion d'Honneur

Le coude est vu par sa face externe, sauf le radius qui manque. La fig. 1 montre les os dans la flexion la plus complète possible; l'extension était libre et allait même et un peu plus loin qu'à l'état normal. L'olécrane, rejeté à 3 centimètres en arrière de sa position normale, regagne le bord postérieur de l'os en faisant un coude anguleux d'environ 135°.

Planche XXIV : Luxation du coude et de l'extrémité supérieur du radius

Fig. 1 et 2. -- Luxation de l'avant-bras droit en avant, avec fracture de l'olécrane vicieusement consolidée (Musée Dupuytren, n° 105).

Le coude est vu par sa face externe, sauf le radius qui manque. La fig. 1 montre les os dans la flexion la plus complète possible; l'extension était libre et allait même et un peu plus loin qu'à l'état normal. L'olécrane, rejeté à 3 centimètres en arrière de sa position normale, regagne le bord postérieur de l'os en faisant un coude anguleux d'environ 135°; mais si de la pointe de l'apophyse coronoïde on abaisse une ligne perpendiculaire sur l'axe de l'os, on reconnaît que le sommet de l'olécrane est toujours à plus de 1 centimètre au-dessus, et qu'ainsi il a été jeté en arrière sans remonter ni descendre. La fracture, autant qu'on peut en juger, a divisé la moitié externe de l'échancrure olécranienne par le milieu, séparant exactement ses deux surfaces articulaires; mais dans la moitié interne elle a divisé obliquement l'apophyse coronoïde, dont le tiers interne environ est resté avec l'olécrane et l'a suivi en bas et en arrière. De là elle s'est dirigée obliquement en bas et en arrière jusqu'à près de 1 centimètre au-dessous de la facette radiale du cubitus, et l'écartement de l'olécrane a creusé une cavité sigmoïde nouvelle, placée à près de 2 centimètres plus bas que l'ancienne, d'ailleurs beaucoup plus profonde et plus large, et dans laquelle se trouve en quelque sorte ensevelie la poulie humérale; ce qui explique pourquoi les mouvements sont si bornés. Quant à la portion détachée de l'apophyse coronoïde, elle se trouve portée un peu plus en dedans que dans l'état normal, dépassant et embrassant le bord interne de la poulie humérale; et la totalité de l'olécrane paraît par suite jetée à quelques millimètres plus en dedans que dans l'état normal..

L'humérus a donc reculé en arrière et en bas, et le cubitus est luxé en avant et en haut. Le radius manque, mais évidemment il avait participé à la luxation; car, d'une part, le condyle huméral est en partie recouvert par le rebord externe de la nouvelle cavité sigmoïde; et de plus le condyle a gardé sa forme et perdu son cartilage, tandis que la facette radiale du cubitus a gardé le sien. Il semble même que le radius était porté un peu plus en avant que le cubitus, en sorte qu'avec la luxation en avant, l'avant-bras avait subi un certain degré de rotation en dedans. Reste à étudier la dernière conséquence.

La facette articulaire de l'olécrane, se trouvant en rapport avec la poulie humérale, a gardé sa forme et son cartilage. La facette antérieure de la cavité sigmoïde n'est ici en rapport avec rien, et cependant n'est nullement altérée; je présume qu'il y avait entre elle et l'humérus quelque amas de matière cartilagineuse ou quelque os sésamoïde qui aura été emporté par la macération ; et son bord postérieur même, en contact direct avec l'humérus, a suscité la formation de deux petites facettes éburnées et saillantes. Quant à la tête du radius, pour la rejoindre, il s'est élevé de la face antérieure de l'humérus une apophyse de formation nouvelle, d'un bon centimètre de saillie, plus étroite même à son pédicule qu'à son sommet, lequel s'élargit pour offrir une plus large surface articulaire à la tête radiale. Voir t. II, p. 633; -- c'est par erreur qu'en cet endroit j'ai dit que cette excroissance osseuse répondait à l'apophyse coronoïde.

