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Extrait de l'Atlas du traité des fractures et des luxations. Planche XX XXI XXII : Luxations scapulo-humérales

Paru dans le numéro N°112 - Mars 2002
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Extrait de l'Atlas du traité des fractures et des luxations. Planche XX XXI XXII : Luxations scapulo-humérales

Par J.-F. Malgaigne dans la catégorie HISTOIRE
Professeur de médecine opératoire à la Faculté de Médecine de Paris Chirurgien de l'Hôpital Saint Louis, membre de l'Académie Impériale de Médecine Officier de la Légion d'Honneur

La dissection montra d'abord que la luxation avait été incomplète, le rebord glénoïdien ayant creusé une gouttière sur la portion articulaire de la tête humérale. La majeure partie de cette tête, tournée fortement en dedans, appuyait sur une sorte de cavité communicante, mais qui n'était encore ni osseuse, ni même cartilagineuse. La cavité glénoïde n'avait gardé son cartilage que dans sa portion inférieure ;

Planche XX : Luxations scapulo-humérales

Fig. 1, 2 et 3. -- Luxations sous-coracoïdienne incomplète, datant de sept mois. -- Boremans, âgé de 34 ans, fut surpris, le 16 décembre 1851, par un éboulement qui le renversa en avant les deux bras étendus, le bras droit particulièrement porté un peu dans l'abduction. De là une luxation de l'humérus droit, qui fut d'abord méconnue ; trois mois plus tard, on la reconnut, l'on essaya en vain de la réduire, et le blessé entra dans mon service à Saint-Louis, le 1er juillet 1852. Il offrait alors tous les symptômes de la luxation intra-coracoïdienne ; le coude écarté en dehors et un peu en arrière, à la distance de 9 centimètres du tronc ; la face externe du bras figurant un angle rentrant de 15 millimètres de flèche ; l'humérus dans la rotation en dedans, l'épicondyle en avant, et enfin une grande portion de la tête saillant en dedans de l'apophyse coracoïde, comme on peut le voir fig. 2. On sentait bien cependant encore cette tête dans l'aisselle, mais à une profondeur telle que je n'en tins pas compte, et je diagnostiquai une luxation intra-coracoïdienne. J'en tentai la réduction le 5 juillet, six mois et demi environ après l'accident. J'ai raconté, t. II, p. 168, comment la tête ne se replaçant pas complétement dans sa cavité, je voulus l'y ramener à l'aide d'une serviette, qui déchira les téguments du bord axillaire postérieur. Trois jours après, je fis encore un nouvel essai de coaptation ; mais la suppuration se développa dans l'aisselle, et le sujet succomba le 19 juillet, sans que la réduction eût été obtenue.

La dissection montra d'abord que la luxation avait été incomplète, le rebord glénoïdien ayant creusé une gouttière sur la portion articulaire de la tête humérale, fig. 1. La majeure partie de cette tête, tournée fortement en dedans, appuyait sur une sorte de cavité communicante, mais qui n'était encore ni osseuse, ni même cartilagineuse. La cavité glénoïde n'avait gardé son cartilage que dans sa portion inférieure ; le reste était occupé par un tissu fibreux adhérent, comme si c'eût été la portion postérieure de l'ancienne capsule qui se fût soudée à la cavité. Mais ce qui avait rendu la réduction impossible, c'était d'abord la portion postérieure de la capsule nouvelle, formée par le tendon du sous-scapulaire et adhérent à la fosse sous-scapulaire, fig. 1 et 2, a ; puis la portion postérieure de l'ancienne capsule, collée en partie sur la cavité glénoïde et ne pouvant être refoulée en arrière ; mais par-dessus tout une membrane fibreuse épaisse, solide, étendue de la face inférieure de l'acromion à la tête humérale, fig. 2 et 3, b, et qu'il aurait fallu diviser avec le couteau (Voir aussi tome II, p. 54, 497 et 501).

 

Planche XXI : Luxations scapulo-humérales

Fig. 1, 2, 3 et 4 -- Luxation sous-coracoïdienne complète. -- Pièce communiquée par M. Fauraytier, et trouvée sur le cadavre d'un vieillard, sans renseignements antérieurs. M. Fauraytier en a donné une description étendue. Bulletins de la Société anatomique, 1840, p. 131.

La fig. 1 montre la tête luxée sous l'apophyse coracoïde qui la partage en deux moitiés à peu près égales, laissant même la gouttière bicipitale en dehors. La fig. 2 fait voir la gouttière creusée sur le col anatomique de la tête humérale, indice irréfragable de luxation complète, en opposition avec la gouttière creusée sur la tête même, comme dans pl. XX, fig. 1, qui atteste la luxation incomplète. Sur la fig. 3, on voit la nouvelle cavité, toute osseuse, principalement formée par un plateau osseux de formation nouvelle, en partie aussi creusée aux dépens du rebord glénoïdien antérieur. Enfin, la fig. 4 représente une coupe transversale de l'omoplate et, en faisant voir l'épaisseur du plateau osseux, a, accumulé sur sa face interne b, c, montre en même temps quel intervalle séparait toujours la tête luxée du col de l'omoplate, et bien plus encore de la fosse capsulaire. De c en d, la lame compacte du col de l'omoplate et du rebord glénoïdien d a disparu sous la pression. Voyez t. II, p. 45 et 469.

Fig. 5 et 6. -- Luxation de la tête humérale sous la clavicule, avec fracture comminutive du col de l'humérus, datant de deux mois. -- Pièce communiquée par M. Manzini, qui a publié l'observation, Bulletins de la Société anatomique, 1840, p. 227 ; moi-même j'avais eu occasion de voir le malade.

J'ai donné l'analyse de l'observation et la description de la pièce, t. II, p. 547 ; j'insisterai seulement ici sur l'hypertrophie et la déformation de la tête humérale. On la voit par sa surface articulaire, fig. 5, et par la surface fracturée, fig. 6.

 

Planche XXII : Luxations scapulo-humérales

Fig. 1, 2 et 3. -- Luxation intra-coracoïdienne ancienne. -- Pièce trouvée sur le cadavre d'un vieillard, sans renseignements antérieurs.

La fig. 1 montre la tête en rapport avec l'omoplate et recouverte de saillies osseuses anormales, l'apophyse coracoïde plongeant sur la coulisse bicipitale ; le trochiter fortement hypertrophié. On aperçoit, fig. 2, la nouvelle surface articulaire, creusée sur le col de l'omoplate, et se prolongeant vers la fosse sous-scapulaire où elle était constituée par un plateau osseux épais de près de 2 centimètres. Enfin, la fig. 3 représente la tête aplatie à sa partie postérieure, comme si un fragment en eût été séparé par la scie, et une gouttière si profonde entre elle et le trochiter qu'on pouvait se demander si celui-ci n'en avait pas été détaché par une fracture. Voir d'ailleurs une description plus étendue de cette pièce, t. II, p. 515.

Fig. 4. -- Luxation sous-coracoïdienne ancienne avec fracture de la cavité glénoïde. -- Pièce trouvée sur le cadavre, sans renseignements antérieurs. J'ai déjà donné quelques détails à ce sujet, t. II, p. 550 ; mais ils demandent à être complétés ici.