Fig. 3. -- Luxation incomplète de l'avant-bras en arrière et en dedans (Musée Dupuytren, n° 734). --La pièce, rencontrée sur le cadavre d'une femme de 30 à 40 ans, avait d'abord été présentée par M. Hamelin à la Société anatomique, et a été décrite dans les Bulletins de cette Société, 1838, p. 268.

Selon M. Hamelin, c'était une luxation en arrière de l'avant-bras, complète pour le radius, incomplète pour le cubitus. Cela n'est pas suffisamment exact. Le cubitus est en effet luxé incomplétement en arrière, et son apophyse coronoïde s'aperçoit presque tout entière au-dessous de la poulie humérale. Elle est comme usée et émoussée, et sa surface antérieure est devenue articulaire, ce qui est fort opposé à ce que nous ont montré les figures 3 et 5 de la planche XVIII; mais c'est qu'ici l'articulation avait recouvré des mouvements étendus; et la longue stalactite, soudée en avant du cubitus dans l'autre pièce, en était séparée ici et représentée par une plaque osseuse isolée, large, aplatie, jouant librement sur la partie antérieure de la poulie humérale. La gorge de la poulie et la petite tête de l'humérus sont rugueuses; et la cavité olécranienne est remplie par de la graisse et du tissu fibreux.

Mais le cubitus est en même temps luxé en dedans. La figure représente en d le retord interne de la poulie; le cubitus la dépasse en dedans de 8 millimètres environ, si bien qu'une sorte d'os sésamoïde s'est développée c, au défaut de l'humérus, pour fournir un nouveau point d'appui à la portion excédante de la cavité sigmoïde. L'olécrane est encore plus rapproché de l'épitrochlée b; en sorte que le cubitus a subi un léger mouvement de rotation et d'inclinaison qui devait porter en dehors son extrémité inférieure; et en effet, sur la pièce même, on reconnaît que le coude devait offrir un angle saillant en dedans plus prononcé qu'à l'état normal.

Je noterai enfin, d'après M. Hamelin, que les deux plaques osseuses antérieures donnaient attache à des fibres musculaires du brachial antérieur; en sorte que ce muscle était devenu trifide à son extrémité; ayant, outre cette double insertion, son tendon normal qui allait s'insérer comme de coutume à la base de l'apophyse coronoïde.

Quant au radius, il est porté un peu plus en arrière que le cubitus, mais non encore d'une manière complète; ainsi il s'est creusé une cavité à la face postérieure du condyle huméral, laquelle a été complétée par un os sésamoïde situé en dehors et en arrière. La portion du condyle restée en avant de la tête radiale a une épaisseur de 11 millimètres, et est recouverte par une plaque osseuse mobile qu'on voit sur la figure. De plus, le radius a suivi en dedans le cubitus; et la figure, très-exacte, montre bien qu'il a empiété sur la trochlée humérale. Voir t. II, p. 624.

Fig. 4. -- Luxation incomplète de l'avant-bras en dehors (Musée Dupuytren, n° 735). -- Pièce donnée par M. Poumey à la Société anatomique. Le cubitus, jeté tout à fait en dehors de la poulie humérale, a laissé libre la cavité olécranienne, qui paraît plus étendue en hauteur, parce qu'elle est rétrécie en largeur. La poulie n'est pas absolument libre; elle était occupée par un os sésamoïde assez considérable, que l'on ne peut voir qu'en raccourci sur le dessin, et qui offre un dos d'âne articulaire pour s'accommoder à la gorge de la poulie. Celle-ci est cependant également rétrécie, et enfin l'épitrochlée presque atrophiée la dépasse à peine en dedans de 1 centimètre. L'olécrane hypertrophié et offrant au moins 3 centimètres de largeur, est en rapport avec une poulie articulaire nouvelle tout aussi large, creusée à la face postérieure du condyle, mais terminée en haut par un rebord osseux saillant au lieu d'une cavité ; aussi, l'extension était fort bornée, et le bras ne s'étendait guère au delà de l'angle droit.

Plus en dehors, se voit l'épicondyle fortement élargi. Ainsi l'humérus n'a pas moins de 7 centimètres entre ces deux tubérosités, bien qu'il appartienne à un sujet frêle, et que le plus grand diamètre de sa diaphyse ne soit que de 2 centimètres. Encore, malgré son élargissement, le condyle se trouve prolongé en dehors par un noyau osseux de plus de 1 centimètre de large, qui complète la surface articulaire destinée à recevoir le radius. Le haut de la tête radiale s'aperçoit sur le dessin, mais parce qu'elle a été écartée du condyle pendant la dessiccation. Lorsqu'on regarde, en effet, la pièce en avant, on voit : 1° que le bec coronoïdien répond au sillon qui sépare naturellement la poulie du condyle, et qu'ainsi tout le talus articulaire externe de la cavité sigmoïde empiète sur le condyle; 2° que la tête du radius était en contact avec le reste du condyle fort élargi, et pour un tiers environ avec l'os sésamoïde externe. Cette tête, sauf un peu d'hypertrophie peut-être, n'est pas sensiblement déformée; seulement la cupule, au lieu d'offrir une dépression uniforme, présente à son centre une saillie osseuse arrondie, indice d'un accroissement de l'os en hauteur là où il n'était pas comprimé par l'humérus.

En résumé, le cubitus a été jeté en dehors sur la rainure qui sépare le condyle de la trochlée, et porté en même temps dans la rotation en dedans, de telle sorte que son bord externe regarde directement en haut. Le radius, suivant ce mouvement, a été jeté en dehors et en haut, de telle sorte que son bord interne regarde presque directement en bas; ces deux os sont vus très-obliquement sur le dessin qui n'a pu retracer toutes ces circonstances, et qui cependant montre assez bien le radius superposé au cubitus, au lieu d'être à son côté externe. Le rapport des trois os est tel qu'en appuyant le radius et le cubitus ensemble sur un plan horizontal, l'humérus, au lieu d'être perpendiculaire, se porte horizontalement à gauche, et que si l'on met l'humérus vertical, le cubitus seul touche la table et le radius est placé presque directement au-dessus. Voir t. II, p. 609.

 

Planche XXIX : Luxation du fémur et du genou

Fig. 1. -- Luxation congénitale incomplète du fémur. -- Pièce communiquée par M. Verneuil, qui en a donné la description, Union Médicale, 1854, p. 530. On voit la tête à cheval sur le bord cotyloïdien en haut et en arrière, soulevant la capsule et tirant sur le ligament rond allongé. Voyez d'ailleurs, t. II, p. 889 et 892.

Fig. 2. -- Subluxation du genou et dedans. -- Un homme de 62 ans fut pris dans une mécanique, et retiré dans un tel état qu'il succomba quelques minutes après son arrivée à l'hôpital. Il avait entre autres les deux genoux luxés d'une façon différente ; la fig. 2 représente le genou gauche subluxé en dedans, avec le ligament latéral interne rompu, et une large déchirure de la capsule du même côté. Voir t. II, p. 947.

Fig. 3. -- Luxation complète du tibia en avant. -- C'est le genou droit du sujet dont je viens de parler. L'articulation ouverte en dehors montre les nouveaux rapports du tibia, du fémur et de la rotule. Il convient de noter aussi que la tête du péroné est luxée en avant. Voir t. II, p. 938, 939 et 989.

Fig. 4. -- Luxation incomplète du tibia en arrière (Musée Dupuytren, n° 759). -- On n'a aucun renseignement sur cette pièce ; seulement la luxation est fort ancienne, à en juger par l'espèce d'os sésamoïde en forme de coin, qui s'est développé entre le tibia et le fémur au côté externe. La portion antérieure de la poulie fémorale est rugueuse et ne servait plus très probablement aux mouvements de la rotule ; la jambe était donc fléchie à angle droit, sans pouvoir presque s'étendre davantage. C'est ainsi que le dessin la représente ; mais, pour bien juger des rapports de la rotule, il faut retourner ce dessin de manière à rendre le fémur vertical. Voyez d'ailleurs, t. II, p. 942 et 943.

Fig. 5. -- Luxation pathologique du tibia en dehors, avec luxation complète de la rotule dans le même sens (Musée Dupuytren, n° 760). -- Cette pièce vient de M. Fleury, qui a consigné l'observation, Archives gén. de médecine, 1837, t. XIV, p. 194.