La figure montre seulement la nouvelle cavité et ce qui reste de l'ancienne. A gauche et en haut se voit le long tendon du biceps qui était resté dans sa gaîne humérale, et au-dessous du tendon la face interne de la capsule parsemée de débris de cartilage, comme si la fracture eût été toute récente. Plus à droite s'aperçoit la portion restante de la cavité, tapissée encore de son cartilage ; sa largeur est de 16 millimètres, en sorte que la fracture en a détaché environ le tiers antérieur. Cette fracture apparaît nette sur le bord du cartilage comme si elle était de la veille ; on voit même en bas un petit fragment de cartilage qui n'était en aucune façon réuni. La facette a est taillée à pic, et forme un angle droit avec la cavité glénoïde ; c'est la surface de la fracture à peine adoucie par l'usure, et sans vestige de tissu fibreux ; à sa limite interne on reconnaît l'écorce compacte du col de l'omoplate. Plus à droite, enfin, est une autre facette b, supportée par un plateau osseux qui paraît résulter de la soudure du fragment détaché sur le col de l'omoplate ; cette facette est tapissée d'un tissu mou, mais qui ne rappelle pas le cartilage articulaire ; cependant elle est formée, au moins en partie, par la surface articulaire du fragment détaché, et ce qui ne permet pas le doute à cet égard, c'est le prolongement, sur sa limite interne et inférieure, du bourrelet glénoïdien c, qui disparaît seulement vers le haut, qui, en bas surtout, se continue sans trace de rupture avec la capsule synoviale.

L'apophyse coracoïde est rompue vers son sommet ; les fragments sont retenus par des liens fibreux extérieurs ; mais entre les surfaces fracturées on ne voit pas la moindre trace de réunion.

La tête humérale offrait un aplatissement très-marqué dans la partie qui répondait à la surface du col scapulaire ; et là aussi le cartilage avait disparu pour laisser presque absolument à nu le tissu osseux. Au contraire, dans les points en rapport avec la facette b et avec la capsule, la tête avait gardé sa forme, son cartilage et son poli, absolument comme à l'état normal.

Fig. 5 et 6. -- Luxation sous-acromiale récente avec arrachement du trochiter. -- Pièce déposée au Musée Dupuytren par M. Maisonneuve, qui l'avait présentée auparavant à la Société de chirurgie, le 13 octobre 1852.

Le sujet était un carrier, tombé d'une hauteur de 30 pieds environ. La luxation fut réduite ; mais d'autres lésions plus graves emportèrent le blessé en quelques heures. La capsule était déchirée dans sa partie supérieure, externe et postérieure ; le trochiter entièrement arraché, et entraîné par les tendons des muscles sus-épineux et sous-épineux au-dessous de la voûte acromio-claviculaire. Il était en même temps divisé en deux, et le fragment postérieur très-petit comprenait une petite portion de l'insertion du sous-épineux. Les muscles petit rond et sous-scapulaire avaient conservé leur insertion humérale ; le long tendon du biceps avait déchiré la gaîne fibreuse qui le retient dans sa coulisse ; le nerf circonflexe était intact, ainsi que le deltoïde.

La fig. 5 montre la luxation reproduite, et la tête humérale éloignée de sa cavité, autant que le permettent les portions antérieure et inférieure de la capsule demeurées intactes ; on voit que la tête repose juste sous l'angle postérieur de l'acromion, et sans nul point de contact avec l'épine de l'omoplate. Elle n'appuie non plus nullement sur le col de l'os, mais bien sur le rebord de la cavité glénoïde ; et plus en arrière, elle est en contact avec le bord externe du muscle sous-épineux qu'elle a légèrement refoulé. Dans cette position, environ les deux tiers de sa calotte articulaire sont en dehors de cette cavité, l'autre tiers la regardant encore ; et c'est bien manifestement une luxation incomplète. On voit aussi qu'elle avait écarté le petit rond et le sous-épineux.

La fig. 6 représente la luxation réduite, l'humérus pendant le long du corps. Le trochiter, entraîné par ses muscles, reste éloigné de plus de 3 centimètres de son point d'arrachement. M. Maisonneuve avait fait voir, et j'ai vérifié sur la pièce qu'en élevant le bras à angle droit on ramène les fragments en contact. Toutefois, pour y réussir complétement, il fallait porter le bras un peu en arrière, sans quoi il restait un bâillement assez notable entre l'os et le fragment postérieur du trochiter. Voyez t. II, p. 537 et 543.