Une fille publique, âgée de 25 ans, fut prise, le 7 février 1837, à la suite d'un mouvement brusque imprimé à la jambe, de douleurs violentes et continues au genou. Saignée, sangsues répétées, vésicatoires, rien n'y fit ; le 13 mars, la luxation avait eu lieu ; le 13 avril on fit l'amputation de la cuisse, à laquelle la malade succomba.

Le tibia a subi un mouvement de rotation en dehors et en arrière, tel que son condyle externe est à nu en arrière, sa tubérosité antérieure est recouverte par le condyle externe du fémur, et son condyle interne a subi une rotation sur place. La rotule était appliquée sur la face externe du condyle fémoral. Une partie des surfaces était cariée ; le ligament latéral externe énormément distendu, épaissi et ramolli ; l'interne, au contraire, tellement rétracté qu'il ne représentait plus guère que la moitié de sa longueur.

 

Planche XXVI : Luxation iliaque complète du fémur

Chambard, âgé de 38 ans, travaillait à genoux au fond d'une carrière, le genou gauche en arrière du genou droit, quand une pierre énorme, dont il évalue le poids à 1,200 livres, se détacha d'une hauteur de 7 à 8 pieds, et, lui tombant sur le dos au niveau du bord supérieur du bassin, renversa le tronc en avant, avec une flexion forcée des cuisses et des jambes. On l'apporta sur-le-champ à la Pitié, où l'on diagnostiqua une luxation en haut et en arrière. Le lendemain, Lisfranc essaya de la réduire, soit par le procédé de M. Desprez, soit par l'extension dans la direction du membre, en faisant tirer par huit aides, soit par des tractions sur la cuisse demi-fléchie ; durant ces tractions, on sentait la tête descendre vers sa cavité, mais le mouvement de rotation destiné à l'y faire rentrer la faisait remonter immédiatement, en perdant tout ce qu'on avait gagné. Après une heure environ d'efforts vainement répétés, le sujet fut pris de sueur froide avec stupeur ; le pouls était tombé à 50 pulsations. On le reporta dans son lit, et la réaction ne s'opéra que cinq heures après. Une inflammation suppurative s'empara de la hanche, et le blessé succomba le onzième jour.

Je présidai à la dissection, et j'eus soin d'abord, en plaçant le cadavre sur le ventre, de garder au membre luxé la position qu'il affectait pendant la vie ; puis, à mesure qu'apparaissaient la tête fémorale et les autres saillies du bassin, je constatais leurs rapports respectifs à l'aide de mensurations multipliées, afin de les retrouver après l'ablation de la pièce, précaution sans laquelle on peut porter la tête déplacée plus haut, plus bas, plus en avant, plus en arrière, et mettre une luxation fantastique à la place de la luxation réelle. Encore le dessinateur n'a-t-il pas su conserver constamment ces rapports ; et sur la fig. 2, par exemple, la tête est un peu trop élevée et un peu trop écartée en dehors de la grande échancrure sciatique. J'ai donné la distance exacte, t. II, p. 817.

La fig. 1 représente la tête après l'ablation du grand fessier, qui la recouvrait. Elle a refoulé en haut le moyen fessier, et appuie en partie sur l'os, comme dans la fig. 2, en partie sur le muscle pyramidal et le bord inférieur du moyen fessier. L'obturateur interne passe entre le col et l'os iliaque, fig. 1 et 2. On aperçoit, fig. 1, l'obturateur externe rompu. La capsule est ouverte directement en bas, fig. 3, et complétement intacte en haut et en arrière ; en sorte que la tête, sortie directement en bas, était remontée en arrière fort loin de l'ouverture qui lui avait livré passage. Dans l'extension directe, on la ramenait bien vis-à-vis sa cavité ; mais les fig. 2 et 3 montrent quel obstacle invincible elle rencontrait alors, c'est-à-dire la capsule tendue comme un rideau sur la cavité même. Pour la réduire sur le cadavre, il me fallut plier la cuisse presque jusqu'au contact de l'abdomen. Voyez t. II, p. 829.